L'Institut de Mérode - Francesco Saverio de Mérode - Les "zouaves" du pape

 

Rome zouaves pontificaux

La plus grande partie de la via Alibert est aujourd’hui occupée, à droite, par l’ensemble architectural de l’Institut de Mérode. Il s’agit d’un complexe d’enseignement géré par les frères des Ecoles Chrétiennes ou Lassaliens. Il accueille environ 850 élèves au sein d’une école élémentaire, d’un lycée scientifique et d’un lycée classique.

A l’origine, en 1850, les frères des Ecoles Chrétiennes souhaitaient ouvrir une école française à Rome pour les enfants des officiers français présents dans la cité, ce qui était une innovation en regard des activités des Lassaliens qui étaient plutôt dirigées vers des écoles primaires pour les classes populaires. Cet établissement s’installa près de la fontaine de Trévi et, avec l’appui du gouvernement français, développa ses activités en accueillant également des élèves romains. En 1858, elle comprenait 396 élèves, dont seulement 160 français. Mais, en 1870, avec le départ des troupes françaises et l’instauration du nouvel Etat, l’école disparut.

Il revient à Federico Francesco Saverio de Mérode (1820 / 1874), d'ancienne famille noble franco - belge, de laquelle serait également issue la beaucoup plus célèbre Cléo de Mérode (mais pour des raisons bien différentes), de fonder une modeste garderie d’enfants. A cette garderie s’ajoutera un collège et l’ensemble sera transféré dans de nouveaux bâtiments, inaugurés en 1903, Via d’Alibert.

Saverio de Mérode, chambellan du pape Pie IX et ancien soldat de la Légion étrangère française, était responsable des troupes pontificales depuis 1850. En 1860, face à la situation critique des Etats de l’Eglise, menacés par les Piémontais comme par les Garibaldiens, il avait lancé un large appel à l’enrôlement de volontaires internationaux pour la défense de la papauté, demandant au général La Moricière de réorganiser l’armée pontificale.

En 1861, les volontaires français et belges furent constitués en un bataillon de tirailleurs avec un uniforme inspiré de celui des zouaves, proposition acceptée par le pape lui-même : une courte veste à soutaches rouges au col dégagé, un grand pantalon bouffant retenu par une large ceinture rouge et un petit képi à visière carrée. Ce qui aurait fait dire à un cardinal : « C'est bien une idée de Français d'habiller en musulmans les soldats du pape ! ». Le bataillon de tirailleurs fut désormais connu sous le nom de « zouaves pontificaux ». Jusqu'en 1864, le bataillon des zouaves était une petite troupe de 300 à 600 hommes. Celle-ci a progressivement augmenté jusqu’à atteindre 3 200 homme à la chute des Etats pontificaux en 1870. Entre 1861 et 1870, elle vit passer 10 000 conscrits, issus de 25 nations différentes (Hollandais, Français et Belges, mais aussi Suisses, Allemands, Italiens, Canadiens, etc.). Plus d’un tiers des Français provenaient de Bretagne et de Vendée dont notamment des descendants des contre-révolutionnaires des guerres de Vendée, De Charrette et Cathelineau ! Si les recrues étaient d’origines nationales diverses, entre un de Mérode, un Lamoricière et les descendants des Chouans, il y avait une certaine concordance idéologique : papistes, légitimistes, antirépublicains et, pour tout dire, réactionnaires !

Les zouaves pontificaux se battirent essentiellement contre les troupes garibaldiennes dans la défense du confetti pontifical, le Latium, notamment le 3 novembre 1867 avec les troupes françaises, à Mentana, à vingt kilomètres au Nord-est de Rome. Le 20 septembre 1870 ils participent à la défense de Rome contre l’armée du Roi d’Italie mais, dès les premiers coups de canon des assaillants, le pape capitule et, le lendemain, le corps est dissous et les soldats rapatriés dans leurs pays d’origine.

Mais revenons à la via Alibert et la via Margutta, de petites rues tranquilles, sans trottoirs comme toutes les rues de l’ancienne Rome, mais où la circulation automobile est heureusement rare.

 « Et, un autre soir, il rentra heureux, en leur racontant qu’il venait enfin de s’expliquer le singulier effet que lui faisaient les rues de l’ancienne Rome, autour du Capitole et sur la rive gauche du Tibre, là où les masures se collaient aux flancs des grands palais princiers ; c’était qu’elles n’avaient pas de trottoirs et que les piétons marchaient au milieu, à l’aise, parmi les voitures, sans avoir jamais l’idée de filer aux deux bords contre les façades »[1].