Ganesha, un dieu à tête d'éléphant - Une naissance étrange

 

Inde du Sud Kanchipuram Ekambareswara 2

« Et au fond de chacun des petits sanctuaires jamais fermés, apparaît l’idole horrible ; presque toujours c’est Ganesa à tête d’éléphant, avec des colliers de fraîches fleurs jaunes qui retombent sur ses bras multiples et cachent sa trompe pendante »[1].

Pierre Loti était horrifié par Ganesha, le dieu à tête d’éléphant, et pourtant je le trouve plutôt sympathique ce dieu, avec son petit ventre dodu et son air bonasse.

Mais qui est-il et d’où vient-il ?

Ganesha est donc représenté comme un homme à tête d’éléphant. Il possède quatre bras, dont l’un tient un lacet pour attraper l’erreur, l’autre un crochet de cornac pour conduire le monde, les deux dernières mains faisant le signe d’accorder les dons et d’éloigner la crainte. Sa trompe est tordue parce que le divin ne peut être directement approché, mais aussi parce qu’il convient de contourner les obstacles.

Il ne possède qu’une défense entière, l’autre étant cassée ou coupée. Ceci parce que le nombre 1 est le symbole de l’illusion de laquelle tout est issu. On raconte aussi, qu’une nuit, Ganesha tomba de sa monture, un rat, et se cassa une défense (il ne devait pourtant pas tomber de bien haut !). En voyant cela la lune éclata de rire et il y avait de quoi. Vexé, Ganesha lui lança alors la défense brisée.

Il est généralement vêtu de rouge, couvert de pâte de santal. Sa monture est une souris, car celle-ci a pour domaine l’intérieur des choses. Le Soi, l’intérieur de l’être, est un voleur car, comme la souris, il s’approprie tout ce que possèdent les êtres. Ganesha est le plus souvent assis, sur un trône de lotus, la jambe gauche repliée, la jambe droite pendante, dans une posture décontractée.

C’est un demi-dieu bienfaisant. Ganesha est le destructeur des obstacles, seigneur des catégories car tout ce que notre esprit peut saisir peut-être classé en catégories et cette classification permet d’établir le rapport entre les choses. Ganesha est donc aussi le patron des lettres et des écoles. C’est pour cela qu’il est obèse, car le savoir est en lui.

La naissance de Ganesha est miraculeuse. L’épouse de Shiva, Pârvati, fut un jour dérangée dans son bain par Shiva lui-même. Agacée de n’avoir pas de serviteur pour garder sa porte, elle se frotta le corps et, avec un peu de crasse, elle façonna un être beau comme le jour qu’elle appela Ganesha, son fils, et qu’elle utilisa comme gardien. L’enfant prétendant empêcher Shiva d’entrer dans la maison, celui-ci lui envoya ses soldats et, dans la lutte, la tête de Ganesha fut tranchée. Voyant le chagrin de son épouse, Shiva s’engagea à couper la tête du premier être vivant qu’il rencontrerait pour la mettre sur le corps de l’enfant… Il se trouve que ce fut un éléphant !

Dans une autre version de la naissance de Ganesha, c’est Pârvati qui est responsable de sa nouvelle tête d’éléphant ! A la demande des dieux, qui souhaitaient pouvoir distinguer le bien du mal, Shiva créa Ganesha, à son image, très beau et très intelligent. Mais il était si beau qu’il séduisit toutes les femmes et qu’il en oublia de jouer son rôle. Pour le remettre dans le droit-chemin et lui éviter de faire les Don Juan, Parvati lui attribua une tête d'éléphant et un gros ventre. La tête d’éléphant et le gros ventre ne l’empêchèrent pas, semble-t-il, de séduire et d’épouser deux des filles de Brahma : Siddhi (« la Réalisation »), Buddhi (« l'Intelligence »). Filles qui étaient aussi les petites-filles de Brahma puisque celui-ci avait pris sa fille pour épouse !

Ces dieux-là ont des comportements bien étranges et tout à fait répréhensibles au regard de la morale. Comme les dieux des Grecs anciens avaient des mœurs tout aussi dissolues, faut-il en conclure que la conduite des dieux est au-delà de nos petits jugements humains ? Ou que c’est le monothéisme qui introduira un peu de rigueur et de morale dans ces histoires religieuses ?


[1] Pierre Loti. « L’Inde (sans les Anglais) ». 1903.