Les rues Leonina et Madonna dei Monti - Santi Sergio e Bacco - Santa Madonna dei Monti

 

Rome Monti Suburra Santi Sergio e Bacco 2

Les rues Leonina et Madonna dei Monti sont de petites rues étroites, le long desquelles se succèdent des maisons médiévales, des habitations du XVIIe siècle et des palais du XVIIIe. C’est un quartier populaire de petites gens et de cadres moyens, à la fois en plein cœur de Rome, à deux pas du forum, et un peu en dehors de la circulation et l’agitation de la grande ville. C’était, dans les années 1870, un quartier d’artisans, de petite industrie mécanique et de typographie. Le soir, cela devient désormais un quartier « branché », les Romains viennent y boire un verre de vin ou y manger.

A votre droite, par la via dei Serpenti, vous gagnez une de ces jolies places dont Rome a le secret. D’un dessin irrégulier, elle accueille une fontaine élégante, dessinée par Giacomo della Porta. Au centre d’un bassin octogonal, s’élève une colonnette supportant deux vasques superposées. Les marches qui entourent le bassin servent tout à la fois de terrain de jeu pour les enfants du quartier, et de siège de repos pour les rares touristes curieux qui s’aventurent par ici. La placette vous propose aussi un café avec d’élégantes tables et chaises, en terrasse ou en intérieur, ce qui est plus rare à Rome. C’est le coin idéal pour s’arrêter un moment, regarder vivre le quartier, prendre un café « ristretto », lire son journal, discuter avec des amis. Manifestement, le café est connu pour permettre ces différentes activités et il possède ainsi son lot d’habitués qui viennent discuter avec les serveurs ou la patronne.

Sur un des côtés de la place s’élève une curieuse façade d’église. Elle est étroite et toute en hauteur avec trois niveaux percés successivement d’une porte surmontée d’un fronton triangulaire, d’une fenêtre en arc cintré, puis d’une baie serlienne[1]. C’est l’église de Santi Sergio e Bacco ou de la Madonna del Pascolo. Construite au XVe siècle, elle a été profondément remaniée sous Urbain VIII Barberini (1623 / 1644). Serge et Bacchus étaient deux soldats de la Légion sur la frontière de l'Est, secrètement chrétiens. Ayant refusé d’accompagner un fonctionnaire romain dans un temple païen avec ses gardes du corps pour y adorer les dieux romains, ils furent arrêtés et promenés en ville, habillés en femmes. Bacchus fit l'objet d'une sanglante flagellation dont il mourut. Quand à Serge il fut forcé de marcher avec des clous dans les pieds avant d’être décapité. Ces deux saints sont particulièrement vénérés dans le rite byzantin à laquelle appartient cette église catholique ukrainienne.

En retournant sur nos pas, par la via Madonna dei Monti, on passe devant l’église du même nom, construite après que plusieurs miracles se produisirent à cet endroit. Sur le mur extérieur de la nef, une « madonnelle », un petit tabernacle abritant le dessin d’une madone, en rappelle l’évènement. Un jour d’avril 1579, des travailleurs en train de démolir le mur d’une grange entendirent une voix les suppliant de ne pas blesser l'enfant. Etonnés, ils enlevèrent les briques à la main et découvrirent une fresque représentant la Vierge et l'Enfant. La nouvelle s’étant répondue à travers la ville, attira un grand nombre de personnes, dont une femme aveugle nommée Anastasia. Placée face à la sainte image, elle recouvrit la vue. La répétition de miracles en ce lieu convainquit le Pape Grégoire XIII (1572 / 1585) d’y construire une église... après que les habitants du quartier se soient vivement opposé à son transfert ailleurs en 1580. La fresque miraculeuse, de style plutôt byzantin, est aujourd’hui exposée sur le maître autel. Conçue aussi par Giacomo della Porta en 1580, l'église montre une harmonieuse façade en travertin, à deux niveaux, avec des pilastres aux chapiteaux corinthiens et des niches selon une construction à l’image de l’église du Gesù. Une belle coupole octogonale, reposant sur un haut tambour lui-même octogonal, couvre la croisée.

Une année, au Cameroun, j’ai failli assister à la naissance d’un « miracle » : une image de la Vierge apparut sur un tronc d’arbre dans la région de M’balmayo, au sud de Yaoundé. Pendant deux semaines la population s'y précipita pour constater le miracle et prier devant l’apparition, piétinant le champ du paysan propriétaire de l’arbre. De colère, celui-ci scia son arbre et l’image sacrée apparut pour ce qu’elle était, une tâche aux formes vagues. Ce paysan aurait attendu quelques jours de plus, nul doute que des aveugles auraient retrouvé la vue et que des paralytiques se seraient mis à marcher. Certes il aurait irrémédiablement perdu sa récolte, mais il pouvait installer une buvette, puis un commerce de bondieuseries, et aurait certainement gagné beaucoup plus d’argent.


[1] Groupement de trois baies dont la baie centrale est couverte d'un arc en plein cintre, les deux baies latérales sont couvertes d'un linteau.

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur Monti / Suburra

Télécharger le document intégral.