Le quartier de Rafael Alberti - Sainte-Marie-des-Sept-Douleurs - San Pietro in Montorio - L'Académie d'Arcadie

 

Rome Janicule Del Piombo Fresca

Il est temps maintenant de monter au Janicule par la via Garibaldi, une large avenue toute en virages. Cette rue a été dénommée ainsi, après 1849, en souvenir du combat glorieux de Garibaldi pour défendre Rome contre les troupes françaises.

C’est dans ce coin du Trastevere que vécut le poète espagnol Rafael Alberti, en exil à Rome de 1963 à 1977. Il avait l'habitude de se promener dans les rues du quartier, bien qu’ayant la plus grande crainte de la conduite automobile des Romains. Il prétendait que, pour marcher dans ces ruelles, il fallait avoir suivi une formation de toréador pour apprendre à éviter les automobiles, en se plaquant contre les murs et en courant vite ! Cela lui donna même l’occasion d’écrire un livre intitulé « Roma, peligro para caminantes » (« Rome, danger pour les piétons ») ! Selon lui, deux personnes avaient encore plus peur que lui des automobilistes romains : Pablo Neruda et Nicola Guillén !

Il espérait (souhaitait ?), qu’un jour, la commune de la ville éternelle, à une date anniversaire quelconque, apposerait une plaque « Vicolo Rafael Alberti » dans la ruelle qu’il avait habitée, non loin de la via Garibaldi. Ceci en reconnaissance du fait qu’il s’était installé ici, était devenu un résident de son quartier, chantant humblement la Rome trasteverienne, la moins monumentale, la moins officielle et la plus « anti-goethienne » que l’on puisse imaginer, mais la Rome des artisans, des petites gens, la Rome aux murs ruinés et peinturlurés d’inscriptions politiques et amoureuses. Je n’ai pas vu de plaque annonçant le « vicolo Rafael Alberti » et ce n’est pas maintenant, avec un maire berlusconien, issu de la droite fasciste, que l’on a quelque chance d’en avoir une ! Mais si Walter Veltroni avait été vraiment de gauche, n’aurait-il pas dû avoir à cœur de poser cette plaque ?

Avant le premier virage de la via Garibaldi, à gauche, vous remarquerez la façade non terminée, toute de brique, de Sainte-Marie-des-Sept-douleurs (1643 / 1649) de Borromini. Avec très peu de moyens, un quart de cercle plaqué en relief, Borromini anime cette façade. L’église ne fut jamais terminée et accueille aujourd’hui un hôtel quatre étoiles (« Donna Camilla Savelli »). Un grand escalier descendant dans la crypte est également l’œuvre de Borromini… mais il n’est pas ouvert au public.

Après quelques épingles à cheveux, qu’il est possible parfois de couper par un escalier (s'il n'est pas fermé par suite de son état), la via Garibaldi débouche sur l’esplanade de San Pietro in Montorio construite à la demande des rois espagnols, Ferdinand d'Aragon et Isabelle la Catholique, sur le lieu attribué traditionnellement à la crucifixion de Saint-Pierre… car il n’est pas attesté que Pierre soit venu à Rome. La consécration du temple a été effectuée en 1500 par le pape d’origine espagnole Alexandre VI Borgia. Le Janicule a été depuis très lié à la royauté espagnole dont la présence est encore marquée, sous San Pietro, par l'Académie Cervantès, le lycée espagnol et la résidence de l’ambassadeur d’Espagne.

L’église possède toute une série d’œuvres intéressantes dont une « Flagellation » dans la première chapelle à droite, œuvre de Sebastiano del Piombo (1485 / 1547) sur des dessins de Michel-Ange, des fresques au plafond des quatrième et cinquième chapelles de Vasari (1511 / 1574), un « Baptême du Christ », attribué à Daniele da Volterra (1509 / 1566). La seconde chapelle à gauche fut conçue par Gian Lorenzo Bernini. Le cadavre de Beatrice Cenci aurait été enterré devant l’autel après son supplice, sa tête étant placée sur un plateau d’argent. La tombe fut profanée en 1798 par les soldats de Bonaparte et la tête de Beatrice disparut !

Il est également possible de rejoindre directement la fontaine Paola, sans suivre les méandres et escaliers de la via Garibaldi, en empruntant un agréable chemin direct par la via di Porta san Pancrazio, dans la continuité de la partie rectiligne de la via Garibaldi. Le chemin, en pente forte, longe à gauche les bâtiments de l’académie Cervantès et du lycée espagnol et, à droite, un jardin, « Il bosco parrasio ». Ce jardin, aujourd’hui dénommé platement, « jardin botanique », appartint à « l’Accademia dell’Arcadia » (l’académie d’Arcadie) fondée à Rome en 1690 par des poètes de l’entourage de la reine Christine de Suède. Le nom fait référence à un roman pastoral de Jacopo Sannazaro (1501) et à une région du Péloponnèse à laquelle était associée une image bucolique. Le roi Jean V du Portugal donna, en 1724, le terrain où l’Académie tint désormais ses séances tous les jeudi, en été, dans un bois de lauriers et de myrtes ! Le dessin en aurait été réalisé par Nicola Salvi, l’architecte de la Fontaine de Trevi.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le Janicule

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