La fontaine de della Porta - Les deux escaliers du Capitole - Le tribun Cola di Rienzo en lutte contre les grandes familles romaines

 

Rome Campitelli fontaine

A partir de la Place de Venise peut-être devrez-vous traverser le fleuve de voitures qui s’écoule continuellement devant le Vittoriano, ce qui est un exercice aussi périlleux que le franchissement du Rubicon !  Laissez à main gauche un énorme tas de pierres blanches devant lequel quelques soldats romains en cuirasse dorée battent le pavé. La discipline se relâche manifestement dans la légion car les uniformes laissent à désirer, celui-là arbore un collant dont je ne savais pas qu’il constituait l’habillement des légionnaires, cet autre porte des chaussures à trois bandes peu réglementaires. Mais ce relâchement s’explique peut-être par l’origine des nouveaux conscrits, lesquels apparaissent bien bronzés et issus des extrêmes frontières de l’Est de l'Empire, quelque part du côté de l’Indus.

Dirigez-vous vers le Teatro di Marcello. Il y a là un petit square, dans un triangle de rues de la piazza Aracoeli qui accueille une fontaine, la fontaine de Sixte V Peretti (1585 / 1590), une des 470 fontaines de Rome. Elle fut en effet érigée à la demande de ce pape par Giacomo della Porta, le pape Alexandre VII Chigi (1655 / 1667) la modifiant lors d'une restauration. La curieuse protubérance supérieure reprend l'emblème du Pape Sixte V : trois monts surmontés d'une étoile à 8 branches. On retrouve cette même protubérance sur un certain nombre d’autres monuments dus à ce pape, la porta del popolo et l’obélisque de la place du même nom par exemple.

Au pied de la colline du capitole, deux escaliers s’offrent à vous, l’un, à gauche, monte vers l’église Santa Maria in Aracoeli, l’autre, à droite, vers le palais des Sénateurs et la place du Capitole. Commençons par celui de gauche…

On prétend que l’église Santa Maria in Aracoeli (Sainte Marie de l'autel du ciel !) se trouve à l'endroit où la Sibylle[1] aurait prédit à l’Empereur Auguste l'avènement prochain du Christ. Dans l'empire romain circulaient des livres connus sous le nom d'« Oracles sibyllins » que les Romains consultaient. Certains de ces livres nous sont parvenus grâce à des copies des XIVe et XVIe siècles. Ces livres comprennent des recueils d’oracles antiques, mais aussi d’origines juive ou chrétienne. Se fondant sur certains passages de ces livres, notamment un passage du huitième livre, censé être un recueil de prophéties, des écrivains paléochrétiens, dont saint-Augustin, pensèrent que les sibylles avaient annoncé la naissance de Jésus et l'avènement du christianisme. Pour d’autres, l’église a été construite à l’endroit où la Sainte Vierge, tenant l’enfant Jésus dans ses bras, serait apparue à l’empereur Auguste pour lui annoncer la victoire de la religion chrétienne. Bref, dans un cas comme dans l’autre, une intervention divine venait prédire à l’empereur le triomphe de la nouvelle religion.

C'est  à l’emplacement de l’église Santa Maria d’Aracoeli que vivaient les fameuses oies sacrées du Capitole qui sauvèrent Rome des Gaulois en -390 en donnant l’alerte par leurs cris.

La construction de Santa Maria s’acheva en 1348 avec celle du grand escalier de 124 marches, la scalinata, pour remercier la Vierge d'avoir épargné la ville de l'épidémie de peste. On dit que si l’on monte ces escaliers sur les genoux, les péchés seront pardonnés… Mais, ce matin, ce sont des bandes de lycéens étrangers qui organisent des courses de montée lesquelles donnent lieu à force encouragements et éclats de rire. Après cette excitation, le prof qui les accompagne doit bien se demander comment il va pouvoir ensuite introduire son petit laïus sur l’histoire du Capitole.

Cola di Rienzo (1313 / 1354), alors devenu tribun de la ville, aurait inauguré lui-même cet escalier. Une statue le représentant est située sur le côté de l’escalier, à l’endroit où il aurait été assassiné par les émeutiers à la solde de la famille noble Colonna. L’érection de cette statue, en 1877, n’est pas tout à fait sans lien avec celle de Giordano Bruno sur la Piazza du Campo dei Fiori. Comme Giordano Bruno, Di Rienzo est représenté la tête couverte d’un capuchon, l’air plutôt sombre, haranguant la foule. Au XIXe, Cola di Rienzo était considéré comme un précurseur du Risorgimento et de l’unité italienne en ayant lutté contre la puissance des grandes familles, notamment les Colona et les Orsini, participé à rétablir la sécurité dans Rome, mais aussi en s’efforçant de restaurer l'autorité de Rome sur les villes et les provinces italiennes. Il symbolise donc tout à la fois le tribun au service du peuple, l’unité italienne et la libération sociale.


[1] Sibylle : Prophétesse, devineresse, qui rendait des oracles dans la Rome antique.