Une colline d'emballages perdus - Après le MAXXI, le Musée d'Art Contemporain de Rome ou MACRo !

 

Rome Aventin Maccro Testacio

A l’extrémité du cimetière est située la huitième colline de Rome. Une colline artificielle faite des emballages perdus de la Rome antique ! D’un kilomètre de pourtour, elle se hisse bravement à trente mètres au dessus du sol naturel et se couvre d’une végétation arbustive. Elle est uniquement composée de débris des amphores qui servaient au transport des liquides.

Au pied de la colline était situé le port fluvial, créé au IIe siècle av J.C. « L'Emporium » était un quai, long de 500 m, en gradins et rampes de descente vers le fleuve pour assurer le déchargement des marchandises. En 193 av-JC furent construits des docks destinés au stockage des marchandises.

Les études sur les fragments ont montré qu’ils provenaient tous d’un unique type d'amphore, plutôt sphérique. Les amphores portaient une marque de fabrique, certaines le nom de l’exportateur avec les marques de contrôle au départ et à l’arrivée de la marchandise. Sur les fragments peuvent encore être identifiés des traces de chaux laquelle servait à stopper la décomposition de l’huile restante. Toutes ces amphores provenaient de la province de Bétique (qui correspond à peu près à l’Andalousie actuelle) et d’Afrique du Nord, et contenaient toutes de l’huile d’olive. Elles sont datées de 140 au IIIe siècle. Pour expliquer une telle accumulation d’amphores cassées, il n’y a qu’une hypothèse : les amphores ne pouvaient pas être réutilisées car l’argile avait absorbé l’huile qu’elles contenaient. Pour éviter les glissements de terrain et éviter qu’ils ne prennent trop de place, les morceaux étaient soigneusement empilés.

Au Moyen-âge, le Testacio fut utilisé pour des jeux, des courses, des tournois ou des batailles qui se déroulaient aux pieds de la colline. A partir de 1140, un Carnaval était organisé sur le Testaccio, le dernier dimanche avant la Carême. Enfin, les fêtes d’octobre, « Ottobrate », ont été organisées au Testacio jusque dans la première décennie du XXe siècle. La population sortait de Rome, dans ses plus beaux atours, pour se rendre dans les vignobles, pour y manger et boire et participer à des jeux. Des caves furent également creusées dans la colline pour y conserver le vin au frais. Est-ce pour toutes ces raisons que le pourtour de la colline est encore occupé aujourd’hui de bars, de restaurants et surtout de boites de nuit ? Constituant ainsi une postérité des très lointaines bacchanales romaines ?

Le « Museo d'Arte Contemporanea di Roma » (MACRo) est un musée de la municipalité de Rome, dont une antenne est tout nouvellement installée dans les bâtiments de l’ancien abattoir de la ville. Les pavillons primitifs avaient été édifiés entre 1888 et 1891, ils témoignent de l’alliance entre l’exigence d’une architecture rationnelle, définie par sa fonction industrielle, et une vision « classique » de la monumentalité. En ce sens, ils constituent un témoignage de l’architecture industrielle très intéressant et il est important de les avoir conservés plutôt que de tout détruire au nom du « modernisme » ou de la « fonctionnalité ». Ils ont été rénovés en sauvegardant les rails de transport des carcasses qui courent d’un bâtiment à l’autre afin de rappeler leur utilisation ancienne et d’apprécier l’architecture en fonction de celle-ci.

Deux des bâtiments de ce très vaste ensemble (105 000 m² dont 43 000 couverts) ont été assignés aux activités du MACRo pour la réalisation d’expositions. L’objectif est d’assurer le développement et la diffusion de l’art contemporain. Compte-tenu de la tradition festive de la colline du Testacio et de la population qui fréquente les lieux, le MACRo-Testaccio est ouvert tous les jours de 16 heures à minuit (sauf le lundi). Bref, pour aller y voir une exposition, ce n’est pas le matin qu’il faut s'y rendre, ni même dans l’après-midi, mais le soir après dîner ou avant d’aller danser !

Avec l’implantation du MACRo, si la zone change de fonction, passant d’une fonction d’alimentation de la population romaine depuis plus de 2 000 ans à une fonction de diffusion de la culture, il continue néanmoins à s’inscrire dans les traditions festives du lieu depuis un bon millénaire.

 

Rome – Montpellier, octobre 2011 / janvier 2012.

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