L'Aula Ottogona - Santa Maria de la Vittoria - La Transverbération de Sainte-Thérèse par Le Bernin

 

Rome Sallustiano Santa Maria della Vittoria 4

Nous découvrons tout d’abord une des tours d’enceinte des thermes de Dioclétien, via Nazionale, transformée aujourd’hui pour partie en restaurant et pour l’autre en porte de parking !

Mais toujours pas d’Aula Ottagona…

Profitons-en pour revoir la Transverbération de Sainte-Thérèse-d’Avila à l’église Santa Maria de la Vittoria, à quelques pas au-dessus de la Place de la République, via XX Settembre (quartier de Sallustiano). Après tout, un des personnages du roman de Zola « Rome » s’y rendait très régulièrement pour des extases artistiques… Pourquoi pas nous ?

 « Ah !mon ami, déclara-t-il de son air las, les yeux noyés de mauve, ah ! Mon ami, vous n’avez pas idée de son troublant et délicieux réveil, ce matin… Une vierge ignorante et pure, et qui, brisée de volupté, ouvre languissamment les yeux, encore pâmée d’avoir été possédée par Jésus… Ah ! c’est à mourir ! »[1]

Cette sculpture fut l’objet, est d’ailleurs toujours l’objet, d’une vive polémique même si tous s’accordent à reconnaître la dextérité du maître dans l’exécution de l’œuvre. La scène représente le moment suprême de l’extase divine telle que l’a décrit sainte-Thérèse-d’Avila.

« Un jour, un ange d’une beauté incommensurable m’apparut. Je vis dans sa main une longue lance dont l’extrémité paraissait une pointe de feu. Celle-ci, me sembla-t-il, me frappa plusieurs fois au cœur, faisant pénétrer ce feu à l’intérieur de moi. La douleur était si réelle que je criais plusieurs fois. Et pourtant, cela était si doux que je ne voulais point m’en libérer. Aucune joie terrestre ne peut donner une telle satisfaction. Quand l’ange retira sa lance, je restai là, avec un immense amour de Dieu ».

La sculpture, toute du marbre le plus blanc et le plus fin, est placée dans une niche elliptique, encadrée de doubles colonnes, située en hauteur derrière l’autel de la chapelle latérale gauche. Une source de lumière naturelle est dissimulée derrière le fronton brisé de la niche et, accompagnée par de fins rayons dorés qui descendent en s’évasant, elle vient baigner la sculpture d’une lumière claire et tamisée. Les visages sont exquis, les drapés de la robe de la Sainte admirables, et le dynamisme des gestes et des attitudes rend l’ensemble vivant.

Mais une fois l’admiration pour la prouesse artistique passée, on se rend compte que l’on n’est pas seul à admirer la scène. Je ne parle pas des quelques touristes plus ou moins égarés ici ou des admirateurs du Bernin faisant le tour de ses œuvres romaines, ils sont rares, mais bien des membres de la famille Cornaro, représentés en marbre, dans des loges de théâtre, sur les murs latéraux de la chapelle. Ces gens là regardent, discutent, apprécient le spectacle depuis quatre cent ans, comme s’ils assistaient à la représentation d’un nouvel opéra, savourant la voix de la cantatrice ou estimant l’imagination du metteur en scène ! On est à la fois frustré de constater de n’être pas seul à admirer l’œuvre, et en même temps l’on est scandalisé que ces gens puissent se comporter avec tant de légèreté et de désinvolture face à une situation qui devrait les conduire plutôt au recueillement et la dévotion. Ils parlent entre, s’apostrophent et jugent manifestement de la qualité du spectacle !

Du coup, cette représentation, cette mise en scène, porte en elle la critique de l’œuvre. Ce que ces gens là regardent avec aussi peu de sérieux, ne peut-être une scène divine et mystérieuse, mais bien une action plus triviale, celle de la jouissance érotique d’une femme. On ne peut pourtant pas suspecter Le Bernin d’irrespect envers la religion ! C’est donc que l’art de la représentation était considéré comme la vie même.

Aïe, en plus ce matin, la lumière naturelle ne pénètre pas bien par l’oculus et c’est un petit jour triste qui baigne la Sainte de sa lumière et la fait paraître un peu poussiéreuse. Pas d’extase donc, ni sacrée, ni triviale. Mais quand même, quel remarquable toupet de la part du Bernin que d’avoir fait de cette œuvre le centre d’une scène de théâtre !

Cela vaut le coup d’y venir et d’y revenir régulièrement. Je n’y manque jamais à chacun de mes voyages à Rome.


[1] Emile Zola. « Rome ». 1896.