Les Puces sur les quais du Tibre - Le Foro Italico - Stade des marbres et Palazzo de la Farnesina

 

Rome Flaminio Centre sportif 2

Si vous êtes venu vous promener dans le quartier le 2e ou le 4e dimanche du mois, vous pourrez alors chiner sur les quais du Tibre, via Capoprati. Les quais ont été aménagés avec une piste cyclable mais, ces deux dimanche, ils sont envahis entre le ponte Milvo et le ponte Duca d’Aosta par les antiquaires et brocanteurs. Le 3e dimanche est réservé aux produits de l’artisanat.

Vous pourrez tout y acheter, aussi bien du mobilier, commodes, lits, chaises, bureaux, prie-Dieu ou armoires, que toutes sortes de babioles anciennes, poupées, disques, livres, catalogues, revues, couverts, gramophones, tourne-disques, bibelots, napperons au crochet ou en dentelle… Cela relève aussi bien de la boutique d’antiquaire avec de forts belles pièces et du vide-grenier avec du tout venant jusqu’aux années 60.

En poursuivant la promenade, on ne tarde pas à longer des bâtiments à l’architecture toute fasciste, un mélange d’architecture fonctionnaliste surchargée de rappels antiques. Cela voulait être « grand », ce n’est que ridicule. C’est le « Foro Italico », un vaste complexe sportif construit à partir de 1927 au pied du Monte Mario. A dire vrai, il a été inauguré en 1932 sous l’appellation somme toute modeste de « Foro Mussolini ». Il comprend l’académie fasciste d’éducation physique, un bâtiment rouge incrusté de travertin, le stade des marbres, situé derrière, ainsi qu’un stade nautique. L’ensemble a été complété par un stade olympique en 1960.

L'entrée principale du Forum est située au Sud-est, dans le prolongement du pont Duca d'Aosta, de la même facture que les autres monuments : une arche de béton dissimulée sous du travertin et agrémentée de pylônes avec des sculptures en relief représentant des scènes héroïques de la première Guerre Mondiale. Le tout débouche sur une vaste place agrémentée, bien sûr, d’un obélisque moderne en marbre de carrare érigé par Mussolini en 1932. Dans mes comptes d’obélisques à Rome, je l’avais oublié celui-là. Il est vrai qu’il ne fait même pas l’effort de présenter quelques faux hiéroglyphes comme s’efforçaient de le faire les Romains… ceux de l’antiquité !

La place est couverte d’une immense mosaïque.

 « Mais cette monumentale mosaïque, la plus grande de Rome, mérite que l’on s’y attarde, et il faut la découvrir un jour tranquille, un dimanche matin. Elle est un parfait résumé de la propagande et de l’esthétique fasciste, tout en culte du héros et rhétorique antique. Des milliers de tesselles blanches et noires composent des slogans inquiétants, du type ‘Duce, nous t’offrons notre jeunesse’ ou, plus connu, ‘Beaucoup d’ennemis, beaucoup de gloire’, et autres images guerrières et agressives »[1].

Dans le voisinage, derrière l’académie fasciste d’éducation physique, on peut aller voir le stade des marbres, un stade qui copie façon Hollywood les stades grecs, avec gradins de marbre et entourage de statues symbolisant les différents sports, ainsi que le palazzo della Farnesina qui aurait dû devenir la Maison du Parti National Fasciste. 169 mètres de long, 51 de haut, 1 300 pièces… il n’y a que Ceausescu ou le Pentagone pour faire pire ! Après réaménagement, comme pour l’immeuble de la FAO, le bâtiment a reçu une autre fonction : celle d’être le siège du ministère des Affaires étrangères.

A partir du ponte Milvio et après le ponte Duca d’Aosta la zone située le long du Tibre était propriété du ministère des Finances qui ne l’entretenait pas et qui était devenue un dépotoir. Il revient à une initiative éco-citoyenne d’avoir nettoyé les lieux et assuré son aménagement. La zone est désormais confiée à une association « Legambiente », écologiste et antinucléaire, avec création d’un espace vert public le long du Tibre, entre le ponte Duca d’Aosta et le nouveau pont de la Musique.

 

Rome – Montpellier, octobre 2011 / janvier 2012.