La via Margutta - La rue des artistes, Orazio et Artemisa Gentilleschi, Antonio Canova, Federico Fellini et Giuletta Masima

 

Rome Campo Marzio Via Margutta

Au Moyen-âge, le site était occupé par des jardins et des vignes. Jusqu’au XVIe siècle, il n’y avait là qu’un simple sentier avec quelques maisons d’artisans, de maçons, de tailleurs de marbre, mais aussi des écuries, des hangars, des communs pour les palais voisins. L’urbanisation de la zone commence avec la création du « Tridente » qui transforme la place du Peuple en entrée spectaculaire dans Rome avec la réalisation de deux voies encadrant le Corso, la via Leonina (actuellement via di Ripetta), à droite, à la demande de Léon X Medicis en 1517, et la via Clementia (actuellement via del Babuino), à gauche, à la demande de Clément VII Médicis en 1525. Les terrains situés sous le Pincio prirent de la valeur et furent progressivement lotis, notamment par un coiffeur, Margut, qui finit par donner son nom à la rue.

A l'époque de Sixte V Peretti (1585 / 1590) toute la zone avait été dispensée des impôts et destinée à l’installation des nombreux artistes étrangers qui travaillaient à Rome. Aux XVIIe et XVIIIe siècle, la rue était habitée notamment par des Hollandais et des Flamands qui contribuèrent à diffuser dans toute l'Europe les beautés des sites romains avec des peintures de paysages. notamment ici et dans les rues avoisinantes. C'est notamment ici qu’a vécu Orazio Gentileschi, ami du Caravage. Sa fille, Artémisia (1593 / 1652), fut une femme peintre qui s'imposa dans le monde de l’art à une époque où celles-ci n’y étaient pas acceptées. Classée dans l’école des peintres « caravagesque », elle peignit notamment cet extraordinaire « Judith et Holopherne », plus criant encore de vérité et de cruauté que celui du Caravage. 

Antonio Canova (1757 / 1822), sculpteur néo classique, y installa un de ses ateliers, ainsi que le peintre palermitain, Renato Guttuso (1911 / 1987) dans les années 30 et 40. Cette activité artistique du quartier demeure, bien que moins créatrice et plus mercanti, avec les implantations d’antiquaires et de galeries d’art. Chaque année, fin avril, est organisée une exposition « Cento Pittori a via Margutta » (« Cent peintres à la rue Margutta ») qui est un rendez-vous pour les passionnées d'art, italiens et étrangers, transformant la via Margutta en galerie d'art en plein air.

Au n°60, le palais d’Alibert passa ensuite aux Torlonia qui y placèrent leur blason, avant d’être intégré au complexe de Mérode. La petite fontaine murale « delle Arti », à base triangulaire, date de 1927. Conçue par Pietro Lombardi à l’occasion d’un concours organisé par la commune de Rome, elle est composée de deux masques symbolisant la Comédie et la Tragédie, posés sur des trépieds de peintres et des établis de sculpteurs ; elle est couronnée par un pot de peinture remplie de pinceaux. L’eau de la fontaine est non seulement potable mais aussi recherchée si j’en crois cet employé du quartier qui est venu y boire avec son godet.

Au n°54, s’ouvre la grille du palais Patrizi et aux n°51-53 une entrée conduit à des ateliers d’artistes. C’est ici que furent tournées des séquences de « Vacances romaines » de William Wyler. Une jeune et jolie princesse (Audrey Hepburn), lassée du protocole draconien qu’elle doit respecter au cours d’une visite officielle en Italie, s’enfuit de l’ambassade pour se promener dans les rues de Rome. Elle y rencontre, évidemment, un jeune et beau journaliste américain (Gregory Peck) qui la recueille et l'emmène finir sa nuit chez lui, via Margutta… en tout bien tout honneur bien sûr (nous sommes en 1953) ! Le lendemain, après une journée de visite de la ville en Vespa, elle décide sagement de retourner à l’ambassade. Au n°90, la façade postérieure du palais Boncompagni Cerasi sur la façade de laquelle avait été apposée, en 1571, la fontaine du silène, dite « del Babuino », laquelle se déplaça ensuite à de nombreuses reprises, pour finir dans la rue voisine. Federico Fellini, et sa femme Giulietta Masima, ont habité au 110. Une plaque commémorative, avec une caricature des deux artistes du peintre Nino Za est apposée sur le mur de l’immeuble[1].

Le film « Via Margutta », traduit en français par « La rue des amours faciles », est une comédie de moeurs ayant pour décor cette rue. Réalisé par Mario Camerini, en 1959, c’est un portrait de quatre femmes : l'une veut rester une éternelle enfant ; l’autre, plus vieille, épouse un bellâtre bon à rien ; la troisième se sacrifie à un homme odieux ; une dernière tente de sauver son mari du suicide. Cette rue d’artistes est un prétexte à décrire des comportements plus marginaux (du moins à l’époque), ce que souligne d’ailleurs le titre français, plus « accrocheur ».


[1] Lire le très beau texte de Pietro Citati; "La pensée de midi".

Liste des promenades dans Rome et liste des promenades Place d'Espagne

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