Mur du temple de Mars-Vengeur - Palais del Grillo - Le marquis du Grillon - Cicéron et le meurtre de Sextus Roscius

 

Rome Monti Suburra 3

La via Madonna dei Monti descend vers le forum d’Auguste que l’on longe à main gauche par la via Tor de Conti qui se poursuit avec la saluta del Grillo. Le côté gauche de la rue est occupé par une puissante muraille de pierres qui, à l’origine, faisait 33 mètres de haut, le plus haut mur romain de la ville. Entrecoupé de deux lits de travertins, il est composé de très grosses pierres, reliées par des joints de chêne et non par un ciment. L’objectif de cette construction massive était de protéger le Temple de Mars-Vengeur des risques d’incendie du turbulent et dense quartier de la Suburra.

« Oh ! Vous frapperez vos poitrines, vous vous roulerez dans la poussière et vous déchirerez vos manteaux ! N’importe ! il faudra s’en aller tourner la meule dans Suburre et faire la vendange sur les collines du Latium »[1].

Regardant de nouveau en l’air (en faisant attention où vous marchez compte-tenu des pavés très inégaux de la via Tor de Conti qui, pour une raison non élucidée ce matin là, étaient couverts de mégots !), vous pourrez voir une tour de brique surmontée d’une balustrade de travertin. Elle fut édifiée en 1223 par la famille Carbone. Elle devint ensuite la propriété de la famille Conti, et enfin acquise, en 1675, par la famille de Grillis. Ils firent un palais de la forteresse, ajoutant un couronnement en travertin à la tour de brique, sur lequel est gravé, en lettres dorées « EX MARCHIONE DE GRILLIS ». Les fenêtres du palais XVIIIe présentent des décorations avec des volutes, des lions, des coquilles. Un grandiose portail baroque, surmonté d'une coquille, est situé sur la place. Dans la mémoire populaire, le palais est lié au fantasque « Marquis du Grillon », sans que l’on sache si le personnage a véritablement existé. La mémoire populaire veut que ce marquis s’amusait au dépend d’autrui en faisant toutes sortes de mauvais tours et de farces, le plus souvent contre les puissants, les nobles et les ecclésiastiques, mais aussi très fréquemment contre les Juifs pour lesquels il avait une antipathie particulièrement forte.

La légende a même donné lieu à un film[2] où le marquis du Grillon, duc de Bracciano, est camérier secret du pape Pie VII, dans la Rome des années 1800. Le noble passe ses journées à faire d’insolentes plaisanteries souvent impitoyables, sans ménager personne, pas même le pape. Ayant rencontré un pauvre charbonnier lui ressemblant étrangement, un dénommé Gasperini, il l’introduit dans sa famille, s’amuse des troubles que cela engendre et décide de profiter de la situation en laissant son sosie prendre sa place. Le subterfuge devait lui permettre de s’échapper à Paris avec une actrice. Après la défaite de Napoléon, il revient à Rome où il constate que son sosie a été condamné à mort par le pape pour désertion. Comme il s’agit d’une comédie italienne, tout se termine au mieux.

Le quartier de la Suburra a également été le théâtre d'un crime devenu célèbre. En 81 Av J.C, Sextus Roscius fils était accusé du crime affreux de son père. Le fait est connu grâce à la plaidoirie du défenseur de l’accusé, un dénommé Cicéron, alors jeune avocat de vingt-sept ans.

« Juges, vous êtes étonnés sans doute que, dans un moment où les plus éloquents et les plus nobles citoyens gardent le silence, je prenne la parole, moi, qui pour l'âge, le talent et l'autorité, ne pourrais nullement être comparé à ceux que vous voyez assis devant ce tribunal. (…) Quel motif si puissant m'a donc seul déterminé à me charger des intérêts de Sextus Roscius ? C'est que, si quelqu'un de ces grands citoyens avait entrepris de le défendre, et qu'il eût parlé des affaires publiques, ce qui arrivera nécessairement dans cette cause, on lui imputerait beaucoup de choses qu'il n'aurait pas dites. Moi, je pourrai tout dire, sans que mes paroles sortent de cette enceinte, et se répandent dans le public »[3].

Et c’est bien évidemment tout le contraire qui s’est produit ! Les paroles de Cicéron sont si bien sorties de l’enceinte du forum que 2 000 ans plus tard, on peut encore y avoir accès ! Cicéron aurait emporté l’avis d’acquittement du jury en posant systématiquement la question, « A qui profite le crime ? », démontrant que le fils était faussement accusé du meurtre de son père dans le cadre d’un sordide complot familial.


[1] Gustave Flaubert. « Salammbô ». 1862.

[2] Mario Monicelli. « Le marquis s’amuse ». 1982. Avec Alberto Sordi.