Les jardins de Lucullus - La villa Médicis - Création de l'Académie de France - La fontaine d'Annibale Lippi

 

Rome Campo Marzio Pincio Villa Medicis 1

La Villa Médicis occupe un site prestigieux, celui des jardins de Lucullus, célèbre pour son art de vivre et son goût pour la gastronomie.

Le Consul Valerius Asiaticus, sans doute le premier consul d’origine gauloise, devenu propriétaire, y aurait fait édifier des terrasses, un vaste nymphée semi-circulaire surplombé d'un temple dédié à la Fortune… qui ne lui porteront pas chance ! Peut-être amant de Messaline, femme de l’empereur Claude, son domaine suscita la convoitise de celle-ci et, sur la base d’un faux témoignage qu’elle fomenta, Claude exigea qu’il se suicide ; ce qu’il fit dans ses jardins. Mais le temple dédié à la Fortune ne portera pas plus chance à Messaline. C’est également dans ce jardin qu’elle fut assassinée mettant ainsi fin à une vie des plus sulfureuse et tumultueuse.

Le cardinal Ricci da Montepulciano acquiert le domaine en 1564 et commence à s’y faire construire un palais. A sa mort, les travaux ne sont pas terminés et le cardinal Ferdinand de Médicis se porte acquéreur du domaine et charge l'architecte florentin Ammannati, en 1576, d'un projet plus ambitieux pour accueillir sa précieuse collection de bas-reliefs et de statues.

Ce n’est qu’en 1803, que le Premier Consul Napoléon Bonaparte transfère l’Académie de France à la Villa Médicis. Créée en 1666, sous l'impulsion de Colbert, l’Académie de France accueille les jeunes artistes pensionnés par le Roi pour y développer leur formation au contact des richesses artistiques de Rome et de l'Italie. Les pensionnaires devaient consacrer leur séjour à la réalisation de copies de l'Antique ou de la Renaissance et fournir ainsi les jardins et palais royaux. D’abord installée modestement dans le Trastevere, elle occupa successivement les Palais Caffarelli, Capranica et Mancini sur le Corso. Aux peintres et sculpteurs s'ajoutèrent en 1720 les architectes, puis les musiciens. Suite à la rupture des relations entre la France et le Saint-Siège, en 1793, l’Académie abandonne ses locaux. Après la signature du Concordat, en 1801, la République Française cherche un autre site pour y implanter l’Académie. Successivement sont proposés le palais Farnèse, la Farnesina, et enfin la villa Médicis rachetée à la Toscane qui n’avait plus les moyens d’entretenir le domaine. La fonction et le règlement de l’Académie de France restent alors fondamentalement les mêmes qu’à la fin de l’Ancien régime. Elle accueille les lauréats des prix de Rome de peinture, d’histoire, de sculpture et d’architecture, auxquels s’ajoutent ceux des prix de gravure et de musique, puis ceux du paysage historique en 1817. Le but de leur séjour, dont la durée était fixée à quatre ou cinq années selon les spécialités, était de mettre les pensionnaires en contact avec les œuvres clefs de l’art occidental. Le règlement précisait les modalités de leur séjour, leurs obligations, ainsi que les heures de pose du modèle et les heures d’étude d’après l’antique ou du drapé sur mannequin !

Parmi les pensionnaires, s’il y en a beaucoup qui sont oubliés, il y en eu aussi de célèbres : Berlioz, Gounot, Bizet et Debussy pour les musiciens, Boucher, Fragonard, David et Ingres pour les peintres, Houdon et Carpeaux pour les sculpteurs, Soufflot, Baltard et Garnier pour les architectes…

Le décret de 1971 fixant son statut précise que l'Académie doit « favoriser la création artistique et littéraire dans tous les domaines (…) ainsi que dans l'histoire de l'art, pour une période s'étendant notamment de la Renaissance à nos jours  ». Les 18 artistes francophones (et non pas strictement Français) qui sont recrutés chaque année le sont aujourd’hui sur dossier et pour des séjours plus courts, de six à dix-huit mois, voire au plus, deux ans. Doit-on en conclure que la République n’a plus les moyens ou la volonté de développer la formation de ses artistes ? Dans une société régie par la politique spectacle, le clinquant, voire le bling-bling, j’ai bien peur que la place de l’artiste dans la société ne soit remise en question. Quand il est considéré comme « sadique ou imbécile » d’étudier « La Princesse de Clèves », quand la Présidence a même essayé (heureusement vainement) de faire nommer un fidèle vassal pour occuper le prestigieux poste de directeur de l’Académie après un Balthus et un Peduzzi, on peut craindre le pire. N’est pas Louis XIV ou Napoléon qui veut. Je dois très humblement confesser que, parfois, je regrette que la bêtise ne tue pas.

Allez vous consoler devant la villa Médicis où une très belle fontaine d’Annibale Lippi, laisse couler les eaux de l’Acqua Felice dans un murmure doux à l’ombre de grands arbres. La boule, d’où émerge le jet d’eau, serait un boulet de canon qu’aurait fait tirer, en 1655, la Reine de Suède contre la porte de la villa pour réveiller le maître des lieux et partir à la chasse ! C’est le lieu idéal pour admirer Rome puis pour prendre un thé, ou une bière, selon la saison, dans les deux agréables cafés qui nous séparent de l’église de la Trinité-des-Monts.

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