Une église dominicaine - Une histoire sinistre

 

Rome Monti San Domenico et Sisto 2

L’église Santi Domenico e Sisto a été construite en 1569 à la demande du pape Pie V, sur un plan de Giacomo della Porta. Mais n’ayant été terminée qu’un siècle plus tard, en 1663, de nombreux architectes se sont naturellement succédés pour sa construction. La façade en travertin, de 1646, serait due à Vincenzo Della Greca. Elle est séparée en trois niveaux horizontaux, un rez-de-chaussée aussi haut que large, séparé du second niveau, rectangulaire, par une corniche, un fronton enfin surmonté de pots à feu. Verticalement, trois parties également séparées par des pilastres doubles d’ordre corinthien. Au centre, une porte encadrée de colonnes, surmontée d’un fronton courbe brisé dans lequel s’insère une niche ovale abritant le buste de la Vierge. De chaque côté, des niches dans lesquelles des statues de Maderno représentent l’une saint-Thomas-d‘Aquin, l’autre saint-Pierre-de-Vérone. Au second niveau, une fenêtre en arc à plein cintre, avec une balustrade à colonnettes et surmontée d’un fronton triangulaire, encadrée également de statues dans des niches, saint-Dominique et saint-Sixte II. 

Ajoutez à l’ensemble des guirlandes de fleurs, des cartouches, des volutes… L’ensemble ne manque pas d’être agréable. 

L’intérieur est remarquable par la hauteur de sa voûte alors que la nef est très étroite. Elle comprend trois arches aveugles de chaque côté abritant autant de chapelles latérales. Les arcs sont séparés par des doubles pilastres corinthiens de marbre rouge et blanc, coiffés de chapiteaux dorés. La fresque du plafond représente «  L'apothéose de Saint Dominique », et a été peinte en 1674 par Domenico Maria Canuti (1625 / 1684), le cadrage en trompe-l'œilde la fresque a été réalisé par Enrico Haffner (1640 / 1702). Le Bernin a conçu (mais où n’est-il pas intervenu dans les églises de Rome ?) le maître-autel.

La première chapelle en entrant, à droite (côté Sud), abrite une sculpture conçue par Le Bernin, mais c’est Antonio Raggi (1649), un de ses élèves qui l’a réalisée. Elle se nomme « Noli me tangere » (« Ne me touche pas »), en référence au moment où Jésus, après la résurrection dans le jardin de Gethsémani, rencontre Marie Madeleine[1]. La toile de fond représente une tombe vide dans un jardin.

Mais pourquoi ce sujet a-t-il été choisi ? L’histoire de cette sculpture est assez curieuse. Les chroniques rapportent qu’elle aurait été commandée par la famille noble Alaleona pour « expier un grand péché commis par un membre de la famille »[2]. Les faits remonteraient à 1635. Une jeune fille aurait été obligée par cette famille d’entrer au monastère dominicain dont l’église faisait alors partie. Comme la jeune fille ne désirait pas prendre le voile, elle aurait demandé à son amoureux de s’introduire dans le couvent pour venir la délivrer. Les deux amants auraient alors effectué une « fuga d’amore », pour obliger leurs parents à les marier. Le jeune homme aurait imaginé de s’introduire dans le monastère dans une caisse de café[3], mais le transfert se serait mal passé, la caisse serait restée trop longtemps dans un magasin et l’amant serait mort étouffé. C’était un terrible discrédit pour la famille de la jeune fille et celle-ci se devait de racheter cette faute par un don important. Quand à la jeune fille, pour avoir violé les règles de la congrégation, elle aurait été emmurée dans sa cellule avec juste une ouverture pour lui passer les aliments. On ne sait pas combien de temps dura la pénitence. 

Si l’histoire est vraie, comment interpréter le thème de la sculpture ? Par cette phrase, Jésus écarte la vie terrestre car il est désormais promis à la vie céleste. Faut-il donc comprendre que la pécheresse n’avait plus qu’à se préparer à la mort ? Ou, que par son acte, elle s’était écartée du seigneur ? L’ouvrage aurait été placé dans la chapelle située à l’entrée de l’église pour que les religieuses du couvent se souviennent de cet épisode scandaleux de la chronique romaine.

Mais, ouf, aujourd’hui l'église est devenue l'un des lieux les plus populaires dans le centre de Rome pour les cérémonies de mariage faisant oublier cette sinistre histoire !


[1] Evangile selon Saint Jean, 20,17.

[2] Mauro Fioravanti. « La monaca di Roma ». In « Fiamme d’oro – Organo d’informazione dell’associazione nazionale della polizia di stato ». N° 2, mars, avril, mai 2009. L’histoire aurait été racontée par Giacinto Gigli (1594 / 1671) dans ses mémoires connues comme « Le Journal romain ».

[3] D’autres chroniques parlent d’un cercueil. 

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