Le Palais de Propaganda Fide - Le nouveau musée missionnaire - La chapelle des Rois mages

 

Rome Colonna Propaganda fide 3

En passant le porche du palais, nous pénétrons dans le territoire de l’Etat de la cité du Vatican, ce qui se manifeste dans l’habit du gardien qui présente, sur sa veste et sa casquette d’uniforme, un blason sur lequel est brodé le dessin des clefs de Saint-Pierre. Mais de clefs pour ouvrir la chapelle, il fut longtemps difficile d’en obtenir ! Le seul moment où l’on pouvait pénétrer dans le palais, notamment pour visiter la chapelle des Rois-Mages, c’était pour assister à la première messe, à 7h30 ! Autant dire que, malgré mon intérêt pour les œuvres borrominiennes, je n’avais jamais pu la visiter.

Désormais la visite est possible avec l’ouverture au public, en décembre 2010, du musée missionnaire. Exception faite de l’attrait de l’architecture intérieure du palais, la visite du musée est assez décevante. Compte-tenu de la riche histoire des missions évangéliques dans les différentes parties du globe, effectuées depuis un demi-millénaire, on pouvait s’attendre à toutes sortes de documents anciens, curieux ou révélateurs sur l’évolution de cette mission, ses objectifs, ses moyens, ses résultats, ses difficultés, ses échecs.

Rien de cela ! Le musée propose une vision traditionnelle et superficielle des actions d’évangélisation avec force photos des déplacements dans le monde des derniers souverains pontifes et quelques souvenirs de missions évangélisatrices aventureuses aux iles philippines ainsi que des tableaux ou des objets pour décrire la vie familiale et traditionnelle au Japon ! De réflexion sur « la mission évangélisatrice », que nenni, rien que de l’image d’Epinal ! La partie la moins inintéressante de la visite est celle de la magnifique bibliothèque Barberini, avec ses rayonnages monumentaux et ses alignements de livres anciens.

Rattrapez-vous de votre déception avec un coup d’œil sur la chapelle des Rois-Mages qu’il est possible d’admirer des fenêtres du premier étage. Elle présente notamment un plafond souligné de nervures croisées, en forte saillie, enrichissant d’une nouvelle manière le langage architectural interne des plafonds et dômes romains pourtant riches en inventions décoratives. C’est un espace rectangulaire adoucis par des angles concaves arrondis, surmonté d’un plafond bombé. Les pilastres colossaux qui rythment les murs de la chapelle se poursuivent au plafond en nervures obliques, entrecroisées. Le croisement des nervures donne à la chapelle une dynamique presque gothique… Ce que ne manquait pas de souligner Le Bernin qui prenait plaisir à traiter l’œuvre de Borromini de « gothique ». Autant dire, pour ces hommes issus et nourris des oeuvres de la Renaissance italienne : barbare ou arriéré. L’injure était d’autant plus malvaillante que « gothique » pouvait signifier aussi « allemand », donc luthérien, ce qui revenait quasiment à être traité d’hérétique au lendemain de la victoire de la Montagne Blanche (1610) !

Les grands hommes ont ainsi leurs petites faiblesses, et ces deux-là se sont empoisonnés réciproquement et régulièrement la vie, détruisant ou dénigrant leurs oeuvres réciproques. Borromini fit détruire la chapelle qui avait été construite par Bernini dans le palais quelques années plus tôt et il serait également largement responsable de la démolition d’un campanile ajouté à la façade de Saint-Pierre par le même Bernini suite à l’apparition de lézardes sur la basilique (et là, on ne peut pas lui donner tort tant ce campanile semble ridicule). A l’époque, la papauté gaspillait donc avec une aisance souveraine l’argent qu’elle récoltait auprès des peuples d’Europe en faisant détruire une église remarquable à peine trente ans après son érection.

Mais ce n’est malheureusement pas le dernier scandale qu’a connu le palais de Propaganda fide ! En 2005, le gouvernement Berlusconi a octroyé 2,5 millions d'euros pour restaurer le palais, lequel n’est pas situé sur son territoire mais sur celui du Saint-Siège, alors que le patrimoine immobilier de la Congrégation pour la Propagation de la Foi est estimé à neuf milliards d’euros ! A ce premier scandale vient s’en ajouter un second. Les 2,5 millions d'euros de financements publics ont disparu sans qu'aucun travaux n’aient été réalisés[1]. La justice italienne a fini par mettre en examen le cardinal Crescenzio Sepe, alors président de la Congrégation et depuis archevêque de Naples, pour corruption et trafic d'influences dans les marchés publics ! Cela fait tâche…

En longeant le palais, remarquez la boutique Lacoste… Elle est incluse dans le territoire pontifical et doit donc payer sa dîme au Vatican.


[1] Voir, entre autres, Capital. « Le Vatican, un paradis financier dans la tourmente ». 29/04/2011.

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades Place d'Espagne

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