Le mur d'Aurélien - L'unification de l'Italie - Le siège de 1870 et la brèche dans le mur d'Aurélien

 

Rome Nomentano Porta Pia brêche

Les incursions de plus en plus fréquentes des barbares (c'est-à-dire pour les Romains de l’antiquité, tous les « non-romains » : les Alamans, les Francs, les Gaulois, les Goths, etc…) au Sud du Danube, parfois jusqu’en Italie du Nord sous Gallien (260 / 268), Claude le Gothique (268 / 270) et même au début du règne d’Aurélien (270 / 275) faisaient craindre une attaque sur Rome.

Les travaux d’érection d’une nouvelle enceinte fortifiée commencèrent vers 272 et durèrent onze ans, sous le règne de plusieurs empereurs successifs vu les très courtes périodes de pouvoir de l’époque. Les empereurs ne mouraient pas toujours de vieillesse dans leur lit !

Son tracé est assez étrange, très irrégulier, avec des saillants importants. C’est que son pourtour coïncide à peu près avec le développement de l’agglomération romaine à cette époque, mais qu’il a aussi été défini en fonction d’un certain nombre de points d’appui : la colline du Pincio au Nord, la caserne de la garde prétorienne (près de l’actuelle Porta Pia), la colline Praenestina à l’Est et son amphithéâtre, la pyramide de Celsius au Sud, la colline du Janicule à l’Ouest. Au total, 19 kilomètres de long avec parfois 10 mètres de haut, percé de 17 ou 18 portes flanquées de deux tours semi-circulaires, et avec une tour quadrangulaire tous les vingt pas (30 mètres environ).

Le mur servit à plusieurs reprises de rempart défensif, même s’il ne contint pas tous les assauts des assaillants, les Goths au VIe siècle, les troupes impériales de Charles Quint en 1527, le corps expéditionnaire français en 1849 ! Son dernier acte de résistance date de 1870.

Les Français aiment à croire qu’ils ont joué un rôle-clef dans l’unification italienne, rappelant la politique de Napoléon III à ce sujet. C’est oublier un peu vite que le Prince-Président, en 1849, fit envoyer un corps expéditionnaire à Rome pour réinstaller le pape Pie IX Feretti (1846 / 1878) qui avait été chassé par une République présidée par Mazzini et qu’il maintint des soldats dans la ville jusqu’en 1870. L’unité italienne, oui, mais dans certaines limites, notamment en ne touchant pas aux sacro-saints Etats pontificaux comprenant le Latium, l’Ombrie, les Marches et la Romagne, qui de fait coupaient la botte italienne et le nouvel Etat italien en deux !

Avec la guerre franco-prussienne de 1870 les troupes françaises sont évacuées et rapatriées. Face au refus de Pie IX d’accepter la fin de la domination de l’église sur la ville de Rome et ses provinces, le roi d'Italie Victor-Emmanuel II décide d’avoir recours à la force et, le 20 septembre 1870, après cinq heures de bombardement, l'artillerie italienne opère une brèche dans la muraille de Rome près de la Porta Pia, brèche dans laquelle s’engouffrèrent fantassins et bersaglieri, à 10h00 du matin, mettant ainsi fin au pouvoir temporel des papes.

Aussitôt l’existence de la brèche connue, le pape Pie IX proposa la reddition de la ville. Il faut dire que les troupes royales comprenaient plus de 50 000 hommes alors que les troupes pontificales n’en alignaient que 13 000, dont 4 000 Français (principalement les Zouaves pontificaux et la légion d'Antibes ou légion Romaine forte de 1 200 hommes), 1 000 sont Allemands, les autres étant essentiellement des italiens… Mais, il y eut même des Canadiens[1] !

Après un regroupement Place Saint-Pierre des différentes troupes pontificales, carabiniers suisse, légion d’Antibes, chasseurs, gendarmes, dragons et zouaves[2], celles-ci quittèrent Rome le 21 septembre à dix heures, pour être démembrées et renvoyées dans leurs pays.

La Porta Pia ne joua donc jamais de rôle militaire important puisque, la seule fois où elle aurait pu participer à la défense de Rome, les assaillant la contournèrent en ouvrant une brèche à une centaine de mètres plus au Nord ! En suivant la muraille, une plaque commémorative et une colonne célèbrent l’évènement.


[1] François Lachance. « Prise de Rome : odyssée des zouaves canadiens de Rome à Québec ». 1870.

[2] Les zouaves pontificaux portaient une courte veste à soutaches rouges au col dégagé, un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge et un petit képi à visière carrée. Ce qui aurait fait dire à un cardinal : « C'est bien une idée de Français d'habiller en musulmans les soldats du pape ! ».

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le quartier Nomentano

Télécharger le document intégral.