Restauration de l'acqueduc romain - Erection de la fontaine et pillage des ruines romaines

 

Rome Janicule Fontaine Paoloa

En 1618, le Pape Paul V Borghèse (1605 / 1621) fit restaurer l’aqueduc romain Acqua Traiana, construit par l'empereur Marco Ulpio Traiano en 109, dans l’objectif d'alimenter en eau les quartiers du Borgo où est situé le Vatican, du Trastevere et de la Via Julia. L’aqueduc, long de 32 kilomètres, reçoit les eaux provenant des lacs de Bracciano, Oriolo Romano et Trevignano. Ses points d'arrivée sont la Fontaine Trilussa (Piazza Trilussa) et la Fontaine Paola.

« Mais, voici, elle arrive à la fin de son chemin, et d’ici quelques pas, elle sera parvenue à sa première embouchure : elle jaillira en torrents des trois bouches de la grande fontaine du Janicule, en vue de Rome entière, aux fontaines du Ponte Sisto, de la via Giulia, de la piazza Farnese, du campo dei Fiori, de la piazza Navona, jusqu’à ce grand décor de pierre qu’est la fontana di Trevi ; partout elle portera son flot vocal, qui vient animer les architectures »[1]

C’est que la distribution en eau était un problème grave avec l’abandon progressif du réseau romain d’adduction.

La fontaine Paola fut érigée par les architectes Flaminio Ponzo et Giovanni Fontana, en partie avec des éléments prélevés au forum romain. En forme d'arc de triomphe à trois grandes niches centrales, flanquées de deux plus petites un peu en arrière-corps, elle s’ouvre vers la ville comme une scène de théâtre. Devant les pieds-droits, six colonnes de granit séparent les cinq niches et supportent un entablement surmonté d'un attique, avec les armes de Paul V. De la famille Borghèse, ses armes représentaient à la fois un aigle couronné aux ailes déployées et un dragon ailé : « D'azur au dragon d'or au chef d'or à l'aigle de sable couronné d'or ».

 « Hier soir, chez Mme de D***, nous avons vu plusieurs gravures représentant ce monument (le temple de Pallas) tel qu’il était avant Paul V. Ce pape le fit démolir parce qu’il avait besoin des marbres pour sa fontaine Pauline sur le mont Janicule. L’utilité du livre que vous lisez, si tant est qu’il en ait, est peut-être d’empêcher à l’avenir de tels attentats »[2].

Quelques lignes avant cette défense enflammée des monuments antiques contre leur pillage, Stendhal souhaite, qu’un jour, un pape « philosophe » démolisse l’église de l’Annonciation pour que les « dilettanti » puissent à nouveau admirer les colonnes du temple de Nerva ! Il faut dire que Flaubert n’était pas un adepte de l’architecture baroque qu’il n’aimait pas beaucoup.

De la fontaine Paola, vous aurez aussi une des plus belles vues sur Rome. C’est de là que Zola fait commencer son roman « Rome ». Son personnage principal, Pierre Froment, un jeune prêtre français à la foi ébranlée, vient à Rome pour y défendre, auprès de la congrégation de l’index, son livre dans lequel il plaide pour un renouveau du catholicisme allié au mouvement démocratique et social. Ce sera, bien sûr, peine perdue. Arrivé le matin de Paris par le train, il se fait conduire immédiatement sur le Janicule, devant la fontaine Paola, pour y admirer la ville.

« Ici, tout près, il reconnaissait à sa loggia tournée vers le fleuve, l’énorme cuve fauve du palais Farnèse. Plus loin, cette coupole basse, à peine visible, devait être celle du Panthéon. Puis, par sauts brusques, c’étaient les murs reblanchis de Saint Paul hors les Murs, pareils à ceux d’une grange colossale, les statues qui couronnent Saint Jean de Latran, légères, à peine grosses comme des insectes ; puis, le pullulement des dômes, celui du Gesù, celui de Saint Charles, celui de Saint André de la vallée, celui de Saint Jean des Florentins ; puis, tant d’autres édifices encore, resplendissants de souvenirs, le Château Saint-Ange dont la statue étincelait, la villa Médicis qui dominait la ville entière, la terrasse du Pincio où blanchissaient des marbres parmi des arbres rares, les grands ombrages de la villa Borghèse, au loin, fermant l’horizon de leurs cimes vertes »[3].


[1] Giogio Vigolo. « La Virgilia ». 1982.

[2] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829.