La gare d'Ostiense face à l'Histoire - Tape à l'oeil et "grandeur" fasciste

 

Rome Gare d'Ostiense

La gare d’Ostiense était une petite gare rurale jusqu’à ce jour du 3 mai 1938 pour lequel elle fut reconstruite afin d’accueillir dignement Hitler. Il faut dire que la grande gare de Termini était alors en cours de rénovation et donc peu susceptible d’être à la hauteur de l’évènement. L’architecture de la gare d’Ostiense est celle qui est chère aux régimes autoritaires avec portique à pilastres, façade recouverte de travertin, majesté et rigueur. C’est que Mussolini voulait impressionner Hitler qu’il considérait encore comme un brillant second !

Pour ce faire, du Brenner jusqu’à Rome, tout au long des voies, avaient été accrochés des slogans martiaux : « L’araire trace le champ, mais c’est l’épée qui le défend ! » ou « Croire, obéir, combattre » avec un grand M pour signature, les maisons avaient été nettoyées et blanchies, les jardins et les abords nettoyés. Les populations avaient été rameutées sur le trajet pour saluer le nouvel allié, mais également pour faire une démonstration de masse d’allégeance au pouvoir de Mussolini, ce nouveau « César ».

Le film d’Ettore Scola, « Une journée particulière », commence par des images d’actualité de l’arrivée d’Hitler en gare d’Ostiense, puis il retrace les moments importants de cette journée à laquelle participa massivement la population de la capitale.

A sa descente du train, Hitler était accueilli par Mussolini et le Roi. Puis les deux dictateurs montèrent dans une voiture découverte où, debout, le bras tendu, ils saluèrent les foules en délire. L’auto avançait lentement pour qu’Hitler puisse également admirer les splendeurs et la puissance de la Rome antique, la porte Saint Paul, la pyramide de Caiüs Cestius, le cirque Maxime, l’arc de Constantin, le Colisée, les forums… Tout au long du parcours, avaient été placés de hauts trépieds sur lesquels reposaient d’immenses vasques. Bref, Hitler devait être impressionné tant par la grandeur de Rome que par celle de l’Italie fasciste.

Comme l’écrivait en 1942 Abel Bonnard, cet académicien grand admirateur des régimes fascistes et collaborateur de premier ordre :

« …Rome était, de toutes les capitales, celle qui avait le plus d’orgueil et le moins d’apprêt. Cela a changé depuis qu’un homme extraordinaire a pris sur lui de gouverner l’Italie et de la refaire. Toutes les différentes Rome se sont comme repliées pour ne laisser voir que la Rome antique et celle-ci n’est partout mise en évidence qu’afin de permettre au présent de se mesurer avec elle. Les ruines mêmes semblent rentrer dans l’action, les arcs de triomphent paraissent moins évoquer d’anciens vainqueurs qu’en attendre de nouveaux »[1].

Bien sûr, parallèlement, la visite d'Hitler marqua le coup d'envoi de mesures gouvernementales anti-juives et anti-progressistes avec de très nombreuses arrestations ! Il fallait bien montrer que l’Italie fasciste n’avait rien à apprendre de son puissant voisin. Quant aux attentes du passage de nouveaux vainqueurs sous les arcs de triomphe de Rome, elles ne furent pas déçues. Bravant le hérem[2] qui interdisait aux juifs de passer volontairement sous l’arc de Titus, les Juifs de Rome, lors de la déclaration d’indépendance d’Israël en 1948, défilèrent dans le sens inverse des triomphes des troupes romaines ! Ce n’est certainement pas cette image à laquelle devait penser notre académicien collabo.

Après la guerre, le parvis de la gare a été dénommé « Place des Partisans » mais ce n’est plus aujourd’hui qu’un terminus de lignes de bus et un parking.

De l'autre côté de la voie ferrée avait été érigé un bâtiment pour servir de terminal de liaison avec l’aéroport de « Fuimicino – Léonardo da Vinci » pour la coupe du monde de football 1990. Mais compte-tenu de l’éloignement du centre ville, l’édifice a été peu utilisé puis abandonné. Avec le renouveau des quartiers d’Ostiense, Marconi et Testacio, l’immeuble a été rénové, agrandi, pour être un centre commercial (EATALY) avec boutiques et un hypermarché orienté vers la gastronomie italienne. 

[1] In « Images de Rome ». Encyclopédie Alpina illustrée. 1942.