Marconi, Ostiense et Testacio, le quartier industriel de Rome - Des projets de rénovation ambitieux - La centrale électrique Montemartini - Des statues antiques parmi les chaudières et alternateurs

 

Rome Garbatella Montemartini

Pour se rendre au nouveau pôle d’exposition des Musei Capitolini, dans l’ancienne centrale thermoélectrique « Giovanni Montemartini », il est préférable de prendre le bus ou le métro. C’est que la via Ostiense, hors les remparts de la Rome antique, est assez longue et ne présente pas encore suffisamment d’intérêt pour y flâner. C’est une ancienne zone industrielle, peu ou prou à l’abandon, en cours de démolition et de restructuration avec de grands chantiers. L'ancien maire de Rome, Walter Veltroni, avait pour objectif de revitaliser la zone, d’y installer des activités qui étaient trop à l’étroit dans les limites traditionnelles de la ville, et d'accueillir la « grande architecture internationale » dans une Rome qui avait jusqu’alors été plutôt prudente dans ce domaine.

En 1997, pour libérer de l’espace dans les musées capitolins (Musée du Palais des conservateurs et Musée Neuf) concernés par des travaux de restructuration, la plupart des sculptures a été temporairement déplacée dans l’espace d’exposition dégagé dans la centrale électrique Montemartini.

Ces sculptures antiques ont alors été exposées dans le hall des machines, entre turbines à vapeur, moteurs diesels et alternateurs, dans le cadre d’une exposition intitulée « Les machines et les dieux » ! A la conclusion des travaux de réaménagement, lors du retour des sculptures au Capitole, en 2005, et suite à l’accueil réservé par le public à l’exposition, les responsables du musée ont décidé de transformé cet espace, imaginé primitivement comme une solution temporaire, en un siège permanent des acquisitions récentes des musées capitolins.

Il est depuis lors possible d’admirer ces sculptures antiques dans un cadre qui n’est pas moins intéressant ! Il s’agit de la première centrale électrique de Rome laquelle, à l’origine, en 1912, était propriété de la ville. Le maire de l’époque, élu du « Blocco Popolare » (bloc populaire), voulait que les services municipaux soient propriété publique et non privée (tiens, tiens… voilà qui n’est pas sans résonnance actuelle avec la question du service des eaux en France, par exemple !). La centrale avait été construite au bord du Tibre pour assurer son alimentation en eau et en charbon par un quai sur le fleuve, mais aussi pour être située avant la barrière d'octroi afin de n’avoir pas à payer les impôts de la ville sur le combustible ! La centrale fonctionnait alors au charbon et à la vapeur pour faire tourner ses turbines. Une des trois chaudières à vapeur est d’ailleurs conservée dans le musée ainsi que, dans le sous-sol, les trémies qui recevaient les scories du charbon utilisé pour alimenter les chaudières.

Au début des années 30, il devenait nécessaire de moderniser la centrale en utilisant des moteurs diesels pour produire de l’électricité. La centrale fut alors nationalisée par le gouvernement fasciste et inaugurée une nouvelle fois en 1933 par Mussolini à l’occasion de l’installation des deux moteurs diesels. D’une puissance totale de 15 000 chevaux, chaque arbre moteur mesurait plus de vingt mètres et pesait chacun 81 tonnes. Ce sont ces moteurs, restaurés, que l’on peut voir dans la salle des machines. Une nouvelle modernisation eut encore lieu en 1952 pour améliorer la production, mais les équipements de la centrale devenaient obsolètes et l'installation a été abandonnée au milieu des années 1960.

Les statues antiques sont donc présentées devant ces monstres modernes, chaudière, moteurs, mais aussi tableaux de commande, tuyauteries, trémies… De marbre blanc, elles ne n’apparaissent pas perdues malgré l’immensité de la halle au milieu de ces énormes machines mais, au contraire, s’en détachent par contraste sur le fond sombre des appareils, d’autant que le grand hall est très lumineux avec ses grandes et hautes verrières. La vision d’un torse de femme devant un tableau de commande crée un effet de contraste saisissant : une infinie douceur dans le monde brutal de la production.

A ceux qui pourraient trouver agressive cette confrontation entre le « monde de l’art » et « le monde du labeur », rappelons que les Romains n’étaient pas les plus grands artistes dans le domaine de la sculpture, mais généralement de fameux copistes des statues hellènes. Les Romains de l’antiquité étaient avant tout des ingénieurs et des organisateurs hors pairs et la centrale électrique Montemartini s’inscrit parfaitement dans cette lignée.

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