La Porta Maggiore - Le tombeau du boulanger Eurysaces - La spéculation sur les terrains Wolkonsky

 

Rome Esquilino Monti Sud Porta Maggiore

La Porta Maggiore de l’enceinte de Constantin est curieusement composée des arcades de l’aqueduc de l’Aqua Claudia. Mais le plus intéressant c’est l’étonnant monument situé à l’extérieur de l’enceinte : le tombeau de Marcus Virgilius Eurysaces. L’esclave Eurysaces, après avoir été plusieurs années au service d'une famille d'aristocrates, acheta sa liberté et devint boulanger des armées. Comme tout fournisseur des armées, Eurysaces (comme la société Halliburton mais aussi notre Voltaire !) devint très riche, ce qui lui permit de faire construire ce tombeau pour lui et son épouse Atistia vers 30 avant J.C. Il présente une frise illustrant la fabrication du pain et des cylindres qui rappellent les mesures à blé. L’ensemble est malheureusement dans une situation déplorable. Outre qu’il faut risquer sa vie pour traverser une avenue où la circulation est dense et rapide, le jardin du terre-plein central comme la tombe sont dans un état d’abandon qui ne permettent pas de l’apprécier.

Pour terminer notre « pèlerinage » à San Clemente, coupons par les Via Piatti et Ludovico di Savoia en longeant les jardins de la villa Wolkonsky, lieu de résidence de l’ambassadeur de Grande-Bretagne. La Villa a été construite dans les années 1890 par les descendants de la princesse russe Zinaïda Alexandrovna Volkonskaïa, poétesse de langue française [1], dont le salon était fréquenté par de nombreux artistes dont Stendhal ou Walter Scott. Nicolas Gogol a écrit une grande partie des « Âmes mortes » à la villa. Le domaine, alors beaucoup plus vaste, a été acheté en 1830 à des membres de la famille Massimo. Cette zone était composée de très grandes propriétés appartenant à la noblesse romaine où chaque famille possédait sa villa pour venir y passer les chaudes heures d’été hors de la touffeur du centre-ville. La propriété comporte trente-six arcades d’un aqueduc du 1er siècle de notre ère. Si la princesse se construisit une petite villa, ses successeurs profitèrent de la spéculation immobilière des années 1870 pour vendre une très large partie de la propriété et, avec le produit de la vente, se construire une grande et fastueuse villa sur le terrain restant [2].

Les spéculateurs de l’époque, persuadés que Rome allait devenir une très grande ville à l’image de Paris et Londres, achetèrent tout ce qu’ils purent à une noblesse romaine souvent désargentée et ayant perdu tout pouvoir politique avec la disparition des États de l’église et l’avènement de la Royauté. Assez rapidement, la ville passa de 200 à 400 000 habitants avec l’arrivée des fonctionnaires des nouveaux ministères centraux et avec l’implantation d’une bourgeoisie nationale, semblant donner raison à ceux qui prévoyaient une capitale d’un million d’habitants. Les Banques achetèrent les terrains pour les revendre dans un objectif spéculatif. Mais la bourgeoisie nationale étant encore réduite, peu d’acquéreurs pouvaient acheter les terrains au comptant. Les banques prêtaient aux investisseurs audacieux non seulement la valeur du terrain qu’elles vendaient mais aussi la valeur d’une partie de l’immeuble en l’hypothéquant ! L’emprunteur construisait une partie de l’immeuble et, avec les ressources des premiers loyers, commençait à rembourser son prêt ou poursuivait l’érection de l’immeuble. Tout cela a fonctionné tant qu’il arrivait de nouveaux locataires. Les nouveaux quartiers se multipliaient, notamment sur l’Esquilin, Nomentano et Borgo. 

Mais le flux s’étant tari, les propriétaires ne purent louer leurs appartements et ils durent interrompre les constructions, puis ils furent incapables de rembourser leurs emprunts. Les immeubles furent expropriés mais les banques, faute de candidats, ne pouvaient ni revendre les immeubles, ni les louer. On avait vu grand, beaucoup trop grand. Ce fut l’effondrement. Les actions de la Banque tibérine qui étaient cotées 600 francs en mars 1887, tombèrent à 35 francs en mars .189l ; celles de « l’Esquilino » qui valaient 291 francs en mars 1887 n’étaient rachetées que 2 francs en mars 1891 [3] ! Cela ne vous rappelle rien ? Les banquiers, plutôt que de suivre des formations de très haut niveau en mathématiques financières, ne devraient-ils pas suivre plus modestement des études d’histoire ?


[1] Alessandra Tosi. « Zinaïda Aleksandrovna Volkonskaia ». In Murielle Lucie-Clément. « Écrivains franco-russe ». 2008.

[2] Les jardins de la villa sont accessibles au public, lors de visites guidées organisées à de nombreuses périodes de l'année.

[3] Vilfredo Paretto. « L’Italie économique ». 1891.

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