L’Aphrodite du Capitole et « Marforio ».

 

Rome Campitelli Palais Neuf Marforio

Du Palais des Conservateurs, il est possible de rejoindre le palais qui lui fait face, le Palazzo Nuovo (« Le Palais Neuf »), par un souterrain sous la place du Capitole.

Outre que le souterrain sert aussi de lieu d’exposition, il a surtout pour intérêt de nous plonger dans les soubassements du palais du Sénateur, autrefois le Tabularium des Romains, le bureau officiel des archives construit aux alentours de 78 av. J.-C. Le souterrain donne accès à une des arcades en plein cintre qui ornait la façade du Tabularium et permet ainsi d’avoir une vision imprenable sur le forum situé en contrebas.

Le Palais Neuf date seulement de 1654, d’où son nom. Imaginé par Michel-Ange, il a été édifié sous la direction de Girolamo Rainaldi et de son fils Carlo, il reproduit la disposition mais aussi le dessin de la façade du Palais des Conservateurs. Sa disposition oblique était déjà marquée par la présence d’un grand mur de blocage sur le côté de l’église Santa Maria in Aracoeli.

Il abrite les collections d'antiquités romaines dont certaines particulièrement connues par leurs très nombreuses reproductions : le Gladiateur blessé, Éros bandant son arc, Léda au cygne, le Galate Mourant, la mosaïque des Masques de théâtre… Deux autres statues méritent notre intérêt, l’Aphrodite du Capitole et « Marforio ».

L’Aphrodite du Capitole est fort bien mise en valeur dans une petite salle du premier étage. Elle représente la déesse Aphrodite, peut-être selon un modèle de Praxitèle. Debout, le poids du corps reposant sur la jambe gauche, la déesse place la main gauche devant son sexe et la main droite devant sa poitrine. Cette posture de contrapposto lui donne une dynamique. Découverte dans des jardins près de San Vitale le pape Benoît XIV l'achète en 1752 et la dépose aux musées du Capitole. En 1797, elle fait partie des œuvres cédées à la France et est exposée à Paris, avant de retourner en Italie en 1815 et de réintégrer les collections des Musées capitolins.

Dans la cour du palais, en face de l’entrée, Marforio trône dans une niche peu profonde. Rien d’extraordinaire, direz-vous, une statue symbolisant vraisemblablement un océan ou un fleuve, Neptune ou le Tibre. En effet, le personnage est négligemment allongé et serre une coquille dans la main droite et, sous la statue, la bouche d’une pieuvre aux tentacules emmêlés, verse de l’eau dans une vasque.

« Marforio » doit peut-être son nom à l’endroit où il fut trouvé, le Forum d’Auguste et plus particulièrement le temple de Mars, dénommé « Martis Forum » d’où, par déformation, « Marforio ». Pour d’autres, son nom dériverait des propriétés d'une famille Marfoli, ou Marfuoli, situées près de la Prison Mamertino où la statue se trouvait jusqu'en 1588. Giacomo Della Porta envisagea de l’intégrer dans plusieurs projets de fontaine, pour finalement la réutiliser dans une fontaine adossée au mur de la nef de Santa Maria in Aracoeli. Quand le pape Innocent X fit construire le Palais Nouveau, la fontaine fut démontée et « Marforio » placé dans la cour du palais[1].

Bien, mais c’est accorder beaucoup d’intérêt pour une statue assez ordinaire ! C’est qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle statue, « Marforio » est une des six statues parlantes de Rome avec « Pasquino », la première, la plus célèbre et la plus bavarde[2] (piazza Navona), « Madama Lucrezia » (piazza di San Marco), « Babuino » (via del Babuino), « Facchino », (via Lata), « l'Abbé Luigi » (piazza Vidoni). Ces statues jouèrent un rôle important dans l’expression du peuple de Rome, si important qu’y déposer un placet pouvait vous coûter la vie ! Il parait, qu’autrefois, « Marforio » et « Pasquino » dialoguaient souvent ensemble. C’est ainsi que Marforio interrogeait Pasquino à propos des réquisitions d’œuvres d’art emportées en France par l’armée d’Italie : « Pasquino, è vero che li francesi sò tutti ladri? » (« Pasquino, est-il vrai que tous les Français sont des voleurs ? »). A quoi l’intéressé répondait : « Tutti no, ma buona parte ! » (« Tous non, mais une bonne partie ! » - jeu de mots sur buana parte / Bonaparte).


[1] Cristina Giovannini. « Pasquino e le statue parlanti ». 1997.

[2] Pasquino possède même un site internet pour archiver ses pasquinades.