Monument de Garibaldi - Théâtre de marionettes - Statue équestre d'Anita Garibaldi - Phare Manfredi - Feu le chêne du Tasse

 

Rome Vue générale 2

De la fontaine Paola, il est possible de faire un détour pour aller voir la porte San Pancrazio qui fit l’objet de vifs combats en 1849 mais, très endommagée, elle a été reconstruite en 1854.

La promenade du Janicule débouche sur une grande place circulaire, surplombant la ville de Rome, avec au centre un monument équestre à la gloire de Garibaldi. Ce monument ne lui ressemble pas ! Le cheval est à l’arrêt et Garibaldi semble bien pensif, les bras ballants. Il n’a rien de la fougue et de l’obstination du républicain combatif que l’on imagine. Tout autour, sont disposés des bustes des garibaldiens célèbres.

En contre-bas, un canon tire à blanc, chaque jour, à midi pile, depuis 1847 afin que toutes les cloches des églises sonnent en même temps ! Poursuivant la promenade vous remarquerez le « Teatrino dei Burratini Gianicolo » un petit théâtre de marionnettes en plein air, lequel joue chaque fin de semaine.

« Voilà quarante-quatre années que Carlo Piantadosi joue et rejoue ses spectacles pour des vieux de sept ans et des gamins de soixante-dix printemps, qu’il agite au nez du monde ses ‘guarattelle’ napolitaines »[1].

Sur la gauche, vous ne manquerez pas la très belle statue équestre dynamique, nerveuse, bien à l’image de la personne à qui elle rend hommage, Anita Garibaldi, femme du grand homme. C’est lors de son exil au Brésil que Garibaldi avait rencontré la jeune femme, Ana Maria de Jesus Ribeiro. Remarquable cavalière, c’est elle qui apprendra l’équitation au matelot Garibaldi. A 19 ans, elle combat avec Garibaldi dans les troupes républicaines du Rio Grande, puis dans les campagnes des républicains italiens dès 1847. Elle meurt à Ravenne de la fièvre typhoïde en 1849. Ses restes, après bien des vicissitudes, sont finalement inhumés sous le monument équestre du Janicule.

A droite, le très étrange phare Manfredi (une colonne gréco-romano-classico-baroque !) offert à la ville par les italiens d’Argentine en 1911 en mémoire du 50e anniversaire de la création du royaume d'Italie (1861) : pour rappeler que Rome est une « ville phare » ? Pour que tous les Italiens se tournent vers sa lumière ? Enfin, par la passegiata del Gianicolo, on redescend sur les bords du Tibre, pour rejoindre la basilique Saint-Pierre. Au passage, vous passez devant les restes du chêne sous lequel Le Tasse (1544 / 1595) aimait méditer à la fin de sa vie... Il n’avait pourtant que 51 ans !

« Lorsqu’il se sentit près de mourir, Le Tasse se fit transporter ici ; il eut raison ; c’est sans doute un des plus beau lieux du monde pour mourir. La vue si étendue et si belle que l’on y a de Rome, cette ville des tombeaux et des souvenirs, doit rendre moins pénible ce dernier pas pour se détacher des choses de la terre, si tant est qu’il soit pénible »[2].

S’il est vrai que Le Tasse est bien mal connu en général des Français contemporains (et de moi en particulier !), il était d’une fréquentation régulière pour les écrivains français du XIXe. Stendhal le cite plusieurs fois avec admiration. Aussi n’est-il pas étonnant que tous, les Chateaubriand, les Stendhal, les Zola, et certainement bien d’autres vinrent ici, sous le chêne du Tasse, pour se souvenir de l’écrivain et admirer Rome.

Las, du chêne, il n’existe plus qu’un misérable squelette de fer qui dut le soutenir jusqu’à sa fin inéluctable ; 350 ans pour un chêne ce n’est pas si mal. Mais pire, le lieu est à l’abandon, avec des papiers sales et des canettes de bière et de soda entassés dans les coins … Les Italiens auraient-ils oublié un de leur grand poète national ? Comment se fait-il que la municipalité romaine soit à ce point incapable d’entretenir le lieu, de le mettre en valeur, d’y planter un nouveau chêne ? Ce ne sera pas le chêne du Tasse ? Qu’importe ! Ce qui compte c’est de souligner le fil d’une histoire. Il est vrai que l’Histoire, à Rome, est présente à chaque pas, mais avouez que la plantation d’un chêne et le nettoyage régulier du lieu ne serait pas trop lourd pour les finances de la cité !

 

Rome, Montpellier, Senlis, 2007 / 2015.


[1] Marco Lodoli. « Iles – guide vagabond de Rome ». 2005.