La prison Regina Coeli - Une ONG italienne de développement rural - Un ambassadeur bien vindicatif

 

Rome Filippo Lippi

La via Francesco di Salle qui se dirige vers le pied de la falaise du Janicule est une petite rue bien calme, bordée par la prison de Rome « Regina Coeli », à savoir « Marie Reine du Ciel » ! Cette appellation céleste est certainement une bien piètre consolation pour les quelques 700 détenus qui y seraient enfermés, la plupart étrangers, et qui attendent leur jugement. Compte-tenu des lenteurs de la justice italienne, lesquelles seraient pire encore que celles de la justice française (mais, est-ce seulement possible ?), les prisonniers seraient régulièrement envoyés vers d'autres centres de détention de la région ce qui ne permettrait pas un suivi correct de leurs dossiers. Je ne suis pas non plus très sûr que le fait de partager l’honneur d’une incarcération dans des locaux où fut détenu Antonio Gramsci leur soit également d’un grand réconfort moral, ni plus ni moins que l’appellation de « Reine du Ciel ». Enfin, dernièrement, il semblerait que certains matons aient largement abusé de sévices à l’encontre de certains détenus !

Cette année là, nous avions rendez-vous, un collègue du ministère des Affaires étrangères et moi-même, avec des responsables d’ONG italiennes, spécialistes de la formation dans les pays en développement, au siège de l’une d’entre elles (bien évidemment située dans une rue portant le nom d’un saint illustre !). Nous finissons par trouver le siège de notre association, parmi plusieurs bâtiments d’une institution religieuse construits sous le Gianicola. Il y a là un petit jardin à l’abandon, protégé en été des rigueurs du soleil par la falaise, et quelques beaux arbres. Peut-être est-ce dans ce lieu que naquit le culte de la nymphe Furrina, divinité des bois sacrés et des sources qui, à la naissance de Rome, lequel se rendait quelque part au pied de la falaise ?

L’intérieur du bâtiment est moins bucolique mais ne nous surprend pas : cartons entassés dans les couloirs, affiches de manifestations et drapeau arc en ciel des pacifistes italiens punaisé au mur. Il règne ici, comme en France, le même désordre serein d’une institution qui dispose de moyens modestes au service d’objectifs élevés de fraternité, d’entraide et de solidarité. L’accueil est de la même eau : simple, chaleureux, bien que peut-être un peu perplexe. C’est que nous représentons ici une institution qui n’est pas nécessairement en « odeur de sainteté » chez les membres des ONG : l’Etat ! L’Etat national, centralisateur, en deux mots : l’Etat jacobin ! Certes, la méfiance est largement atténuée par le fait que nous sommes les représentants d’un Etat étranger avec lequel il n’existe pas, à notre connaissance, de relation conflictuelle.

La conversation roulait tranquillement et agréablement entre information réciproque sur nos activités et échange d’analyses, jusqu’au moment où « Monsieur l’Ambassadeur de France auprès de la FAO » contacte mon collègue sur son téléphone portable pour lui faire savoir qu’il est très mécontent que nous ne l’ayons pas informé de notre projet de rencontre avec des services de la FAO ! Ce n’est pas pour nous un très grand honneur d’avoir Monsieur l’Ambassadeur au téléphone… En effet, il est surtout connu pour avoir été beaucoup moins à cheval sur les principes quand il avait fait alliance avec le Front National en 1998 afin de conserver la présidence de la Région Rhône-Alpes. Sans parler de sa curieuse conception de l’utilisation de l’argent public. Comme président de Région il s’était accordé le bénéfice d'un appartement de six pièces, dans un quartier chic de la ville pendant près de dix ans. Loyer, eau, gaz, électricité et téléphone étant pris en charge par les finances publiques, à quoi vous pouvez encore ajouter, pour faire bonne mesure, que celles-ci, bonne fille, payait plus de 40 heures de ménage par semaine pour l'appartement au prétexte qu’il s'agissait de nettoyer le logement après les réceptions ! Tous frais que la justice le condamna à rembourser après dépôt d’une plainte par la nouvelle équipe du conseil régional.

Avec tout cela, « Monsieur l’Ambassadeur de France » peut bien s’offusquer que deux petits fonctionnaires français aient oublié de le prévenir qu’ils venaient brouter à la périphérie de ses plates-bandes ! Certes, c’est une erreur regrettable même si nous avons toutes les autorisations officielles de nos ministères respectifs pour ce déplacement. De là, à en faire un fromage en alertant les Directeurs généraux, ainsi que les cabinets des deux ministres concernés, c’est nous faire beaucoup d’honneur ! Cette arrogante personne serait  mieux éclairée de faire oublier ses amitiés douteuses avec le Front National. Mais quelle idée aussi de nommer ce personnage comme ambassadeur de France auprès de la FAO quand on traîne de telles casseroles !

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le Janicule

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