Les révolutions de 1848 frappent aussi les Etats de l'Eglise - La Réublique française au secours du pape ! La porte San Pancrazio et l'église San Pietro lieux de combats en 1849

 

Rome Trastevere Gianicolo monument aux morts

« A propos, nous ne résisterons pas à l’impulsion de rappeler que la mort, par elle-même, à elle seule, sans aucune aide extérieure, a toujours beaucoup moins tué que l’homme »[1].

Sur le mur latéral de San Pietro, vous aurez la surprise d’y remarquer un boulet de canon sur une plaque mémorielle. C’est que la zone a donné lieu à une âpre bataille en 1849 contre les troupes françaises. En 1848, des troubles se manifestèrent dans toute l’Europe, les peuples commençant à secouer le joug des différentes monarchies absolutistes. Les Etats de l’église n’y échappèrent pas, d’autant moins que le Pape était une puissance temporelle des plus rétrogrades. Finalement, Pie IX Ferretti (1846 / 1878) dut octroyer une constitution libérale, promulguée en mars 1848. Mais il refusa de rompre avec l’Empire d’Autriche à la grande irritation de la bourgeoisie libérale et du peuple romain. Le 15 novembre, le ministre de l’Intérieur, Pellegrino Rossi, était assassiné. Pie IX s’enfuyait à Gaète et les patriotes regroupés autour de Guiseppe Mazzini faisaient élire au suffrage universel une assemblée constituante qui proclama la République le 22 février 1849. La jeune République remit le pouvoir à un triumvirat, dont Mazzini faisait partie, et le commandement des troupes à Garibaldi.

En avril, notre « Prince Président », Louis Napoléon Bonaparte, décide de l'envoi d'un corps expéditionnaire français à Rome, soi disant pour contrebalancer l'influence autrichienne… Ce qui est un argument très curieux puisque c’est justement contre l’influence autrichienne que s’étaient révoltés les Romains et qu’ils avaient chassé le Pape ! On n’avait pas encore eu l’idée d’invoquer la possession d’armes de destruction massive. Le 24 avril 1849, les troupes françaises, commandées par le général Oudinot, arrivent à Civitavecchia. Afin de débarquer tranquillement, sans opposition armée, les Français distribuent une déclaration par laquelle ils soulignent que « Le gouvernement de la République française, animé d'intentions libérales, déclare vouloir respecter le vœu de la majorité des populations romaines, ne venir qu'en ami, dans le but d'y maintenir son influence légitime, et décidé à n'imposer aux populations aucune forme de gouvernement qui ne soit désirée par elles ».

Le 25 avril, des émissaires français viennent annoncer au triumvirat l'intervention française pour empêcher l'intervention de l'Autriche, de l'Espagne et de Naples, s'assurer des sentiments de la population au sujet de la forme de gouvernement et chercher une réconciliation entre Pie IX et les Romains. Bien évidemment, tout cela n’était que poudre aux yeux, peut-être avec le secret espoir que cela éviterait de faire parler la poudre à canon, les troupes de la jeune République romaine ne devant pas faire le poids devant une armée nombreuse et aguerrie. Le 30 avril, le corps expéditionnaire français, composé de 5 000 soldats, se présente face aux portes Cavalleggeri et Angelica. Contrairement à leurs espoirs de conquérir Rome sans coup faillir, ils sont reçus à coups de canon et de fusil par près 10 000 soldats présents dans la ville. Ils se heurtent à la résistance de Garibaldi et des volontaires républicains notamment à la porta San Pancrazio sur le Janicule, et doivent reculer.

Aux soldats français battus le 30 avril s'ajouteront 24 000 hommes, 4 000 chevaux et 75 canons et le siège de la ville commence alors. Après 16 jours, une brèche est effectuée et l'assaut est donné le 21 juin. Un second assaut doit être lancé le 30 juin à la Porta San Pancrazio. La dernière bataille de la république romaine a lieu et les hommes se battent à l'arme blanche, 3 000 Italiens sont tués ou blessés et 2 000 Français. La ville capitule et l'armée française s'installe à Rome pour une occupation qui durera jusqu'en 1870. Avec la guerre franco-prussienne de 1870 les troupes françaises sont évacuées et rapatriées. Face au refus de Pie IX d’accepter la fin son pouvoir temporel, le roi d'Italie Victor Emmanuel II décide d’avoir recours à la force et, le 20 septembre 1870, l'artillerie italienne opère une brèche dans la muraille de Rome, au Nord-est cette fois, près de la Porta Pia, dans laquelle s’engouffrent fantassins et bersaglieri.

En bon fasciste, le Duce ne manqua pas de s’approprier les « Héroïques Défenseurs de la Patrie » contre les envahisseurs étrangers, incorporant au passage républicains et garibaldiens ! Les morts ne peuvent pas protester. Il construisit en leur souvenir glorieux un monument pompeux situé derrière San Pietro in Montorio.


[1] José Saramago. « Les intermittences de la mort ». 2005.

Liste des promenades dans Rome. et liste des articles sur le Janicule

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