La basilique Sainte-Marie-Majeure - 1500 ans de travaux, d'ajouts, de remaniements, de rénovation, de réfection...

 

Rome Monti Esquilino Sainte Marie Majeure

Derrière la basilique Sainte-Marie-Majeure est situé un des obélisques de Rome. Son origine est vague ; l'absence d'inscriptions hiéroglyphiques laisse supposer qu'il s'agirait d'une copie romaine. A l’origine, il était situé devant le mausolée d’Auguste au Champ-de-Mars et fut érigé à la place actuelle, en 1587, par Domenico Fontana à la demande du pape Sixte V. Son jumeau est positionné sur la place du Quirinal.

Sainte-Marie-Majeure fut érigée après le concile d’Ephèse de 431 sous le pape Sixte III (432 / 440). Ce fut la première église romaine dédiée au culte de la divinité maternelle de Marie, sanctionné lors de ce concile. Dans la nuit du 4 au 5 août 356, la Vierge serait apparue en rêve au Pape Liberio et au riche patriarche romain Giovanni en précisant que le lieu où devait être construite son église serait enneigé ! Or, dans la nuit, à cet endroit, en plein été, il aurait miraculeusement neigé !

Saint-Marie-Majeure est reliée d’un côté à La-Trinité-des-Monts par une longue ligne droite, tracée par Domenico Fontana, l’architecte de Sixte Quint, en 1593, et de l’autre à Saint-Jean-de-Latran par la via Merulana. Ce grand axe urbain est l’une des premières manifestations à Rome d’une nouvelle vision de la ville, issue de la Renaissance, dans laquelle la rue relie, selon des axes de grandes perspectives, les principaux monuments de la ville. Dans le cas présent, cet axe associe deux basiliques et une église, objets de pèlerinages, et il est matérialisé par trois obélisques à chacun de ses points-clefs. Outre ses objectifs de liaison entre des lieux saints pour en faciliter l’accès, Sixte V manifestait également son pouvoir sur la ville dans des quartiers peu construits[1]. Peut-être souhaitait-il participer aussi à un peuplement de la colline car la malaria sévissait au cœur de Rome ?

Sainte-Marie-Majeure fut remaniée à de très nombreuses reprises, agrandie au XIIe, flanquée d’un clocher au XIIIe (le plus haut de Rome), entourée de palais, le tout ceinturé et habillé aux XVIIe et XVIIIe siècle. Les dernières modifications datent de la fin du XIX!

« Cette façade construite sur les dessins de l’architecte Fuga porte le caractère douteux de l’architecture de cette époque, qui n’était ni grecque, ni romaine, ni gothique, et affectait un certain décor grandiose, qui ne parvint pas à cacher l’absence de la pensée sous l’éclat de l’exécution : comme si la forme extérieure du christianisme avait dû suivre la décadence de sa discipline intérieure »[2].

1 500 ans de travaux, de démolitions, d’ajouts, de remaniements. Cela se sent. Si l’extérieur est d’un baroque assez sage, l’intérieur est d’une architecture simple des basiliques romaines mais avec des chapelles d’un baroque opulent. Ajoutez à cela le parfait mauvais goût du XIXe avec une « confession » (une crypte) à l’architecture lourde et chargée, dans laquelle est déposée une relique de la crèche. Les sommets de l’art pompier sont atteints avec, au centre de cette confession, une statue du pape Pie IX en prière, statique, massive, sans grâce aucune, un masque sans expression sur un visage bouffi. Tout l’art du sculpteur semble s’être concentré sur les creux du coussin sur lequel le pape est agenouillé. Il voulait nous faire croire sans doute que cela représentait la sérénité, la gloire, alors que cela ne représente que la vanité et la morgue ! Seule note émouvante dans cette suffisance bornée : un petit bouquet de fleurs fraîches glissé entre les mains jointes de Pie IX.

« Un dimanche qu’il était entré, par un matin de pluie, à Sainte-Marie-Majeure, il avait cru se trouver dans une salle d’attente, d’une richesse inouïe certes, avec ses colonnes et son plafond de temple antique, le baldaquin somptueux de son autel papal, les marbres éclatants de la Confession, de sa chapelle Borghèse surtout, et où Dieu cependant ne semblait pas habiter »[3]


[1] Brice Gruet. « La rue à Rome, miroir de la ville: entre l'émotion et la norme ». 2006.

[2] Norvins, Charles Nodier, Alexandre Dumas. « Italie pittoresque, tableau historique et descriptif de l'Italie, du Piémont, de la Sardaigne, de la Sicile, de Malte et de la Corse ». 1836.