Via Sistina - Bibliotheca Hertziana - Palais Zuccari - La maison d'Ingres

 

Rome Campo Marzio Pincio Hertziana

La via Sistina relie la Trinité-des-Monts à la Place Barberini. Au n° 123 / 125, le palais Dotti accueillit Nicolas Gogol, et c’est encore un russe qui donna son nom au palais du n° 59, le palais Stroganov. Les Stroganov étaient une très riche famille russe dont la dynastie remonte à Ivan le Terrible. Leur fortune s’est bâtie sur le monopole du sel et le commerce des céréales, des fourrures et des perles. Ils levèrent même une armée de Cosaques pour conquérir la Sibérie et devinrent un soutien indéfectible des Tsars. Anoblis, ils furent des mécènes et amateurs d’art. Leur palais romain abrite aujourd’hui la bibliotheca Hertziana.

La Bibliotheca Hertziana doit son nom à Henriette Hertz, née en 1846 à Cologne dans une riche famille, et qui a consacré toute sa vie aux arts. Mademoiselle Hertz a créé un « Institut romain d’histoire de l’art pour la recherche sur l’art et la sculpture depuis la Renaissance, avec une attention particulière à Rome ». Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s’agissait de la première bibliothèque spécialisée en histoire de l’art à Rome !

La société Max Planck a aujourd’hui pris en charge la Hertziana. Elle a acquis le palais Stroganov et construit un nouveau bâtiment dans les années 60 pour y abriter ses collections. Mais avec ses 240 000 volumes et ses 500 000 photographies, il était devenu nécessaire de restructurer l’ensemble qui ne permettait plus d’accueillir les lecteurs dans de bonnes conditions et ne respectait pas les normes de sécurité. C’est un architecte espagnol, Juan Navarro Baldeweg, qui a été chargé du projet de création d’un nouveau bâtiment, à deux pas de l’escalier de la Trinité des Monts.

Rome intra-muros compte très peu d’immeubles ou de bâtiments modernes (l’Ara Pacis sur le champ de Mars, l’hôtel Radisson, un immeuble mi-hôtel mi-parking au long de Termini), même si la ville comble son retard avec des réalisations impressionnantes hors les murs (Parc de la musique, église du Jubilée, MAXXI « Museo nazionale delle Arti del XXI secolo » et MACRO « Museo d'Arte Contemporanea di Roma »…). Si la fin du XIXe et le début du XXe ont été encore relativement riches en constructions nouvelles, par exemple les hôtels « Hassler » et « De la ville » dans la Via Sistina, la période fasciste a laissé aussi quelques empreintes du côté de la piazza Augusto Imperatore… des bâtiments ternes et sans caractère. L’érection d’un bâtiment moderne est donc suffisamment rare pour être noté d’autant, bien sûr, que toute construction nouvelle pose question dans un sous-sol qui est utilisé et réutilisé depuis plus de deux mille ans. Le chantier de la bibliotheca Herziana n’y a pas échappé qui a permis de dégager les restes de la villa du général romain Lucullus.

Le nouveau bâtiment sera plus spectaculaire à l’intérieur qu’à l’extérieur. Construit sur un terrain en pente, il sera peu imposant côté Via Sistina, masqué par une façade ancienne conservée. Côté via Gregoriana, il se dissimulera derrière la façade de l’immeuble de l’architecte maniériste, le palais Federico Zuccari (1590 / 1598), dont portail et fenêtres sont insérés dans la gueule de monstres, bouches grandes ouvertes[1].

A l’intérieur, la bibliotheca Hertziana comprendra une série de galeries ouvertes sur un puit central qui dispensera la lumière à partir d’un toit en forme d’entonnoir. Un mur oblique réfléchira la lumière vers les galeries. Mais de l’extérieur, il ne paraîtra rien de cette architecture contemporaine !

A quelques pas de là, via Gregoriana, est située la maison qu’habitait Ingres lors de son séjour à Rome. Ingres fera un premier séjour à Rome de 1806 à 1820, notamment comme pensionnaire de l’Académie de France, période pendant laquelle il peignit « La baigneuse ». L’Italie eut une importance déterminante dans sa peinture et Ingres déclarait à ce propos : « On m'avait trompé, Messieurs, et j'ai dû refaire mon éducation ». Au cours d’un second séjour, de 1835 à 1841 il deviendra directeur de l’Académie de France.

 

Rome, Montpellier, décembre 2008 / avril 2017


[1] Le palais Zuccari sert de cadre au roman de Gabriele d’Annunzio « Il Piacere » (Le plaisir, 1889), traduit en français par « L’enfant de volupté » (!).

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