Une famille "bien sous tous rapports" - Autres temps, autres meurtres

 

Rome Monti Palais Borgia 3

A droite, en sortant de l’église, on passe sous un porche et, par un escalier, on rejoint la via Cavour située en contrebas. Vous pouvez vous laisser guider par le son de l’accordéon, un musicien étant souvent situé à l’abri du porche. Cet escalier qui permet de joindre une des hauteurs de l’Esquilin, le Colle Oppio, à la Subura, passe sous le palais des Borgia.

L'édifice appartenait à la famille Cesarini, les plus puissants seigneurs de la zone au Moyen-âge, qui le cédèrent ensuite aux Borgia. La tradition populaire veut que cette demeure soit la résidence de Vannozza Cattanei, maîtresse de Rodrigo Borgia, cardinal et futur pape sous le nom d’Alexandre VI (1492 / 1503), et mère de ses quatre enfants dont César et Lucrèce.

Chacun connait l’excellente réputation du pape Alexandre VI Borgia, modèle de piété, de vertus, et d’abnégation… comme de ses enfants qui rivalisèrent avec lui de générosité et de bonté. On raconte (mais peut-on se fier à toutes les légendes ?) que, dans la nuit du 14 juin 1497, son fils aîné, Juan, après être sorti de ce palais, aurait été assassiné par son frère, César, et son corps jeté dans le Tibre, car ils auraient été amants d’une même femme. Si ce n’est pas tout à fait une légende, rien n’est prouvé néanmoins, sauf que le corps de Juan a bien été retrouvé dans le Tibre percé de nombreux coups de couteau.

Ce qui est certain c’est qu’Alexandre Borgia fut un pape hors du commun dont au moins une de ses décisions eut des répercussions historiques et politiques qui perdurent encore. Par la bulle « Inter Coetera » (1493) il partagea le monde entre le Portugal et l'Espagne, les deux grandes puissances navales et coloniales de l’époque. Les terres nouvellement découvertes situées à l'Ouest de l'archipel des Açores devaient être évangélisées, et donc conquises, par les Espagnols (les Amériques), les autres par les Portugais (l’Afrique). Cette décision servit de base au traité de Tordessillas de 1494 qui, en déplaçant la limite méridienne, permit aux Portugais de prendre pied en Amérique (Brésil).

L’escalier débouche sur la via Cavour qui doit se situer à l’endroit de l'antique « Vicus Sceleratus » qui reliait les forums à l’Esquilin.

Dénommée précédemment « Fagutale » parce que traversant une ancienne forêt de hêtres (Fagus), elle prit ce nom après un crime qui y fut commis il y a 2 600 ans ! Servius Tullius, sixième roi légendaire de Rome, aurait été victime d'un complot organisé par son gendre Tarquin le superbe. Sa fille, Tulia, qui avait participé au complot, revenait du forum sur son char après l’assassinat de son père et la réussite du complot, quand le cocher s’arrêta, effrayé, montrant le cadavre de Servius Tullius étendu sur la chaussée. Tullia aurait alors fait passer le char sur le corps de son père. D’où le nom de rue du Crime (vicus Sceleratus) qui lui fut donné par les Romains. Il semblerait que le crime n’ait pas payé car les Romains, effrayés par le gouvernement violent de Tarquin, le bannirent de Rome avec son épouse et finirent par proclamer la République. Voilà une histoire avec une fin heureuse.

Entre Tulia et Borgia, le lieu ne manquait pas de piment ! Aujourd’hui, la via Cavour est beaucoup plus banale, voire franchement tristounette. C’est une espèce de trouée pour automobilistes pressés, accessoirement pour touristes à pied qui rejoignent leur train ou leur hôtel du quartier de la gare. Les boutiques leur sont essentiellement dédiées qui leur proposent livres sur Rome, cartes postale et souvenirs en tous genres pour leurs dernières emplettes avant retour.

 

Rome - Montpellier, décembre 2008 / avril 2017.

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