Le ministère de l'Afrique mussolinienne accueille la FAO ! - Une efficacité à démonter

 

Rome Ripa Aventin FAO

Le siège de la FAO (Food and Agriculture Organization - Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture) est situé entre le Cirque Maxime et les Thermes de Caracalla. C’est un bâtiment massif, composé de parallélépipèdes rectangles, sans charme ni ornements, aux larges baies vitrées, et dont les façades sont recouvertes de plaques de travertin. Créée le 16 octobre 1945 à Québec, par 44 pays, la FAO a pour but « d’élever le niveau de nutrition et des conditions de vie des populations ».

La FAO est ainsi la première des institutions spécialisées créée par les Nations-Unies. Elle devait être hébergée au sein de l’ONU, à New-York, mais la taille de la ville, la concentration extrême de fonctionnaires internationaux, ont plaidé pour un accueil dans un autre pays. L’Italie, avec la candidature de Rome, a été choisie parmi les cinq pays postulants, notamment parce qu’elle avait été le siège de l’Institut International d’Agriculture et qu’elle avait un bâtiment à proposer, conçu à l’époque mussolinienne, lequel aurait dû abriter le ministère de l’Afrique italienne !

C’est que Mussolini ne manquait pas d’ambition de ce point de vue. En juin 1936, l’Érythrée, la Somalie et l’Éthiopie, occupées par l’Italie après des guerres au cours desquelles furent utilisées des armes chimiques et bactériologiques interdites par la convention de Genève, sont réunies au sein de l'Afrique Orientale Italienne. En mai 1937, un ministère de l'Afrique italienne remplace l'ancien ministère des Colonies. Près de deux cent mille Italiens partent s'installer en Afrique orientale alors que cent vingt mille arrivent en Libye, le budget de l’Etat attribué aux colonies est multiplié par quatre de 1936 à 1938 représentant alors jusqu'à 12,5 % du budget total. Pour gérer ces nouveaux territoires italiens, il fallait une administration conséquente, d’où la construction d’un énorme bâtiment dans une architecture rationaliste, fonctionnaliste, à mon avis sans génie, mais sans fioritures faisant référence à un très quelconque « classicisme néo-romain » comme ce fut le cas au stade des marbres ou dans certains bâtiments de l’EUR.

« Nationalisme et internationalisme, tradition et avant-garde, se confrontent et s’affrontent dans chaque œuvre »[1]

Bref, les ambitions italiennes en Afrique ayant été réduites à zéro à l’issue de la seconde guerre mondiale, cela permettait de libérer le bâtiment qui, terminé en 1952, accueillait alors l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Si le bâtiment ne présente pas d’intérêt architectural particulier à l’extérieur, il n’en présente guère plus à l’intérieur. Ce vaste immeuble est composé d’interminables couloirs, parfaitement tous semblables, ouvrant sur des rangées de bureaux à gauche et à droite. Rien ne permet de distinguer les différents couloirs des différents bâtiments et des différents étages les uns des autres. Tous pareils, tous en ligne. Tout un programme !

Lors de ma première visite dans ce « haut lieu » de la réflexion agricole et l’alimentation, à l’époque très impressionné par les organisations internationales en général et la FAO en particulier, j’avais eu l’honneur, avec d’autres collègues montpelliérains, d’être invité à déjeuner par un des responsables de l’institution. C’est d’autant plus saisissant que le restaurant est situé sur la terrasse de l’immeuble et permet d’avoir une vue exceptionnelle sur le cirque Maxime, le forum, les thermes de Caracalla, et tous les toits de Rome d’où émergent clochers et coupoles. Nous devisions en posant des questions sur l’institution. A notre question sur le nombre de personnes qui travaillaient ici, ce responsable nous répondit, avec le plus grand sérieux : « Oh, 50% ! ». Nous rîmes… J’avais tort ! J’ai longtemps défendu la FAO parce que je croyais qu’elle permettait de faire contrepoids à une vision exclusivement capitaliste et productiviste de l’agriculture, défendue généralement par les pays anglo-saxons. Je crois aujourd’hui que le rapport « résultat / coût » de l’institution est très, très faible. La FAO, au lieu d’être en pointe dans la réflexion, est tout simplement à la traîne parce que sans volonté politique, sans projet, sans dynamique ; en privilégiant le consensus mou entre les Etats, elle aboutit à défendre le plus petit dénominateur commun ! Il vaudrait mieux faire disparaitre l’ensemble. Ça coûte cher, n’a aucun impact, surtout pas pour défendre l’agriculture familiale des pays en développement.

Rome / Montpellier, Septembre 2011


[1] Jérémie Manguin. « La stratification urbaine à Rome - La place de l’architecture contemporaine dans le centre de Rome ». Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Belleville. 2008.

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