Une des plus récentes "villas" de Rome - Devenue la résidence de Mussolini - La maison de Luigi Pirandello

 

Rome Nomentano Villa Torlonia

La Villa Torlonia est une des plus récentes villas romaines. Giovanni Torlonia, qui avait obtenu le titre de marquis en 1797, voulu faire preuve de son nouveau statut. Il acheta la Vigna Colonna sur la Via Nomentana et chargea Giuseppe Valadier, l’architecte qui avait été chargé de l’aménagement de la piazza del Popolo en 1793, de rendre son nouveau domaine digne des autres demeures princières de Rome. Entre 1802 et 1806, Valadier transforma le bâtiment principal en un élégant palais avec des avant-corps et des terrasses et aménagea un parc « à la française ».

A la mort de son père en 1832 son fils poursuivit l’aménagement de la villa en lui ajoutant un monumental pronaos de six colonnes colossales surmontées d’un fronton triangulaire abritant un haut-relief en terre-cuite figurant « Bacchus revenant triomphant des Indes sur un chariot traîné par des tigres » ! Les deux petites ailes à arcades dessinées par Valadier furent remplacées par deux portiques à colonnes doriques, sur les flancs Est et Ouest de la villa formant des saillies semi-circulaires.

A l’intérieur, les salles de représentation du rez-de-chaussée et les pièces d’habitation du premier étage furent chacune décorées selon des styles différents : vestibules « romains », salle des poètes « gothique », salle de bal « classique grand siècle », salle de Bacchus « Renaissance », chambre « gothique », chambre « baroque génois », chambre « égyptienne », salle de bain « Renaissance », etc. L’ensemble était décoré également de statues ou de bas reliefs antiques et nous renseigne sur le goût très éclectique de la grande noblesse de l’époque.

Ce constat est confirmé par l’aménagement du jardin qui fut entièrement repris dans un style anglais, ce qui assez rare à Rome, avec allées serpentantes, grandes pelouses, petits lacs et de nombreux bâtiments annexes : « Capanna Svizzera » (cabane suisse), serre, tour, grotte mauresque, champ de tournois ! Sous la villa avait également été construite une salle circulaire à coupole surbaissée, redécouverte en 2004 lors des travaux de restauration, figurant une tombe étrusque aussi bien par la méthode de construction que par les décorations inspirées des vaisselles étrusco-corinthiennes.

En 1925, la Villa fut cédée comme résidence à Mussolini qui y logea jusqu’en 1943. La présence de Mussolini n’apporta que des modifications secondaires, le champ de tournois fut transformé en court de tennis et des bunkers souterrains furent creusés. Trois au total, le Duce ne les trouvant certainement pas assez sûrs. Le premier, creusé dans le jardin, nécessitait de sortir à l’extérieur de la villa pour le rejoindre ; le second à partir des cuisines en renforçant le plafond, mais cela ne devait pas apparaître assez sûr en cas de bombardement aérien ; le troisième, avec deux galeries en croix et des murs en béton de quatre mètres d’épaisseur ne fut jamais terminé, Mussolini ayant été destitué entre temps par le Grand conseil fasciste. Il faut dire que les troupes alliées commençaient à se rapprocher dangereusement avec l’occupation de la Sicile.

En juin 1944, tout le complexe fut occupé par les troupes du commandement anglo-américain, qui y resta jusqu’en 1947. Puis les bâtiments furent abandonnés et continuèrent à se dégrader. En 1977, la Mairie de Rome racheta la Villa et ouvrit le parc au public. Depuis les années 90, la municipalité restaure patiemment et avec constance les différents éléments de la villa Torlonia : la « Casina delle Civette » (l’ancienne cabane suisse comprenant un petit musée des vitraux), puis la villa, les anciennes écuries, le théâtre… Le deuxième étage de la villa accueille aujourd’hui un agréable petit musée de « l’École romaine », une école de peinture qui s’affirma à Rome dans l’entre-deux guerres et dans la période postérieure. Il réunit des œuvres des peintres de cette époque, dont à ma grande honte je n’en connaissais qu’un, Renato Guttuso, et permet ainsi de se faire une idée des tendances qui traversaient la peinture italienne au milieu du XXe siècle.

A quelques rues de la villa Torlonia, via Antonio Bosio (n°13-15), il paraît qu’il est possible de visiter la maison de Luigi Pirandello, poète, romancier et dramaturge, né à Agrigente (1867) et mort à Rome (1936). Si la maison est devenue le siège de l’Institut d’études pirandellienne, le logement de Pirandello peut se visiter, les meubles, livres et bibelots étant restés dans la situation voulue par l’écrivain.

 

Rome / Montpellier, Septembre 2011 / janvier 2012

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