L'auditorium de Renzo Piano - La famille scarabée - La librairie et le disquaire - Rome ville du Jazz

 

Rome Flaminio Auditorium

La zone comprise entre la colline de Parioli et le méandre du fleuve a connu plusieurs vagues successives mais disparates de transformation : usines et casernes des années 1900, équipements sportifs de la période fasciste puis village olympique des JO de 1960. Par la suite un peu oubliée, avec un village olympique vieillissant mal, il devenait urgent d’engager la rénovation du quartier, de chercher à lui donner un minimum de cohérence et d’en faire un pôle attractif au sein de la capitale. La décision, en 1993, de construire un auditorium dont Rome ne disposait plus sur un lieu en déshérence, les anciens parkings de la cité olympique, devait permettre d’atteindre ces objectifs.

C’est l’architecte génois, Renzo Piano, auteur du Centre Pompidou avec Richard Rogers, qui fut choisi pour réaliser l’ensemble de l’opération qui comprend pas moins de trois salles de spectacles indépendantes. Leur acoustique a été travaillée en priorité pour la musique, qu’il s’agisse de musique classique, de jazz ou de rock. Néanmoins les salles peuvent accueillir d’autres évènements, danse, théâtre ou festival. Les trois salles sont disposées autour d’une grande cavea centrale tournée vers l’entrée via Pierre de Coubertin, formant un amphithéâtre de plein air de 3 000 places. Les trois volumes des salles de l’auditorium, dont la forme est notamment définie par les exigences de l’acoustique, ont été surnommées par les Romains, toujours gentiment moqueurs, « La famille scarabée » ! Les coques de la superstructure, de tailles différentes, sont réalisées en bois lamellé-collé, recouvertes de feuilles de plomb, leur donnant un air de famille de gros insectes. Elles peuvent accueillir respectivement 700, 1 200 et 2 800 spectateur, faisant de cette dernière la plus vaste salle de concert d’Europe.

Mais, le Parco della Musica possède un autre centre d’intérêt : une magnifique librairie-disquaire ! Certes, la partie librairie exige de lire et de comprendre l’italien, mais la partie disquaire est compréhensible par tous et elle possède un rayon extraordinaire de CD de jazz italien. Non seulement tous ceux que je connais y sont représentés, mais il y en a aussi plein d’autres que je ne connais pas. Bien sûr, y est présente la première star du jazz italien, Enrico Rava (trompettiste) et une autre vedette Aldo Romano (batteur), émigré en France avec ses parents et qui a ensuite réuni autour de Michel Petrucciani et lui de nombreux jeunes jazzmans italiens. Une nouvelle génération de musiciens est ensuite apparue, comme Stefano Di Batista (saxophoniste), Paolo Fresu et Flavio Boltro (trompettistes), Furio di Castri (contrebassiste), Stefano Bollani et Giovanni Cecarelli (pianistes), Gianmaria Testa (chanteur et guitariste). La nouvelle génération des jazzmen italiens a souvent des relations étroites avec la France, notamment Paris, où nombreux sont ceux qui y ont joué voire même s’y sont installés, comme Ricardo del Fra arrivé à Paris dans les années 80 et qui a été responsable du département Jazz du Conservatoire National Supérieur de la Musique et de la Danse, ou dans les années 90, du délicat pianiste Giovani Mirabassi.

Rome devient une ville du jazz. Elle possède un orchestre régulier, le « Parco Della Musica Jazz Orchestra » (PMJO), orchestre résident de la « Fondazione Musica per Roma » à l’Auditorium. Il constitue « un laboratoire musical permanent au sein duquel viennent se fondre les influences de la réflexion historique sur le jazz orchestral, depuis les formations de Kansas City en passant par le be-bop et les avant-gardes américaines et européennes, jusqu’à nos jours ». La municipalité Veltroni avait également contribué à la création de la « Casa del Jazz », située au Sud de Rome, viale di Porta Ardeatina, dans un grand parc, avec auditorium, salles de répétition et d’enregistrement. Une propriété qui était autrefois possession du chef de bande mafieux Enrico Nicoletti et qui fut confisquée par l’Etat. Le projet de la « Casa del Jazz » est d'encourager et de diffuser le jazz italien, de créer un point de rencontre entre les musiciens, producteurs et critiques, afin « d'attirer et d'éduquer un public curieux et non-experts ». Si le jazz italien n’est pas une « école », ses représentants jouent un jazz élégant, inventif, sensuel, tout en finesse et en virtuosité méditerranéenne. Vous pouvez en prendre connaissance dans un délicieux CD paru en 2010 « Jazz al dente ! »[1], une compilation dans laquelle une vingtaine de musiciens italiens complètent leurs prestations de différentes recettes de pâtes !


[1] Cf. notamment les prestations de Giovanni Cecarelli, Paolo Fresu, Gnu Quartet, Musica Nuda, Gianmaria Testa. Bonsaï Music. 2010.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur le quatier de Flaminio

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