Titres honorifiques et petites visées politiques - Le cloitre, le baptistère et l'obélisque de Saint-Jean

 

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 « Vous savez que le Roi de France est chanoine de Saint-Jean-de-Latran (…). Le peuple romain, fort moqueur, prétend qu’en 1796 c’était la République française, une et indivisible, qui était chanoine de Saint-Jean-de-Latran. Ces fonctions, ridicules aujourd’hui, faisaient l’occupation du beau monde de Rome au XVIIe siècle, quand l’Espagne était riche »[1].

Le Président de la République française jouit des pouvoirs et prérogatives de ses prédécesseurs, y compris de ses Rois ! C’est pourquoi il est premier chanoine[2] de la basilique de Saint-Jean-de-Latran, l'une des quatre basiliques majeures de Rome et siège de l'évêché de Rome dont l'évêque n'est autre que le pape ! Le titre résulte d'une fondation de Louis XI en 1482, renouvelée par Henri IV en 1604.

Si François Mitterrand et Georges Pompidou s'étaient abstenus de prendre possession de la stalle réservée au premier chanoine, sans toutefois avoir officiellement refusé le titre, Nicolas Sarkozy s’est précipité à Rome le 20 décembre 2007, peu de temps donc après son élection, pour y être reçu premier chanoine de l'Archibasilique. Comme quoi Stendhal s’était trompé : tout le monde ne juge pas la fonction ridicule ! Ce fut l’occasion d’un discours assez caricatural, mêlant banalités et flatteries pour ses auditeurs. Bref tout un salmigondis de défonçage de portes ouvertes et de culture superficielle sur « les racines chrétiennes de la France », de sensibilité à la guimauve et de petits calculs politiques remettant en cause la laïcité républicaine.

Tournons la page. Le discours ne fera pas date et la République française n’en sort pas vraiment grandie.

Allez donc plutôt faire un tour dans le cloître. De style gothique – ce qui est assez rare à Rome - il date du XIIIe siècle et a conservé ses belles colonnes droites ou torsadées avec des incrustations de style cosmatesque[3] : profils et moulures sont enrichies d’incrustations de marbre et de verres polychromes selon des motifs géométriques.

Enfin, le baptistère est accessible en ressortant de la basilique par la façade latérale. L'actuelle forme octogonale remonterait à 432 et serait due à un nymphée romain. La tradition religieuse veut que Constantin (272 / 337) y ait été baptisé... alors que plus vraisemblablement il l’aurait été à sa mort. Le baptistère a également la réputation d’avoir été, pendant plusieurs siècles, le seul de la ville. A l'intérieur, huit colonnes de porphyre rouge soutiennent un entablement de huit colonnes de marbre blanc. Dans le dôme est représentée la victoire de Constantin contre les armées de Maxence, au Pont Milvio en 312… une de ces terribles guerres de succession entre prétendants au trône de César. Peu avant la bataille, Constantin aurait eu la vision des lettres XP, soit les deux premières lettres du mot Christ en grec, et il aurait entendu une voix lui disant « In hoc signo uinces » (« Par ce signe, tu vaincras »). Il fit alors apposer les lettres XP sur les boucliers de ses légionnaires. Ayant mis sa victoire sur le compte du dieu des Chrétiens, il interdit désormais leur persécution.

Le centre de la place est occupé par un obélisque, le plus haut (32 mètres, 46 avec son socle) et le plus ancien de Rome. L'obélisque, de granit rouge, est décoré de hiéroglyphes ; il date du règne de Thoutmosis III (1504 / 1450 av J.C) et était situé dans la partie Est du temple de Karnak. Constantin le fit transporter à Alexandrie d’où il devait rejoindre Constantinople. Mais, à la mort de l'empereur, son fils et successeur Constance II le fit transporter à Rome en faisant construire spécialement un bateau, aux mesures exceptionnelles pour l'époque. En 357 l'obélisque fut élevé sur l'« épine » du Cirque Maxime. Il ne fut retrouvé qu’un millénaire plus tard, en 1587, lors de fouilles menées au Cirque Maxime par le pape Sixte Quint, à une profondeur de 7 m. Brisé en trois morceaux, Sixte Quint le fit restaurer et ériger par Domenico Fontana, l’année suivante, sur la place de Saint-Jean-de-Latran.


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.

[2] Un chanoine est un membre du clergé, religieux ou laïc, attaché au service d'une église.

[3] Les « Marmorari Romani » ont été créées par les célèbres familles d'artisans romains : les Cosmati et les Vassaletti (1222 / 1230).

Liste des promenades dans Rome et liste des articles sur Monti et Esquilino Sud

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