Une commande des Rois d'Espagne - Un monument aux proportions harmonieuses - Mais très mal mis en valeur !

 

Rome Janicule Tempietto

 « Au sommet est bâtie l’église de S. Pietro in Montorio, habitée par de pauvres moines ; derrière l’église est un joli petit temple rond, à colonnes, au centre duquel on conserve le trou dans lequel on a planté la croix où a été crucifié St Pierre. Le trou peut avoir 15 pouces de circonférence. C’est une sorte de puits, garni de marbre et au-dessus duquel brûle une lampe »[1].

En 1502, Donato Bramante construit le Tempietto à côté de l'église Saint-Pierre sur le Mont Doré (San Pietro in Montorio), à l'emplacement attribué au martyre du saint, sur une commande des Rois d’Espagne, Aragon et Castille (l’unification de la royauté en Espagne n’étant faite qu’avec Charles 1er en 1516, lequel est plus connu sous le nom de Charles Quint). C’est une œuvre de taille modeste, composée d’un péristyle circulaire, aux colonnes d’ordre dorique, entourant un sanctuaire central dont la cella ne mesure que 4,5 mètre de diamètre. Un dôme hémisphérique, surmonté d’un lanternon, est surélevé sur un haut tambour.

Les proportions de l'édifice sont simples : la hauteur de la cella est égale à la largeur du péristyle, mais Bramante empile des formes cylindriques dans une progression savamment dosée, en retrait les unes par rapport aux autres. D’abord un soubassement circulaire, composé de trois marches, puis la colonnade surmontée d’une frise, d’une corniche et d’une balustrade, enfin le tambour de la coupole en fort retrait. La hauteur du tambour et de la coupole est proportionnée à celle du diamètre du péristyle afin de donner une apparence de hauteur et de pyramide à l’ensemble du bâtiment. Il s’agit d’articuler les différents éléments entre eux pour que la finalité du bâtiment apparaisse comme étant la coupole, image du ciel, avec la croix qui la surmonte.

Les architectes de la Renaissance étaient très attirés par la forme circulaire, voyant en elle l'image de la perfection divine, sans commencement ni fin. Le rythme régulier des colonnes du péristyle, des pilastres, fenêtres et niches de la cella, des colonnettes de la balustrade, dans une forme circulaire, définit une figure de la perfection d’une part parce qu’elle est en tous points similaires, mais aussi d’autre part parce qu’elle se suffit totalement à elle-même. Il n’est donc pas étonnant que l'édifice devait être isolé au centre d'un cloître lui-même circulaire faisant du Tempietto un point focal, parfait, unique.

Sous le Tempietto, il y a une chapelle souterraine dont les dimensions correspondent à celle de l’église extérieure. Un orifice central les fait communiquer et éclaire la chapelle. Au sol, au centre, une cavité, celle dans laquelle aurait été placée la croix de Pierre. L’ensemble de l’édifice est ainsi traversé par un axe vertical qui va du trou de la croix à la croix placée au sommet du dôme, en passant par l’orifice qui relie les deux chapelles.

Malheureusement le Tempietto est manifestement à l’étroit dans une cour carrée entourée de hauts bâtiments. Son architecture audacieuse est ainsi peu mise en valeur, pour ne pas dire étouffée.

Le Janicule comporte encore quelques espaces verts, dans les parties les plus difficilement constructibles, mais ceux-ci sont en bien mauvais état : papiers sales et cadavres de bouteilles, « gazon » non entretenu, arbustes et arbres non taillés, murets et escaliers qui s’effondrent. La commune de Rome a un service des espaces verts qui doit être réduit à son plus strict minimum car cette situation misérable des squares, jardins et parcs, concerne tous les quartiers de la ville. A moins que ce ne soit une tradition attestée d’ailleurs depuis quelques siècles ?

« Ils (les italiens) ne paraissent guère se soucier de l’entretien ni de la propreté ; ils ne doivent pas faire grande dépense de jardiniers. Sans doute c’est pour conserver à leurs jardins l’air agreste et sans culture ; car il faudrait avoir l’esprit mal tourné pour se figurer que c’est par épargne »[2].


[1] Jules Cloquet. « Voyage en Italie ». 1837.