Une histoire architecturale mouvementée - Une histoire récente qui ne l'est pas moins - Le "Nabucco" de Riccardo Muti

 

Rome Monti Opéra

De la piazza del Cinquecento, par la via Viminale, on accède à l’opéra de Rome (quartier de Monti).

A première vue, on est assez déçu d’apprendre que cette salle de spectacle sans grand caractère est l’opéra de Rome. On s’attendait plutôt à une superbe architecture du XVIIIe, colorée et baroquisante, ou à défaut du XIXe, massive, pompeuse et chargée. Rien de tel, c’est plutôt le genre de l’architecture fasciste des années 30 : une grande façade plate de travertin et de briques, percée de neuf très hautes et étroites fenêtres, et précédée, au rez-de-chaussée, d’une colonnade de sept arcades droites surmontée d’un balcon.

C’est que la malheureuse salle d’opéra a connu une existence mouvementée. Peut-être d’un point de vue artistique mais surtout d’un point de vue architectural !

Construit en 1879, l’opéra porte à l’origine le nom de l’entrepreneur qui le construisit, Domenico Costanzi. Celui-ci en confia l’exécution à l'architecte milanais de salles de spectacle, Achille Sfondrini. Privilégiant l’acoustique, il conçut une salle en forme de fer à cheval, avec trois ordres de loges, un amphithéâtre et une galerie, accueillant au total 2 212 spectateurs. Terminé en dix-huit mois, le Théâtre Costanzi est inauguré le 27 novembre 1880 avec la représentation de « Sémiramis » de Rossini (créé en 1823), en présence du roi Umberto et de la reine Margherita.

En 1926 la Commune de Rome décide finalement d'acquérir la salle, qui s’appelle désormais « Théâtre de l'œuvre », et de restructurer l'édifice. L’entrée est déplacée sur le côté diamétralement opposé, en créant une petite place qui accueille encore aujourd'hui les spectateurs. À l'intérieur, l'amphithéâtre est démoli avec la création d’une quatrième rangée de loges. La seconde inauguration aura lieu le 27 février 1928, avec la représentation de « Néron » d'Arrigo Boito, plus célèbre par ses livrets d'Othello (1887) et de Falstaff (1893). Trente ans plus tard, rebelote, l’édifice est une nouvelle fois réaménagé, notamment sa façade, l’entrée et le foyer.

Jusqu’à présent l’opéra de Rome était plutôt dans l’ombre des autres opéras de la péninsule, Milan et Venise bien sûr, mais aussi Florence ou Naples. Francesco Ernani, surintendant de l’Opéra, affichait une saison 2008 / 2009 originale avec notamment un « Othello » mis en scène par Riccardo Muti, présenté à Salzbourg. En janvier, c’était « Aïda » mis en scène par Bob Wilson, en mars, une « Iphigénie en Aulide » du même Riccardo Muti. Puis étaient représentés des ouvrages modernes ou contemporains comme « Jacob Lenz » de Rihm, « Le grand Macabre » de Ligeti, une première européenne pour « For you » de Berkeley et enfin une création mondiale « Il re nudo » de Lombardi ! Manifestement, l’opéra de Rome innovait et prenait des risques. Cela n’a pas duré ! En 2009, Francesco Ernani est poussé à la démission par le nouveau maire de la ville, Gianni Alemanno !

En 2011 / 2012, la programmation apparait beaucoup plus traditionnelle et sans risques avec une « Elektra » (bien que le chef, Fabio Luisi ait tout laissé en plan pour aller au Met à New York), un « Macbeth », une « Traviata », une « Mme Butterfly », une « Flûte enchantée », une « Cavaleria rusticana », un « Candide » de Bernstein et un « Attila » de Verdi. La présence de Riccardo Muti au pupitre assure la qualité des représentations… Et même la défense de la culture en Italie ! Le 12 mars 2011, à l’occasion des 150 ans de la création de la République d’Italie, était représenté à l’opéra le « Nabucco » (1842) de Verdi, dirigé par Riccardo Muti. Cet opéra joue un rôle particulier en Italie car il a accompagné la création de l’Etat italien contre l’Autriche, la papauté… et même la Fance ! Un chœur y est particulièrement important, le chœur des esclaves juifs à Babylone « Va, pensiero » que tous les Italiens connaissent et chantent.

« … si je réponds à votre demande de bisser le ‘Va, pensiero’, je ne le fais pas tant ou uniquement pour des raisons patriotiques mais parce que ce soir, pendant que le chœur chantait ‘o mia patria si bella e perduta’, j'ai pensé que si nous tuons nous-mêmes la culture sur laquelle est fondée l'histoire de l'Italie, vraiment, notre patrie sera ‘bella e perduta’ ! ».

Riccardo Muti, qui n’était jamais intervenu dans le débat politique, prenait ainsi position, contre les coupes sombres dans le budget de la culture faites par le gouvernement Berlusconi, participant ainsi symboliquement mais efficacement à sa chute.

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade Castro Pretorio / Piazza de la Repubblica

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