Un quartier résidentiel tranquille - Mais autrefois un quartier plébéïen revendicatif - La fable des "membres et de l'estomac" - Vue sur la coupole de Saint Pierre

 

Rome Ripa Aventin Ordre de Malte

Le premier port de la Rome antique était établi au forum boarium, entre le Capitole et l’Aventin. Aussi la colline de l’Aventin fut-elle occupée par les ouvriers, les artisans, les petits commerçants, les soldats, composant « la plèbe ». Pendant toute la période de la République, l’Aventin resta un quartier populaire, plébéien.

En 494 avant J.C, refusant de répondre à une convocation des consuls pour être enrôlés dans l’armée, le petit peuple de Rome se retire dans le quartier de l’Aventin, faisant ainsi sécession pour y constituer une « autre Rome ». Le refus de cette nouvelle guerre s’ajoutait à une situation économique difficile qui avait aboutit au développement de l’esclavage pour dettes auquel étaient condamnés les citoyens les plus pauvres.

C’était, en quelque sorte, une grève insurrectionnelle et il fallut bien que les consuls, les représentants de la noblesse patricienne, se résolvent à négocier et à reconnaître, à l’avenir, une représentation à la plèbe : les tribuns.

Le consul Agrippa Menenius Lanatus, envoyé par le sénat pour négocier avec les « rebelles », aurait fait un petit discours qui les aurait convaincus.

« Un jour [...] les membres du corps humain, voyant que l'estomac restait oisif, séparèrent leur cause de la sienne, et lui refusèrent leur office. Mais cette conspiration les fit bientôt tomber eux-mêmes en langueur ; ils comprirent alors que l'estomac distribuait à chacun d'eux la nourriture qu'il avait reçue, et rentrèrent en grâce avec lui. Ainsi le sénat et le peuple, qui sont comme un seul corps, périssent par la désunion, et vivent pleins de force par la concorde »[1].

Le texte est intéressant… bien qu’il ait été écrit huit siècles après les faits ! Gageons que les plébéiens auront été plutôt convaincus par la remise de dette qui aurait été accordée au plus pauvres et la libération des esclaves pour dettes !

Avec le déplacement du port au Sud de l’Aventin, le petit peuple partit s’installer dans le Testacio ou vers le Trastevere. La colline de l’Aventin se transforma progressivement en un quartier résidentiel pour la noblesse de l’Empire. Et comme c’était le quartier le plus luxueux de la ville, c’est aussi celui qui eut le plus à souffrir des différentes invasions barbares, ce qui explique l’absence quasi-totale de construction antique sur la colline.

A votre tour, « retirez-vous sur l’Aventin », au sommet, Piazza dei Cavalieri di Malta (Place des Chevaliers de Malte) une petite place réalisée par l'architecte Piranèse, non pour y négocier en position de force mais plus simplement pour y admirer la vue.

 « Quelle vue plus singulière que celle du prieuré de Malte, bâti sur le sommet du mont Aventin, qui, du côté du Tibre, se termine en précipice ! Quelle impression profonde produisent, vus de cette hauteur, le tombeau de Cecilia Metella, la voie Appienne et la campagne de Rome ! »[2].

La vue est aujourd’hui plutôt encombrée en direction de la voie Appienne, mais vous pouvez avoir une autre vue, remarquable, sur la coupole de Saint-Pierre. Pour une fois, il est licite de regarder par le petit trou de la serrure sans être indiscret, c’est même une tradition si bien établie qu’il vous faudra peut-être faire la queue pour y arriver. Par le trou de la serrure de la porte du prieuré de Malte vous apercevrez la coupole de Saint-Pierre au bout de d'une allée ombragée fleurie de roses !

Vous pouvez même renouveler l’indiscrétion la nuit, la coupole de Saint-Pierre, illuminée, se détache alors sur l’horizon.


[1] « Apologue des membres et de l’estomac », d’après Aurelius Victor (vers 327 / 390).