Vive concurrence entre Saints - Esprit de l'escalier ou escalier de l'esprit ? - Vue sur Rome et repos bien mérité

 

Rome Ripa Aventin San Alessio

Au sommet de l’Aventin, un magnifique clocher roman, celui de l’église Saint-Alexis. En réalité, jusqu’en 1217, l’église était dédiée à Saint-Boniface, mais voilà, la concurrence entre les saints est sévère ! Essayons d’y voir plus clair.

Au IVe siècle, Boniface était intendant des très vastes domaines d’une très riche romaine nommée Aglaé. Ivrogne et débauché, Boniface vivait aussi en concubinage avec Aglaé. Un jour ils furent tous deux touchés par la grâce et ils se demandèrent comment expier leurs abominables pêchés. Aglaé eut l’idée d’envoyer Boniface en Orient pour y assister les chrétiens dans leurs persécutions et ramener à Rome leurs reliques. Ce qui devait arriver arriva, Boniface se fit prendre, dut avouer sa foi chrétienne et fut persécuté à son tour. Ses serviteurs rapportèrent son corps à Rome. Aglaé lui fit construire une église sur l’Aventin et se retira du monde. A partir de 977, l’église de Saint-Boniface qui était presque abandonnée fut accordée à Serge, un métropolitain grec qui avait été chassé de Damas.

Serge s’installa à Saint-Boniface avec quelques moines grecs qui eurent bientôt une grande réputation pour leur piété. Ceux-ci importèrent la vénération de Saint-Alexis, un homme pieux vivant à Edesse, au Ve siècle. C’était un pauvre mendiant recueillant les aumônes des fidèles et distribuant chaque jour à de plus pauvres que lui tout ce qui n'était pas indispensable à sa propre subsistance. Il finit par tomber malade, fut conduit à l'hôpital où il mourut. Mais quelque temps avant sa mort il avait lui-même dévoilé son histoire. Il était né à Rome, de parents nobles. Le jour fixé pour ses noces, il s'était enfui et s’était embarqué pour l’Orient où il vécut en saint. La légende se développa en ajoutant qu’Alexis était revenu à Rome où il avait vécu dix sept ans comme mendiant sous l’escalier du palais de ses parents et de sa femme. Son identité révélée à sa mort, ses parents convertirent leur palais en église.

Après s’être appelée « Saints-Boniface-et-Alexis » – finalement, n’étaient-ils pas tous deux allés en Orient ? – l’église devint Saint-Alexis tout court en 1217. Encore, ne vous ai-je raconté que les éléments-clefs de l’histoire pour comprendre la sculpture étonnante que vous trouverez à l’intérieur de l’église. De fait, s’emmêlent toute une série d’histoires, de légendes, de révélations, de traditions successives ou parallèles, d’origines les plus diverses[1].

Mais revenons à l’église San Alessio. Si elle possède un magnifique clocher roman, carré, à plusieurs étages de colonnettes, l’intérieur présente moins d’intérêt ayant été beaucoup remanié au XVIe, au XVIIIe et au XIXe siècles. Vous trouverez néanmoins un très curieux monument, d’époque baroque, où une statue de marbre représentant saint-Alexis mourant, exécutée par un élève du Bernin, repose sous un fragment de l’escalier véritable sous lequel il vécut dix-sept ans. Avouez que c’est plutôt rare une sculpture dans laquelle on inclue un escalier ! Escalier qui, de plus, avait déjà un bon millénaire quand il fut inséré dans l’œuvre.

En sortant de San Alessio, ne manquez pas le petit square qui jouxte la nef. Non pas qu’il soit très bien arrangé – il est dans le même état de semi-abandon que tous les squares publics de Rome – mais il permet d’avoir une belle vue sur la ville et d’apprécier la hauteur de la falaise qui domine le Tibre. On comprend alors mieux ce qu’était le supplice de la roche tarpéienne car, au Capitole, le lieu a été tant de fois modifié qu’on a le plus grand mal à identifier la fameuse roche et surtout à se rendre compte de la hauteur d’où étaient précipités les malheureux. Sur l’Aventin, cela fait haut… et explique qu’il y avait peu de survivants au supplice.

Le petit square présente un autre intérêt si vous vous y rendez après le déjeuner, bien qu’alors vous ne pourrez pas visiter San Alessio qui n’ouvre qu’à 16 heures. Il faut choisir. Outre un quarteron de SDF qui termine leur maigre déjeuner toutefois bien arrosé, toute une série de corps sont étendus dans le jardin, sur les bancs, les « pelouses », ou du moins les herbes folles qui poussent là. C’est l’heure de la sieste et des ouvriers et des employés viennent ici faire un petit somme réparateur, dans un coin tranquille, au soleil… Chut ! Pas de bruit.


[1] Louis Duchêne. « Notes sur la topographie de Rome au moyen-âge.VII (1). Les légendes chrétiennes de l'Aventin ». Mélanges d’archéologie et d’histoire. Tome 10. 1890.

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