Entre voies de chemins de fer et tramway - Sainte Bibiane - Fresques de Pierre de Cortone et statue du Bernin

 

Rome Monti Esquilino Santa Bibiana 3

D’autres silhouettes isolées fréquentent la place Victor-Emmanuel II : de jeunes hommes originaires de pays du Sud que l’on s’étonne de voir fréquenter un square plutôt destiné aux personnes âgées ou aux parents avec enfants en bas âge. Ils doivent être certainement à la recherche d’une combine ou d’une vente de drogue…

De la place Victor-Emmanuel II, faisons un petit détour vers une pauvre petite église pour laquelle j’ai une sympathie particulière, bien oubliée alors qu’elle connut son heure de gloire. Elle mérite bien votre visite. Il faut traverser un quartier de revendeurs asiatiques de vêtements vers les voies de la gare de Termini. Coincée entre deux bâtiments industriels, la haute tour d’un château d’eau, et la voie du tramway, subsiste dans cet environnement écrasant et peu poétique, une modeste église précédée d’un jardinet fermé par une grille. Elle possède néanmoins une haute façade, présentant au-dessus de la porte d’entrée, un balcon. C’est Sainte-Bibiane. Elle est généralement ouverte pour les offices en matinée et pour les vêpres le soir.

Selon la légende, Bibiane aurait vécu au milieu du IVe siècle. Elle était la fille d’un officier qui fut dégradé et privé de ses biens parce que chrétien. Marqué au front par un fer rouge, comme pour un esclave, il fut relégué hors de Rome et mourut de misère. Jeune fille, Bibiane aurait été livrée à une femme chargée de la débaucher et de lui faire abjurer sa religion. Mais ayant échoué, le préteur Apronien fit attacher Bibiane à une colonne où elle fut battue à coups de cordes plombées jusqu'à ce qu'elle succombât. Son corps fut ensuite jeté dans la rue pour être mangé par les bêtes, mais aucune d'elles ne s'en approcha pendant les deux jours où le corps resta exposé sur la voie publique.

L’existence de sainte Bibiane n’est pas avérée. Le fondateur de l’Association catholique des chefs de famille et rédacteur de manuels scolaires à destination des établissements privés, qui avait listé avec minutie la moindre persécution à charge de l'empereur Julien, n’en ferait pas mention. C’est dire ! Un petit sanctuaire aurait été construit au Ve siècle, remanié en 1220. Urbain VIII fit édifier une nouvelle église, en 1626, pour accueillir les reliques de la sainte. Elle présente une façade dessinée par Le Bernin. Plus qu’à une façade d’église cela ressemble d’ailleurs plutôt à celle d’un palais avec, en rez-de-chaussée, une loggia décorée de pilastres et, à l’étage, des fenêtres. Elle est rendue dynamique par l’imposant fronton brisé de la travée centrale qui domine une fenêtre en retrait. A l’intérieur, la nef comporte une double rangée de colonnes récupérées sur quelques temples antiques. Elle est décorée de fresques représentant l’histoire de sainte Bibiane de Pierre de Cortone et d’Augustin Ciampelli. Les reliques de la Sainte sont enfermées dans une urne antique d’albâtre. Derrière l’autel, une statue de sainte Bibiane est l’une des premières œuvres du Bernin.

« Statue d’une beauté achevée et le première classe parmi les modernes »[1].

Cette fois-ci, pas d’extases mystiques ambiguës comme à Santa Maria de la Vittoria, mais une jeune femme représentée appuyée à la colonne où elle a été martyrisée. Droite, sans posture de contrapposto[2], elle lève la main droite, paume ouverte, alors que la main gauche tient la palme des martyrs et retient les plis de sa tunique sur la cuisse. Bref, à l’opposé des autres statues du Bernin, la pose est assez statique, peu « baroque » mais plutôt classique, ce qui explique certainement pourquoi De Brosse l’apprécie tellement. Chaque 2 décembre, les reliques de la sainte étaient présentées à la population au balcon de l’église. Il paraît que la foule s’y pressait. Je n’étais pas à Rome un 2 décembre, mais je doute que, dans cet espace restreint et ingrat, les reliques de sainte Bibiane attirent encore les foules.

A quelques pas de là, vous côtoierez un curieux bâtiment contemporain, constitué de couches superposées et plissées, mi parking, mi hôtel. C'est l'hôtel le plus moderne en centre ville dont l'intérieur est, paraît-il, des plus spectaculaires : immense hall central ouvert sur les bureaux comme sur des fouilles archéologiques, chambres lumineuses organisées autour d'un îlot central comprenant lit, douche, lavabo et penderie, piscine sur le toit terrasse. Le prix proposé est toutefois dissuasif pour des « missionnaires » de la fonction publique française en regard du montant des perdiems alloués par l'administration, sauf à se priver de manger !


[1] Président De Brosses. « Lettres d’Italie ». 1740.

[2] Mot italien désignant l'attitude d'une figure appuyée sur une jambe, l'autre étant légèrement fléchie.

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