Santi Domenico e Sisto - "Noli me tangere" et une légende affreuse - Vue exceptionnelle sur Rome

 

Rome Monti San Domenico et Sisto 2

L’église Santi Domenico e Sisto a été construite en 1569 à la demande du pape Pie V, sur un plan de Giacomo della Porta. Mais n’ayant été terminée qu’un siècle plus tard, en 1663, de nombreux architectes se sont naturellement succédés pour sa construction. La façade en travertin, de 1646, serait due à Vincenzo Della Greca. Elle est séparée en trois niveaux horizontaux, un rez-de-chaussée aussi haut que large, séparé du second niveau, rectangulaire, par une corniche, un fronton enfin surmonté de pots à feu. Verticalement, trois parties également séparées par des pilastres doubles d’ordre corinthien. Au centre, une porte encadrée de colonnes, surmontée d’un fronton courbe brisé dans lequel s’insère une niche ovale abritant le buste de la Vierge. De chaque côté, des niches dans lesquelles des statues de Maderno représentent l’une saint-Thomas-d’Aquin, l’autre saint-Pierre-de-Vérone. Au second niveau, une fenêtre en arc à plein cintre, avec une balustrade à colonnettes et surmontée d’un fronton triangulaire, encadrée également de statues dans des niches, saint-Dominique et saint-Sixte II.

Ajoutez à l’ensemble des guirlandes de fleurs, des cartouches, des volutes… L’ensemble ne manque pas d’être agréable. L’intérieur est remarquable par la hauteur de sa voûte alors que la nef est très étroite.

La première chapelle à droite abrite une sculpture conçue par Le Bernin, mais c’est Antonio Raggi (1649), un de ses élèves qui l’aurait réalisée. Elle se nomme « Noli me tangere » (« Ne me touche pas »), en référence au moment où Jésus, après la résurrection, le dit à Marie Madeleine[1]. L’histoire de cette sculpture est assez curieuse. Elle aurait été commandée par les parents d’une jeune nonne entrée au monastère. Comme elle ne désirait pas prendre le voile, elle aurait demandée à son amant de s’introduire dans le couvent pour venir la délivrer. Celui-ci aurait imaginé le faire dans un cercueil, mais le transfert se serait accidentellement mal passé et le jeune homme serait mort étouffé dans le cercueil. C’était un terrible discrédit pour la famille de la jeune fille et celle-ci se devait de racheter cette faute par un don important. Quand à la jeune fille, elle aurait été emmurée dans sa cellule avec juste une ouverture pour lui passer les aliments. Si l’histoire est vraie, comment interpréter le thème de la sculpture ? Par cette phrase, Jésus écarte la vie terrestre, car il est désormais promis à la vie céleste… Faut-il comprendre que la jeune nonne n’avait plus qu’à se préparer à cela ? Qu’au contraire, par son acte, elle s’était écartée du seigneur ?

Brrr… Quelle histoire ! Sortons vite et allons faire un tour dans le délicieux petit jardin de la villa Aldobrandini. C’est un des endroits magiques de Rome. En descendant la via Panisperna, tournez dans la première rue à gauche, pour trouver l’escalier qui vous permet de pénétrer dans le jardin.

« Plus bas, comme la voiture tournait sur une place triangulaire, Pierre, qui levait les yeux, fut ravi en apercevant, très haut, supporté par un grand mur lisse, un jardin suspendu, d’où se dressait, dans le ciel limpide, l’élégant et vigoureux profil d’un pin parasol centenaire. Il sentit toute la fierté et toute la grâce de Rome »[2].

Ce jardin, tout en hauteur, domine la Suburra et le forum. Il est dans un état de semi-abandon, et rassemble des orangers, des rosiers, des pins parasols, le tout organisé autour d’un petit bassin, sans eau, entouré de bustes de vestales dont la plupart ont perdu la tête. Et on perdrait la tête pour bien moins ! Car, sous vos pieds, vous admirez la colonne Trajane, le Capitole et la ligne d’horizon toute échancrée de coupoles. A trois des angles, de petits pavillons, en bien mauvais état aussi, servirent de groupe scolaire jusque dans les années 80, notamment pour les enfants d’amis romains habitant le quartier. Ils avaient pour cour de récréation les jardins suspendus de la famille Aldobrandini, avec statues antiques, et vue sur les principaux monuments du forum ! Etonnez-vous qu’après ils aient fait des études d’architecture ! Certes, vous allez penser que cela n’est ni suffisant, ni nécessaire pour devenir architecte… Mais quand même, avoir eu sous les yeux pendant toute sa scolarité primaire la Rome antique, la Rome renaissance et la Rome baroque, cela doit participer à vous former le sens artistique !


[1] Evangile selon Saint Jean, 20,17.