L’église de la Trinité-des-Monts - Une église « française » de Rome - Le couvent, lieu possible d'hébergement - L'obélisque

 

Rome Campo Marzio Pincio Trinité des Monts 2

L’église de la Trinité-des-Monts est, comme celle de Saint-Louis-des-Français, une des cinq églises françaises de Rome. L’église et le couvent ont été construits à la demande du roi Charles VIII, fils de Louis XI. Le terrain fut acheté en1494 pour Saint-François-de-Paule, fondateur de l’ordre des Minimes et, le 21 février 1495, le pape Alexandre VI (Alexandre VI Borgia, ce qui n’est pas une référence très… « catholique ») autorisait la construction du couvent et de l’église. Etait-ce pour compenser l’attribution de la moitié du monde aux « Rois très Catholiques » d’Espagne, l’année précédente par le traité de Tordessilas, qu’il acceptait de laisser au roi de France un petit bout de son territoire ? En 1527, le domaine fut dévasté par les lansquenets du souverain Charles Quint, pourtant très catholique lui aussi, lors du sac de Rome. Bref, la consécration du sanctuaire eut lieu, au terme d’un siècle de travaux, le 9 juillet 1594.

La façade présente deux clochers symétriques, ce qui est rare à Rome où les églises sont plus riches de coupoles que de clochers. L’un présente une horloge mécanique, avec une seule aiguille pour marquer les 12 heures de la demi-journée, l’autre un cadran solaire qui, compte tenu de l’orientation à l’Ouest de la façade, ne peut donner d’indication que pour les heures de l’après-midi. Du moins permet-il, peut-être, de préciser quart d’heures et demi heures que le cadran mécanique laisse dans une grande imprécision.

La Trinité-des-Monts abrite une « Descente de croix » (1541) célèbre de Daniele de Volterra. Autour de la Croix et du corps du Christ, Volterra dispose un grand nombre de personnages, dans une grande diversité de couleurs. Cela fait oublier le désastreux surnom de « Braghetone » que lui avaient valu les repeints de pudeur qu’il avait apposé sur les figures dévêtues du « Jugement dernier », de Michel-Ange, à la Chapelle Sixtine, suite aux recommandations du Concile de Trente.

« Voir la descente de Croix de Daniel de Volterra, qui, au lieu de peindre les âmes, peint des corps vigoureux et bien constitués ; c’est le style de Michel-Ange moins le génie »[1].

La branche française de l’ordre des Minimes ayant disparu en 1828, le domaine fut confié aux religieuses du « Sacré-Cœur-de-Jésus », une congrégation fondée en 1800. Ne pouvant plus assumer à leur tour cette mission, il vient d’être confié, en 2006, aux « Fraternités monastiques des Frères et des Soeurs de Jérusalem ». Outre la gestion du domaine et la présence religieuse, la congrégation propose un hébergement pour toutes personnes souhaitant se rendre à Rome[2]. Le couvent abrite quelques œuvres étonnantes, très peu connues (et que je n’ai pas encore eu le loisir d’admirer !) : des fresques du Chevalier d’Arpin, une peinture en trompe l’œil du très célèbre père jésuite Andrea Pozzo, des anamorphoses et un cadran solaire catoptrique (utilisant la réflexion de la lumière et non son ombre) riche d’informations astronomiques.

Devant l’église, le pape Pie IV (1775 / 1799) fit ériger, en 1789, un obélisque en granit rouge d’Assouan, aux noms de Séthi 1er et de Ramsès II, après qu’il ait longtemps traîné au Latran et même avoir failli être érigé devant Notre-Dame à Paris ! Son couronnement par une fleur de lys est une prévenance à l’attention de la France.

Le site de la Trinité-des-Monts, décor de théâtre par excellence, a servi de fond de scène à de très nombreux films. « La Ragazze di Plazza di Spagna », tourné en partie dans la maison des poètes anglais, pour lequel l’escalier de la Trinité-des-Monts est un acteur-clef. C’est un film de 1952, de Luciano Emmer avec comme interprètes Lucia Bosè, Cosetta Greco, Liliana Bonfanti… et Marcelo Mastroianni qui joue le rôle d’un chauffeur de taxi. Le film est considéré comme faisant partie du néoréalisme, mais « à la sauce rose » ! Trois jeunes filles travaillant dans la haute couture (nous sommes à deux pas de la Via Condotti) ont des histoires d’amour. Dans « Nous nous sommes tant aimés » d’Ettore Scola, avec Nino Manfredi et Vittorio Gassman, l’un des acteurs reproduit sur les escaliers de la Trinité-des-Monts une des scènes les plus célèbres du cinéma, celle des escaliers d’Odessa du « Cuirassé Potemkine » ! Un film sur la désillusion de ceux qui ont lutté contre le fascisme et qui se sont plus ou moins intégrés dans la société, avec cette phrase terrible : « Nous voulions changer le monde, et c’est le monde qui nous a changés ».


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome.

[2] Voir le site de la congrégation.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur Champ de Mars et Pincio

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