Le portail – Les aménagements de Vanvitelli - La Méridienne

 

Rome Castro Pretorio Santa Maria degli Angeli

L’entrée de Sainte-Marie-des-Anges est curieusement pratiquée dans un mur des thermes de Dioclétien après le démontage, en 1911, de la façade réalisée par l’architecte napolitain Luigi Vanvitelli. En 2006 ont été installées, à la place des portes en bois, deux remarquables portes en bronze exécutées par le sculpteur polonais Igor Mitoraj.

Sur la porte de droite est représentée un ange (battant de gauche, en haut) et la Vierge Marie à l'écoute (battant de droite, en bas). Dans l’aile de l’archange, une découpe carrée permet d’apercevoir la face de Dieu, regardant la scène. La surface de la porte est tantôt lisse, tantôt ridée, symbolisant la transformation du temps chronologique en temps de grâce. La porte de gauche représente la Résurrection : le Christ Ressuscité est représenté par une figure qui porte une Croix incisée dans le corps.

Quand Des Brosses visite Santa Maria degli Angeli, alors dénommée « Les Chartreux », en 1739 ou 1740, les murailles sont nues et les voûtes de brique. Ce sont encore les ruines des thermes de Dioclétien à l’intérieur desquelles Michel-Ange a réalisé une église.

« On ne peut rien imaginer de plus auguste que ce vaste édifice si simple. On parle de l’orner et on le gâtera »[1].

Ils l’ont fait ! Ils l’ont orné et ils l’ont gâté. L’architecte Luigi Vanvitelli a notamment inversé la disposition et les transepts se trouvent aujourd’hui curieusement plus vastes que la nef et le chœur !

« Un Vanvitelle bouleversa tout en 1740 ; il ferma la porte ouverte par Michel-Ange ; on n'entre maintenant dans cette église par une sorte de fourneau ou chauffoir des anciens bains (…). Le contraste de ce chauffoir et des colonnes antiques est pitoyable »[2].

Le vestibule de l’église est situé dans l’ancien tepidarium (la salle à température modérée) et le transept est installé dans la grande salle des thermes. Huit colonnes originales, de formidables monolithes de 15 mètres de haut et de 5 mètres de circonférence, en granit rose, furent conservées ainsi que le plafond voûté, mais le sol fut rehaussé de 2 mètres pour éviter l’humidité. Les murs furent recouverts de marbres colorés à profusion sous forme de pilastres, de médaillons, de guirlandes, d’entablements, sans compter des tableaux et sculptures. Malgré tout, l’ensemble de ces surcharges n’arrive pas à masquer la formidable puissance et la grandeur des salles des thermes.

Le sol de la basilique est traversé, en diagonal, par une longue ligne de bronze (45 mètres), sertie dans du marbre jaune et blanc. C’est la méridienne, en fait un cadran solaire. Le Pape Clément XI Rospigliosi (1667 / 1669) demanda à Francesco Bianchini, astronome, mathématicien, archéologue, historien et philosophe, de vérifier l’exactitude de la réforme grégorienne du calendrier afin de prévoir exactement la date de Pâques. Sainte-Marie-des-Anges fut choisie pour y placer la méridienne parce que la hauteur des murs autorisait de tracer une ligne très longue permettant de mesurer avec précision l’avance du soleil sur toute l’année. Par ailleurs, compte-tenu de leur ancienneté, les murs avaient cessé de s’enfoncer dans le sol assurant ainsi que les instruments d’observation ne bougeraient pas. Enfin, placé dans les anciens thermes de Dioclétien, la méridienne représentait la victoire symbolique du calendrier chrétien sur le calendrier païen. Au midi solaire, vers 13h15 (14h15 en été), la lumière du soleil traverse un petit trou dans le mur pour atteindre la ligne de bronze. Au solstice d’été, le soleil est au zénith et ses rayons frappent la ligne méridienne au plus près du mur, et inversement au solstice d’hiver. Plus la ligne méridienne est longue, plus l’observateur peut calculer avec précision le temps écoulé au cours d’une année.

Bianchini a ajouté une méridienne boréale en faisant percer un trou dans le plafond pour noter le mouvement de l’étoile polaire. La méridienne boréale, située à l’extrémité Sud de la méridienne solaire, est tournée vers le Nord et composée d’ellipses correspondant aux différentes courses de l’étoile polaire dans le ciel. Le rayon de l'étoile polaire frappe alors le cadran boréal au sol en passant par le trou d'une croix située près de la fenêtre de la voûte.


[1] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829. (En réalité, la modification d’axe a été opérée en 1749).

Liste des promenades dans Rome et liste de la promenade Castro Pretorio / Piazza de la Repubblica

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