Les grands couturiers de la via Condotti - L'appartement de Carlo Goldoni

 

Rome Campo Marzio Maison Goldoni

À l'époque romaine, cette voie permettait de se rendre des quais du Tibre à la colline du Pincio. Le nom de la rue est issu de la pose de conduites d’eau, au XVIe siècle par le pape Grégoire XIII, afin d’alimenter en eau le quartier du champ de Mars à partir de l’aqueduc de l’aqua Virgo qui avait été construit sous Agrippa en 19 av. J-C. L’aqueduc alimente d’ailleurs toujours les fontaines de La Barcacia (place d’Espagne), de Trevi ou des Quatre fleuves (piazza Navona)

La via Condotti est une des rues de Rome les plus fréquentées, où l’on a bien du mal à s’y déplacer malgré qu’elle soit piétonne. La cohue y est quasi permanente.

C’est que, tout au long de ses façades, s’égrènent les grands noms de la mode italienne et internationale : Dior au n°5, Yves Saint Laurent en face, Gucci au 8 et Prada en face au 92, Bulgari au 9 et Cartier en face au 81, Vuiton au 15 et La Perla en face au 78, Max Mara au 16 et Hermès en face au 67, Ferragamo au 71 pour la femme et au 64 pour l'homme, encore Gucci au 68, puis Fendi dans le palazzo Boncompagni, Burberry's...

Derrière ces illustrissimes enseignes appréciées du public, il en existe d’autres, connues d’un cénacle restreint de grands bourgeois, de dignitaires et de stars : Battistoni au 61, très classique, le chic italien par excellence, et les soeurs Fontana qui ont habillé Jackie Kennedy, Liz Taylor et Ava Gardner… mais les références commencent à dater ! Ne cherchez pas Gasttinoni, le créateur, entre autres, de la robe d’Anita Ekberg dans la Dolce Vita, il n’est pas installé Via dei Condotti mais pas très loin Via Sistina.

La Via Condotti se termine quand elle croise le Corso. Dans l’immeuble au coin des deux rues, vous remarquerez un petit balcon qui fait angle, au premier étage. C’est l’appartement où logea Carlo Goldoni en 1759.

« … il m’avait loué un appartement de quatre pièces, avec huit croisées de front sur la plus belle rue de Rome, appelé Le Cours, où tout le monde se rassemblait pour les courses de chevaux barbes, et pour jouir des masques dans les jours gras »[1].

Il fit représenter deux de ses pièces à Rome, au théâtre Tor di Nona, « Dona Placida » et « Dona Luiggia », dont les rôles titres respectifs étaient joués, comme l’imposait alors la papauté, par de jeunes garçons. C’étaient respectivement un garçon perruquier et un apprenti menuisier ! L'interdiction faite aux cantatrices, aux danseuses et aux actrices de paraître au théâtre ne fut levée qu’en 1798.

« O ciel ! Quelle déclamation chargée ! Quelle gaucherie dans les mouvements ! Points de vérité, points d’intelligence ; je parle en général sur le mauvais goût de leurs déclamations »[2].

Bref, ce fut un bide ! Non pas seulement à cause de la déclamation des acteurs qui était celle qui était alors de mise à Rome, mais parce que la pièce ne comportait pas de rôle de polichinelle, ni de farces, ce qu’exigeait alors le public de Tor di Nona. Pour finir le cycle des représentations prévues, Goldoni dut se résoudre à laisser les acteurs jouer à leur manière et à introduire des airs de musique parodiés ! Pourtant, à son origine, en 1667, le théâtre Tor di Nona avait une excellente réputation et il était fréquenté par la meilleure société romaine dont la reine Christine de Suède

Goldoni eut toutefois beaucoup plus de succès au théâtre Capranica avec sa pièce « Pamela ».


[1] Carlo Goldoni. « Mémoires de Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre ». 1787.