La place d'Espagne et ses guerres picrocholines - L'escalier de la Tinité des Monts - L'ambassade d'Espagne

 

Rome Campo Marzio Piazza di Spagna

La place d'Espagne (Piazza di Spagna) doit son nom à la présence de l'ambassade d'Espagne auprès du Saint Siège qui s'y établit en 1622. Le Palais Monaldeschi, initialement loué, fut acheté par l’Espagne en 1642, puis agrandit et restructuré en 1654 / 1656, mais la façade a été fortement modifiée au cours du XIXe siècle.

La place de forme irrégulière, plus ou moins trapézoïdale, avec des diverticules comme la place Mignanelli ou l’impasse qui sert de sortie au métro, est située au pied de la colline du Pincio, reliée à son sommet par un escalier majestueux et dominée par l’église de la Trinité-des-Monts.

 « On connaît le symbolisme de la Place d’Espagne. De la « Barcaccia » jusqu’à l’église de la Trinité-des-Monts, l’organisation de l’espace indique un itinéraire à suivre. En bas, la fontaine en forme de barque qui fait naufrage, image de la condition humaine déchue. Puis, l’interminable escalier, métaphore de l’ascèse nécessaire pour faire son salut (…). Enfin, tout en haut, l’obélisque planté par Pie VI, doigt levé vers le ciel et invitation à entrer dans l’église »[1].

Les terrains aux alentours de l'ambassade d'Espagne étaient considérés territoire espagnol, ce qui valut plus d’une mésaventure aux grandes puissances de l’époque, la France, l’Espagne et l’Empire Romain-germanique. Dans la Rome papale, chaque grande puissance entretenait ses palais, faisant la « police » alentour et entretenant sa milice pour surveiller ses territoires. Saint Simon raconte[2] que, le soir de la victoire du Prince Eugène contre les Turcs à Pétrovardin (1716), les Impériaux fêtèrent l’évènement avec un char de triomphe. Passant place d’Espagne, avec de nombreux soldats, les Espagnols se crurent attaqués et dégagèrent la place vivement avec leurs hommes d’armes. L’évènement qui, semble-t-il, ne fit pas de morts, se termina par une négociation entre le souverain pontife et les représentants des grandes puissances qui finirent par accepter que chacun pu passer où bon lui voulait et que, désormais, les ambassades seraient protégées par des « sbires » de la papauté.

Il faut croire que l’accord ne fut guère respecté car, en 1745, suite à l’élection de François Ier, (l’époux de Marie-Thérèse de Habsbourg, reine d’Autriche) comme empereur romain-germanique, le parti autrichien décida d’organiser une mascarade dans la ville. L’attroupement se rendit place d’Espagne pour narguer le ministre d’Espagne à Rome, le cardinal Troyano Francisco Acquaviva de Aragon y Spinelli. L’élection de François Ier s’était faite contre les visées de l’Espagne… et de la France également d’ailleurs, pour faire bonne mesure sans doute ! La foule réclama la présence du cardinal au balcon, mais au moment où celui-ci parut une vingtaine de coups de fusils furent déchargés sur la foule faisant de nombreux morts et blessés. Pendant que la foule s’échappait et se réorganisait pour prendre d’assaut le bâtiment, le cardinal faisait mettre en batterie quatre canons chargés de mitraille devant le palais, dissuadant la manifestation de toute velléité d’assaut.

« Après ce coup vigoureux, le cardinal Acquaviva ne fut que plus respecté dans Rome, et il savait se défaire, de façon ou d’autre, de ceux qui lui faisaient ombrage »[3].

Mais les anecdotes les plus fréquentes portent sur les vélléités des Français de faire construire un escalier pour rejoindre la Trinité-des-Monts, alors territoire français, sans passer par des ruelles tortueuses. Les papes s’opposaient généralement au projet car c’était souligner l’importance de la France dans Rome, d’autant que l’église de la Trinité-des-Monts avait une position un peu… dominante ! Il fallut plus de soixante ans, de 1660 à 1726, pour passer du financement du projet par le représentant de Louis XIV à sa réalisation.


[1] Dominique Fernandez. « Le voyage d’Italie – Dictionnaire amoureux ». 1997.

[2] Saint Simon. « Mémoires complets et authetiques du Duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la Régence ». Tome 14.