San Clemente - Du XIIe, du XVIIIe mais aussi des bandes dessinées du IVe siècle - Un culte à Mithra

 

Rome Monti San Clemente

Plutôt que de prendre la via Merulana pour rejoindre directement Sainte-Marie-Majeure, osons un autre détour par une de ces étroites rues romaines, la Via San Giovanni In Laterano, qui file tout droit vers le Colisée.

Derrière la façade du XVIIIe siècle de l’église San Clemente se cache un des plus anciens lieux de culte de la ville. De fait, ce sont même trois édifices superposés que l’on peut visiter en descendant à travers les différentes strates du sous-sol.

L’église actuelle a été érigée en 1108 sur l’emplacement d’une église antérieure détruite lors du sac de Rome, encore un mais celui-ci en 1104, sac effectué par les soldats de Robert Guiscard. C’était un mercenaire normand venu, à priori, secourir le pape Grégoire VII dans sa lutte contre l’empereur germanique Henri IV (vous savez, celui qui fit pénitence à Canossa !). Ses troupes étaient essentiellement composées de mercenaires sarrasins, ce qui ne manquait pas de sel pour venir secourir le prince suprême de la Chrétienté ! Quel pataquès ! Résultat : trois jours de pillages des plus violents et la destruction de nombreux édifices de la ville. Charles Quint dû retenir la leçon qui, dans sa lutte contre le pape Clément VII, utilisa des mercenaires allemands luthériens en 1527 !

L’église est de plan basilical, avec trois travées, séparées par deux rangées de colonnes antiques, alternativement lisses et cannelées. L’intérieur a été largement remanié par Carlo Fontana entre 1713 et 1719 avec des décorations de stucs, pilastres, médaillons, encadrements. Les mosaïques de l’abside datent de la construction de l’église et représentent le triomphe de la Croix. Le chœur est entouré d’une magnifique balustrade de marbre du VIe siècle qui était dans l’église antérieure. Un très riche pavement de marbre, cosmatesque, décore le sol.

De la sacristie, un escalier mène à l’église inférieure datant du IVe siècle dont il subsiste quelques fresques du XIe illustrant la vie mouvementée de Saint-Clément. Un texte en latin, inséré dans un bandeau, précise le thème de chacune des différentes scènes. Sous ce bandeau, d’autres dessins, plus petits, viennent compléter le récit. L’une des fresques représente Saint-Clément célébrant une messe avec une femme en premier plan. En-dessous une petite scène montre deux hommes enserrant de liens une colonne (ou un tronc d’arbre ?). Explication[1] : La jeune femme assistant à la messe s’était convertie en secret à la foi chrétienne. Son mari s’étonnant de ses absences la suit. Par une intervention divine, il devient sourd et aveugle pendant la messe. A l’issue de celle-ci l’épouse supplie Clément de le guérir. Ayant retrouvé la vue et l’ouïe le mari est persuadé que Clément est un magicien qui abuse de son épouse et il ordonne à ses valets de s’en saisir mais, nouveau miracle, au lieu d’attraper le saint, ils ligotent une colonne ! L’histoire est certes peu banale mais, si vous regardez plus finement le dessin, vous remarquerez d’autres phrases en latin vulgaire insérées dans le dessin, horizontalement ou verticalement : « Albertel, trahite, fili de le pute », « Albertel (nom du serviteur) tire, fils de pute » !

Un escalier étroit conduit plus bas encore, dans des caves sombres et humides. De fait une ancienne villa romaine dans laquelle un sanctuaire, du IIe siècle, est dédié au Dieu Mithra. Mithra était un dieu solaire de l’ancienne Perse dont le culte, ramené par les armées romaines, fut vénéré pendant une courte période chez les Grecs et les Romains. Dans la salle initiatique, une niche abrite la statue du dieu. Devant elle, un autel est orné d’un relief montrant Mithra en train d’égorger un taureau. De part et d’autre deux bancs latéraux permettaient aux initiés de s’asseoir sous un plafond orné d’étoiles. Une pièce annexe servait de salle de cours. Une source coule en dessous des ruines de la villa faisant entendre son léger bruissement dans le silence de ces murs épais suintant d’humidité.

La villa fut comblée de terre et de gravats lorsque fut construite la basilique du IVe siècle, laquelle subit le même sort au XIIe. Ces deux niveaux finirent par tomber dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle lorsque les fouilles d’archéologues les firent réapparaître.

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2008 / 2017