·        San Bernardo - Santa Susanna – La fontaine de l’acqua Felice

 

Rome Trevi Santa Susanna

La piazza San Bernardo est une espèce de diverticule de la via XX Settembre, cernée par une circulation dense et utilisée surtout pour le stationnement des motos, scooters et voitures.

Au Sud-ouest, l’église San Bernardo a été installée depuis 1598, à la demande de Catherine Sforza, comme un coucou dans une des tours de l’enceinte des thermes de Dioclétien, via Torino. La forme ronde de la tour a été conservée ; elle a été joliment rehaussée selon une structure décagonale à pans convexes décorés de médaillons ovales. La porte a également été ornée et baroquisée : elle est encadrée de doubles pilastres, sur deux niveaux, encadrant des niches et des médaillons. A l’intérieur, plus sobre voire tristounet, la lumière pénètre par une ouverture zénithale dans le dôme à caissons octogonaux, de taille décroissante, à la façon du Panthéon. D’abord servie par la confrérie française des Feuillants, cette église le fut ensuite par les Cisterciens.

En face de San Bernardo, l’église Santa Susanna alle Terme di Diocleziano située dans le rione voisin de Trevi. Construite (1597 / 1603) à la demande de Clément VIII Aldobrandini (1592 / 1605), sur des dessins de Carlo Maderno, Santa Susanna marque une rupture nette avec les façades antérieures des églises et peut même être considérée comme une des premières manifestations du baroque. Il suffit de faire la comparaison de sa façade avec celle du Gesù de Giacomo de la Porta (1568 / 1584), antérieure seulement d’une trentaine d’année, pour constater l’ampleur du bouleversement qu’elle induit en architecture. A Santa Susanna, Maderno concentre au milieu de la façade le décor de colonnes, de pilastres et de frontons. Tous ces éléments sont traités en forte saillie, donnant à la façade de la profondeur et du rythme. Les trois compartiments de la façade sont soulignés de colonnes et de pilastres qui contrastent avec la délicatesse des niches. Le fronton est rehaussé d’une colonnade qui amortit la rigueur des lignes géométriques. Les corniches et entablements sont également saillants et, par le jeu des ombres, donnent de la profondeur aux deux niveaux de la façade. 

« Si cette façade, élevée sur les dessins de Charles Maderne, se trouvait à Orléans ou à Dunkerque, elle semblerait tout à fait monumentale » [1].

A contrario, au Gesù, les pilastres répartis symétriquement sur la façade sont en faible saillie, donnant certes un rythme, mais peu prononcé, avec peu d’effets de profondeur. C’est qu’au Gesù on est encore dans un style de transition qui ose des nouveautés avec retenue : pilastres superposés, volutes reliant harmonieusement les deux niveaux, alliance des formes droites (pilastres, entablement, frontons droits) et courbes (volutes, colonnes, niches, frontons curvilignes).

Sur la piazza San Bernardo, la fontaine de Moïse (Fontana dell'Acqua Felice) [2], a longtemps été cachée par des échafaudages. Sixte V Peretti (1585 / 1589) s’étint fait construire une magnifique villa dans le quartier quand il était cardinal, la Villa Montalto. Il dépensa trois cent mille écus pour rénover un aqueduc afin d’alimenter en eau le quartier du Quirinal... et sa propriété ! Le fronton de la fontaine proclame de manière bien visible : « Le Pape Sixte V Piceno, du champ Colonna à gauche de la Via Prenestina, a collecté de l'eau de nombreuses sources du vingtième au vingt et unième mille, par un conduit sinueux et l'a appelé Felice du nom qu'il avait avant de devenir pontife ». Comme quoi les publicités envahissantes d’autopromotion ne datent pas d’aujourd’hui ! Œuvre de Fontana (1543 / 1607), la fontaine est formée de trois niches. Dans celle du milieu, Moïse fait jaillir l'eau du rocher. A droite et à gauche sont représentés Aaron conduisant les Hébreux à la source miraculeusement jaillie, et Gédéon faisant traverser un fleuve par ses soldats. La coutume semble établie de se moquer de la statue de Moïse de Prospero Antichi, celui-ci aurait sculpté la statue dans un bloc de marbre couché sur le sol ce qui expliquerait que la statue ait l’air trapue et penchée. Mais tout le monde n’est pas Michel-Ange, lequel n’était pas non plus toujours au mieux de sa forme (cf. le Christ rédempteur à Santa Maria Sopra Minerva !).


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829. Le jugement est lapidaire… mais pas faux. La preuve ? Vous n’aviez certainement pas remarqué l’intérêt de cette façade en passant devant tant son architecture peut sembler « commune » aujourd’hui !

[2] Sovrintendenza capitolina ai Beni Culturali. « Fontana del Mosè, mostra dell'Acquedotto Felice ».