Le café Greco - Un café "monument national" - L'art du café

 

Rome Campo Marzio cafe Greco

Au 86 de la via Condotti est situé le plus vieux café de Rome, le Café Greco, qui aurait été ouvert en 1760 par le Grec Nicola della Maddalena. Mais, en réalité, le Café Greco existait certainement depuis quelques années car Casanova en parle dans ses mémoires, il y serait entré pour la première fois en 1742.

Ne restez surtout pas sur une impression négative après la lecture de la description qu’en fait Hector Berlioz un siècle plus tard…

« (…) je suivis mes camarades au lieu habituel de leurs réunions, le fameux café Greco. C’est bien la plus détestable taverne qu’on puisse trouver : sale, obscure et humide, rien ne peut justifier la préférence que lui accordent les artistes de toutes les nations fixés à Rome. (…) On y tue le temps à fumer d’exécrables cigares, en buvant du café qui n’est guère meilleur, qu’on vous sert, non point sur des tables de marbre comme partout ailleurs, mais sur de petits guéridons de bois, larges comme la calotte d’un chapeau, et noirs et gluants comme les murs de cet aimable lieu »[1].

Le Café Greco est aujourd’hui une bonbonnière pour touristes « seniors » et très vieilles dames, avec guéridons directoire, fresques et tableaux de ruines antiques ou de paysages champêtres. Vous aurez tout loisir, outre de profiter d’un bon café, de penser à tous ceux qui sont passés là avant vous, et ils sont nombreux… Casanova et Berlioz donc, mais aussi Goldoni, Goethe, Louis II de Bavière, Wagner, Liszt, Schopenhauer, Chateaubriand, Stendhal, Baudelaire, Byron, Shelley, D'Annunzio, Corot, Ingres, De Chirico, Renato Guttuso… C’est aussi ici que se réunissaient les fondateurs de l’école romaine de photographie dans les années 1840. Mais il ne fut pas toujours ce lieu tranquille, pendant l’occupation française de 1849, le café Greco était considéré comme un endroit « patriotique et républicain », refuge des mauvais penseurs anti-français et des menées anti-Oudinot, plutôt révolutionnaire donc.

Ses toilettes sont redoutables… Non pas qu’elles soient particulièrement incommodes ou mal entretenues, bien au contraire ! Compte-tenu de sa clientèle de touristes sexagénaires et plus, de vieilles dames de la bonne société, les impétrants sont nombreux à souhaiter les utiliser. En outre, une jeune femme est chargée de nettoyer et désinfecter les lieux après chaque utilisation par un client. Les deux phénomènes induisent des files d’attentes dantesques.

En 1953 le ministère de l’Instruction publique a déclaré le Café Greco « monument d’intérêt historique et national ». Il est aujourd’hui la propriété des héritiers de la famille Gubinelli Grimaldi qui le gèrent depuis 1873. Pendant le blocus continental, en 1806, tandis que les autres cafés offraient des succédanés (on n’utilisait pas encore le terme d’ersatz) le café Greco devint encore plus célèbre en continuant à servir un excellent café… mais dans des tasses aux dimensions réduites ! La solution a fait école puisque, aujourd’hui, non seulement les tasses à café sont de plus en plus petites, mais le niveau du précieux liquide est de plus en plus bas. Qu’en déduire ? Qu’il y a pénurie de café en grain en Italie ? Que la crise économique est si grave que les Italiens n’ont plus les moyens de se payer une tasse entière de café ? Mais tout bien réfléchi, ce n’est pas la dose de café qui diminue, mais celle de l’eau sur la base 35gr d’eau pour 10 à 12 g de café. C’est donc l’eau qui serait rare et chère ?

Il existe une multitude de types d’expressos : le ristreto (encore plus serré !) permet à la cuillère de tenir debout toute seule, le lungo (ou expresso allongé) correspondra au goût des français, le machiatto (ou tacheté) comprend un doigt de lait moussé avec lequel certains cafés composent des formes, de cœur notamment, le coretti qui est additionné d’une goutte de grappa, le cappuccino (1/3 d'expresso, 1/3 de lait chaud et 1/3 de crème de lait) saupoudré avec un peu de poudre de cacao).  L’expresso Italien est plus serré mais aussi plus amer en Italie car il est davantage torréfié. Si le Français demandera plutôt un « Lungo », l’Allemand préférera certainement un Cappuccino… Quant à l’Américain, il lui faudra demander un lungo dans une tasse à thé avec un pot d’eau chaude en complément. Au prix de l’eau, ce sera certainement un café coûteux, mais un « Américain » doit en avoir les moyens.

 

Rome, Montpellier, décembre 2008 / avril 2017