Une statue antique de plus en plus jeune !

 

Rome Campitelli Campidoglio Louve

Utilisée comme fontaine au Moyen-âge, la statue de la Louve du Capitole fut offerte à la ville de Rome, en 1471, par le pape Sixte IV della Rovere (1471 / 1484). D’abord placée dans l'église Saint-Théodore-du-Palatin, la statue est transférée au Capitole vers 1544, à gauche du palais du Sénateur. Au XVIe siècle, elle a été installée dans une salle du Palais des Conservateurs faisant loggia en s’ouvrant sur l’extérieur par trois arcs, salle dans laquelle elle est toujours placée alors que la loggia a été fermée. La loggia fut décorée entre 1508 et 1513 par un cycle de fresques attribuées à Jacopo Ripanda sur le thème des Fastes Consulaires et Triomphants.

Une copie de la statue fut édifiée en lieu et place de l’original où on peut toujours l’admirer sur le côté gauche du Palais.

Tout le monde connait la célèbre statue de la Louve allaitant les jumeaux Remus et Romulus, les fondateurs mythiques de Rome. La légende veut qu’Amilius, descendant d'Enée, soit le frère cadet de Numitor à qui il usurpe le trône de la ville d'Albe. Il oblige Rhéa Silvia, fille unique de Numitor, à rester vierge en se consacrant à Vesta, afin de ne pas engendrer d’héritier. Mais les Dieux s’en mêlent, car d’une union avec Mars, Rhéa donne naissance à deux fils jumeaux, Romulus et Rémus. Amulius emprisonne alors Rhéa et ordonne de noyer dans le Tibre les nouveau-nés. Les serviteurs n’osent obéir et déposent le berceau sur une planche qui descend le fleuve. Les deux bébés sont alors recueillis par une louve au pied du Mont Palatin, sous un figuier sauvage, où elle les allaite jusqu'à ce qu'un berger, Faustulus, les prenne sous sa protection et les confie à sa femme.

Or que vient-on d’apprendre ? Que la fameuse statue n’est pas du tout une œuvre antique, plus particulièrement étrusque du Ve siècle avant J-C, comme tout le monde s’est plu à le penser suite à l’affirmation de Joachim Winkelmann (1717 / 1768) ! Des études au carbone 14 dernièrement publiées confirmeraient les hypothèses de certains chercheurs : la louve en bronze du Capitole serait une création médiévale, datée entre 1021 et 1153 !

Certes, on savait déjà que les deux putti placés entre ses pattes étaient une rajouture du XVe siècle, la facture étant manifestement très différente. Mais la louve ! Une œuvre récente ! Déception, consternation. C’est tout un mythe qui s’écroule à tel point que la restauratrice de l’œuvre, ayant fait effectuer les datations au carbone 14, aurait attendu six ans avant de  publier le résultat de ses travaux.

« C’est au milieu de la salle décorée d’une frise par Daniel de Voltera, que l’on voit la fameuse louve de bronze qui fut frappée de la foudre au moment de la mort de César. Cet ouvrage étrusque a heureusement traversé les siècles pour nous conserver la mémoire de Rome au berceau »[1].

Mais alors, l’histoire de la statue de la louve frappée par la foudre à la mort de César ? Fausse ? L’image était belle pourtant, trop belle pour être vraie ? D’aucuns pensent qu’il s’agit d’une copie médiévale d’un original étrusque. Il aurait ainsi existé plusieurs représentations de la louve allaitant Remus et Romulus dans la Rome antique, dont une sur le Capitole, laquelle aurait été renversée par un violent orage en 65 av J.C, c'est-à-dire bien avant l’assassinat de César (44 av J.C).

Allez démêler le vrai du faux ! Mais, après tout, que nous importe ? Il y a la vérité des scientifiques, une statue composite ayant entre dix ou cinq siècles selon ses éléments, et puis il y la vérité poétique et sociale, celle d’une statue antique traversant les siècles, participant à la permanence d’une histoire et d’une culture. Et cette vérité là est toute aussi avérée : celle d’une légende transmise de génération en génération, participant ainsi à créeer une référence commune et une identité particulière.


[1] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.