Le Palais de la Propagation de la Foi - La façade du Bernin - Constructions et destructions - La façade lattérale de Borromini

 

Rome Campo Marzio palazzo del collegio de propaganda fide

Comme nous sommes place d’Espagne, autant aller jeter un œil sur le palais Pour la Propagation de la foi qui ferme la place mais est néanmoins situé dans un autre rione de Rome. Il présente une façade (1642 / 1644), du Bernin,  d’une facture très sobre, agrémentée seulement de pilastres en forte saillie. Il abrite la « Congrégation pour la Propagation de la Foi » fondée en 1542 sous le nom de « Sacrée congrégation de l'inquisition romaine et universelle » et dont la mission était de lutter contre les hérésies. Elle est devenue depuis la « Congrégation pour l'évangélisation des Peuples » et a été notamment présidée, de 1981 à 2005, par le cardinal Ratzinger, devenu pape sous le nom de Benoît XVI. Sa mission actuelle est « de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence »

 « Le collège de Propaganda Fide, où l’on engraisse des missionnaires pour donner à manger aux cannibales. C’est, ma foi ! un excellent ragoût pour eux, que deux pères franciscains à la sauce raide. Le capucin en daube se mange aussi comme le renard, quand il a été gelé »[1].

La partie centrale de la façade latérale, via di Propaganda Fide, est de Borromini (1662 / 1666). Sur cette rue étroite et rectiligne, Borromini développe une haute façade, en sept travées, rythmée par des pilastres colossaux, et dont il incurve légèrement la partie centrale pour en rompre la monotonie. La façade est également brisée dans sa hauteur par une corniche en forte saillie. Ce qui n’aurait pu être qu’une longue et insignifiante façade sur une rue sombre devient un décor mouvant par le jeu du haut porche incurvé, des profondes fenêtres aux jambages de colonnes géminées, aux frontons arrondis ou surmontés d’œil-de-bœuf, de la corniche et des consoles saillantes. Il faudrait encore signaler les colonnes encadrant le porche, carrées, aux larges et profondes cannelures, placées de biais, elles s’évasent progressivement vers le haut… Chaque détail, par le jeu des formes et des saillies, emprisonne ou renvoie la lumière accentuant encore les effets de relief.

Les interventions du Bernin et de Borromini sur un même bâtiment sont le résultat d’une histoire mouvementée.

Le palais Ferratini, érigé place d'Amelia (laquelle est aujourd’hui intégrée dans la Place d’Espagne), fut donné en 1625 par un évêque espagnol, membre de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, pour servir de siège à l’institution et lui permette d’accueillir un collège afin de former les missionnaires chargés de diffuser la bonne parole dans le monde. L’année suivante, la Congrégation acheta tous les jardins avoisinants de l’ilôt. Le Cardinal Antonio Barberini, frère du pape régnant, souhaita édifier une église dédiée à l'Adoration des Rois Mages, reliée au palais, et dont le projet fut confiée au Bernin, l’architecte préféré d’Urbain VIII Barberini (le pape qui fit condamner Galilée… comme quoi on peut apprécier les audaces architecturales mais pas scientifiques !). Le Bernin réalisa une église de forme elliptique, à l’image de San Andrea al Quirinale. Elle fut jugée « merveilleuse » par les contemporains. Parallèlement, il devenait nécessaire de reprendre le vieux palais Ferratini, miné par l’humidité. Le projet et sa réalisation furent naturellement confiés au Bernin (1642 / 1644).

Toutefois dès 1646, les travaux à peine terminés, il apparut indispensable d’agrandir le palais rénové et, cette fois-ci, le projet fut confié à Borromini. Il proposa un grandiose édifice, occupant tout l’îlot, comprenant une nouvelle église, une imprimerie, un hospice pour les évêques et de nouvelles chambres destinées aux élèves du collège. Après bien des discussions et modifications le projet fut décidé (1652), remodelant l’ensemble et aboutissant notamment à la démolition de l’église du Bernin.  L’église se trouvait, comme par hasard, juste en face de la maison de Borromini et ce n’est donc pas sans jubilation qu’il dut la faire démolir ! La nouvelle chapelle est symboliquement située au milieu de l’édifice, entre le collège et le siège de la congrégation. Après le décès de Borromini (1665) la construction fut poursuivie sur la partie Sud (côté Sant’Andrea delle Fratte) d’une manière plus conventionnelle.


[1] Président de Brosses. Lettres d’Italie. 1740. Un humour acide et irrespectueux bien français !

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades Place d'Espagne

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