Une Méduse qui fait pitié - Constantin ou Marc Aurèle ? - Or et avenir du monde

 

Rome Campitelli Gorgone

Parmi toutes les richesses du musée, ne pas manquer au passage le buste de Méduse de Bernini ! Chacun connait l'histoire de Méduse. Dans « Les métamorphoses » Ovide raconte que les beaux cheveux blonds de Méduse avaient été changés par Minerve en horribles serpents pour avoir été séduite par Neptune dans un temple qui était dédié à Minerve. Devenue une Gorgone[1], Méduse avait le pouvoir de pétrifier tout mortel qui osait croiser son regard. Persée réussit à déjouer le sortilège en surprenant Méduse dans son sommeil et en regardant son image réfléchie dans son bouclier de bronze. Persée fit alors don de la tête de Méduse à Minerve qui la plaça sur son bouclier pour terroriser ses ennemis.

Contrairement aux représentations traditionnelles d’une Méduse cruelle, effrayant toute personne rencontrée, celle-ci ferait plutôt pitié. Si elle est bien représentée avec une chevelure composée d’un nid grouillant de serpents, son visage, celui d’une très belle et jeune femme, marque plus d’effroi et d’appréhension que d’agressivité ou de méchanceté. Elle souffre manifestement, cette Méduse, de son terrible couvre chef. Bernini l'a en effet représentée au moment où, se regardant dans un miroir, Méduse découvre la métamorphose de sa belle chevelure blonde en un horrible grouillement de serpents. Seulement voilà… les statues doivent se promener de temps en temps dans le musée car, lors de ma dernière visite, la pauvre Méduse est placée bien loin du visiteur et devant un mur très décoré qui ne la met pas en valeur et la fait disparaître !

Pour la petite histoire, la statue de Méduse aurait été réalisée par Bernini en 1644 / 1648 quand l'artiste fut éloigné de la nouvelle cour pontificale d'Innocent X Pamphili (1644 / 1655) parce qu'étant considéré comme un séide des Barberini, mais aussi parce que sa renommée d'architecte avait été assombrie par l'affaire du clocher de la basilique Saint-Pierre. Il en avait dessiné le projet (1637) qui devait terminer la façade de Maderno en l’encadrant de deux clochers ; mais, à peine réalisée, la tour Sud provoqua des fissures dans la façade et dût être abattue en 1646.

Enfin, autre salle à ne pas omettre, la nouvelle salle d'exposition, l'« Esedra Marco Aurelio » de l'architecte Carlo Aymonino, construite dans le cadre du projet « Grand Capitole » ayant pour but de réaménager le complexe de musées du Capitole. Cette vaste salle, très lumineuse, abrite la statue équestre de Marc Aurèle et les bronzes donnés au peuple romain par Sixte IV, en 1471, et qui constituèrent alors le premier musée au monde. La statue équestre en bronze de Marc-Aurèle était située, à l'origine, sur un des forums impériaux avec les statues d'autres empereurs. Elle fut déplacée une première fois, au VIIIe siècle, devant le Palais du Latran, car elle était supposée représentée l’empereur Constantin. Elle fut ensuite déplacée au centre de la place du Capitole, en 1538, sur les conseils de Michel-Ange où elle est désormais remplacée par une copie pour la protéger des dommages causés par la pollution atmosphérique. La statue aurait été construite en 176 après JC pour fêter le triomphe de l’empereur sur les peuples germaniques… ou en 180 après JC, peu de temps après sa mort ! La statue était entièrement dorée à l’origine et il en reste quelques traces par-ci par-là. La légende veut que le jour du Jugement dernier arrive quand tout l’or aura disparu… Indication précieuse qui nous permet de penser que nous n’attendrons pas trop longtemps car les traces de dorures sont rares. Ou est-ce pour se donner encore un répit supplémentaire que la statue a été déplacée dans le musée et remplacée sur la place par une copie ? Autre variante de la légende : la statue se couvre petit à petit d’or et, quand elle sera entièrement recouverte, Rome redeviendra maître du monde ! A contrario, ce n’est manifestement pas pour demain !

Enfin, pour terminer la promenade côté palais des Conservateurs, il faut vous rendre à la cafeteria du palais, au premier étage[2]. Elle donne sur une vaste terrasse qui vous offre une des plus belles vues sur Rome. Ouverte côté Tibre, vous pouvez admirer successivement, la colline du mont Palatin, le Janicule, le théâtre de Marcello, la place de Venise… et le moutonnement de tous les dômes et coupoles de la ville.


[1] Gorgone : dans la mythologie grecque, les gorgones sont des créatures malfaisantes et d'une telle laideur que quiconque ose les regarder en plein visage meurt pétrifié.

[2] Elle est également accessible sans prendre le billet d’entrée du musée par la via di Villa Gaffarelli.