Le cirque Maxime - Du rapt des Sabines aux manifestations anti-Berlusconi - La stèle géante d'Axoum 

 

Rome Ripa Aventin Circus Maximus

« A la descente du mont Aventin, ne cherchez plus dans la place où était le grand cirque qu’un grand mauvais marais barloong, à qui les restes des fondations des gradins servent de clôture »[1].

Situé dans une vallée naturelle entre les monts du Palatin et de l'Aventin, le cirque Maxime est le plus grand cirque de Rome. Agrandi et plusieurs fois reconstruit, le cirque Maxime pouvait contenir plus de 250 000 spectateurs. La piste sur laquelle couraient les chevaux avait plus d'un kilomètre de long. Datant de l'ère de Tarquinius, il n’en reste que très peu de choses : une vaste prairie en cuvette oblongue !

Portiques, murets, gradins ont servi de carrière pour les palais de la papauté et les monuments de la Rome baroque quand ils n’ont pas été tout simplement broyés pour faire de la chaux.

« Nous sommes descendus dans la vallée appelée autrefois Murcia, entre les monts Palatin et Aventin. Romulus choisit cette vallée pour y célébrer des jeux magnifiques en l’honneur de Neptune Consus. Le lieu où nous sommes fut le théâtre de l’enlèvement des Sabines »[2].

Sic transit gloria mundi !

Aujourd’hui lieu de promenade familiale, tranquille, voire de pique-nique, dans un état de semi-abandon, le cirque Maxime retrouve de temps-en-temps les foules de sa gloire passée : pour un concert des Rolling-Stone ou pour une grande manifestation politique ou syndicale. Plusieurs manifestations gigantesques (plus de deux millions de personnes) à la politique du gouvernement de Silvio Berlusconi s’y sont tenues ces dernières années avec pour mots d’ordre le refus des restrictions budgétaires, des paradis fiscaux, des politiques anticrises... A chaque fois, la vaste pelouse du cirque était pleine, la foule grimpant sur ses gradins et envahissant les rues adjacentes.

A Rome, il nous faut constamment faire des efforts d’imagination pour nous représenter la ville antique telle qu’elle pouvait être. C’est le cas du cirque Maxime qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Ce que nous appelons « Rome », certainement plus que dans toute autre ville au monde, est à la fois le produit de ses ruines et monuments visibles, mais aussi de la ville que chacun de nous « rêve », imagine, que nous nous sommes construit sur la base de nos lectures ou des récits que nous en avons eu. Cette Rome là, toute personnelle, intègre aussi ce qui n’est plus.

Mais, il ne faudrait pas croire que cela concerne seulement les âges les plus reculés de la ville, la Rome antique. Cela concerne aussi la ville moderne… Ainsi, « ma Rome personnelle » intègre un monument qui a complètement disparu, dont il ne reste aucune trace, la stèle[3] géante d’Axoum. Elle avait été érigée en mars 1937 au bout du cirque Maxime, place de la Porte Capena, au milieu de la dense circulation de ce carrefour, devant les nouveaux bâtiments du ministère des Colonies (aujourd’hui la FAO) et ouvrant la perspective sur le campanile de l’église Sainte-Marie-in-Cosmedin et la coupole de la basilique Saint-Pierre-du-Vatican. Son installation fut célébrée le 31 octobre 1937 pour commémorer, à quelques jours près, le quinzième anniversaire de la marche sur Rome. Cet événement s’ajoutait aux célébrations du bimillénaire d’Auguste lequel avait importé les quatre premiers obélisques de Rome. Le « Duce » voulait avoir aussi « le sien » d’obélisque, pour marquer symboliquement la conquête de l’Éthiopie et l’avènement d’un empire fasciste… même s’il s’en était déjà offert un d’obélisque en 1932, en marbre de carrare, devant le « Foro Mussolini ».

La stèle géante d’Axoum, un monolithe brisé en cinq morceaux et âgé environ de 1 700 ans, pèse 150 tonnes et mesure 24 mètres de haut. La transporter à Rome sur les pistes éthiopiennes fut une formidable prouesse qu’il fallut renouveler partiellement quand il fut décidé de rendre l’obélisque à son légitime propriétaire… car ce sont des avions gros porteurs Antonov qui ont fait l’essentiel du transport. Démontée en 2002, elle devra attendre plusieurs années avant de faire le voyage de retour et d’être remontée, sur son lieu d’origine, en 2008.


[1] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.

[2] Stendahl. « Promenades dans Rome ». 1829.

[3] Contrairement à l’obélisque, la stèle présente deux larges faces principales et deux de côté plus petites.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur Ripa / Aventino

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