La colline du Pincio - Les jardins de Guiseppe Valadier

 

Rome Campo Marzio Pincio Gheorghe_Tattarescu

La colline du Pincio ne fait pas partie des sept collines de Rome, car elle est située hors de l’enceinte sacrée de la Rome antique. En revanche, elle est incluse dans le périmètre des murs d'Aurélien construits entre 270 et 273 après J-C. Les jardins du Pincio poursuivent ceux de la villa Borghèse, ils permettent de rejoindre la Place du Peuple (piazza del Popolo). Des jardins existaient déjà à l'époque de la Rome antique sur cette colline dominant Rome et accueillaient les villas de riches familles romaines notamment les Pinci qui laissèrent leur nom à la colline. Néron, condamnée à la « damnatio memoriæ » par le Sénat, une condamnation infamante à l'oubli mais aussi à une mort peu glorieuse, par flagellation la tête prise dans une fourche, s’est « suicidé » dans la maison de campagne d’un de ses affranchis, Phaon, située entre les voies Salaria et Nomentane, non loin de la colline du Pincio. Son corps aurait été ensuite brûlé sur cette colline et cette crémation aurait donné lieu à de nombreuses légendes avec notamment des apparitions de fantômes ! C’est aussi ici que le général byzantin Bélisaire (500 / 565) y établit son camp lorsqu'il défendit Rome contre l'Ostrogoth Vitigès en 537.

Vous croiserez aussi un de ces obélisques dont Rome est truffée. Celui-ci est un obélisque romain, dédié par l'Empereur Adrien (117 / 138) à son jeune amant, Antinoüs, mort noyé dans les eaux du Nil. L’obélisque, retrouvé brisé près de la Porte Majeure, fut d’abord érigé dans les jardins du Vatican au XVIe siècle puis déplacé dans les jardins du Pincio en 1822.

La création des jardins dans leur forme actuelle, entre jardins anglais et français, avec d'amples allées plantées de pins et de chênes, et le réaménagement des abords de la piazza del Popolo avec terrasses et fontaines, fut confiée à l’architecte Giuseppe Valadier. C’est Napoléon qui voulut cet aménagement pour faire de Rome, annexée en 1809, la seconde ville de l’Empire après Paris. Outre les jardins du Pincio, il fit aménager les abords de la piazza del Popolo, déblayer le Colisée, dégager l'arc de Titus ainsi que la basilique de Constantin et le temple de Castor et Pollux, et enfin réaménager le palais du Quirinal, autrefois siège de la cour pontificale et désormais palais impérial, en confiant la décoration intérieure aux meilleurs artistes alors présents à Rome.

Une maison bourgeoise cossue, de style néoclassique, dominant Rome, perpétue le souvenir de Valadier. Destinée à être un restaurant depuis son ouverture, en 1817, elle a été récemment rénovée mais les prix de la carte n’incitent pas vraiment à s’y arrêter malgré la vue exceptionnelle sur la ville. Les boulevards qui traversent le jardin ont été ornés de 228 bustes d’italiens illustres, mais aussi d’européens (dont un buste de Bonaparte), sur l’initiative de Guiseppe Mazzini (1805 / 1872).

 « Nous errâmes un moment par le Pincio ; d’allée en allée, de banc en banc, le long de tous ces bustes de marbre blanc alignés à la file, dans l’ombre des arbres (…). Et Larusso, à son ordinaire, recommençait à avoir l’esprit ailleurs. Oubliant l’amour, il paraissait tout préoccupé par ces bustes de marbre.

- Que représentent toutes ces statues ? me demanda-t-il. Je voudrais savoir qui elles sont…

- Tu vois comme tu es ignorant… ce sont de grands hommes et, parce c’étaient des grands hommes, on leur a fait leur statue et on l’a mise ici »[1].

Ils font ainsi pendant aux bustes d’autres grands patriotes italiens (ou les mêmes peut-être, c’est à vérifier !) qui sont situés de l’autre côté du Tibre, sur la promenade du Janicule. Les jardins du Pintio se terminent avec la place Napoléon qui domine la Piazza del Popolo et permet d’avoir une vue magnifique sur Rome.

« Si le Corso ne mérite nullement l’éloge qu’en fit Stendahl, qui a dit que c’était la plus belle rue de l’univers, par contre le jardin du Pincio est digne de sa réputation (…) avec cette vue devant les yeux on n’est pas sensible à l’étoitesse de ce petit jardin, pas plus qu’on ne remarque les affreux bustes des grands hommes illustres ou inconnus qui servent de bouteroues à ses allées »[2].


[1] Alberto Moravia. « La terreur de Rome à la villa Borghèse ».

[2] Hector Mallot. « Comte du pape ». 1877.

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