Le théâtre Marcellus - Un quartier de théâtres et de temples - L'art de la pantomine à Rome - Un théâtre devenu palais

 

Rome Sant'Angelo Théâtre de Marcellus 2

Construit au pied du Capitole, sur le modèle du théâtre de Pompée (61 à 55 av. JC), le théâtre fut commencé sous Jules César et terminé sous Auguste (30 à 13 av. JC). C'est le plus ancien théâtre en pierre de Rome qui ait subsisté. Il est dédié au neveu d'Auguste, Marcellus.

Il était formé de trois étages et pouvait contenir de 13 à 15 000 spectateurs... selon les différentes sources ! Ne chipotons pas à 2 000 près, dans un cas comme dans l’autre, c’est beaucoup ! Le théâtre devait comporter, à l’origine, trois niveaux de 41 arcades. Il en subsiste seulement deux de 12 arcades, soit moins du quart du monument d’origine. Les demi-colonnes de la façade sont d’ordre dorique à l’étage inférieur et ionique au-dessus.

Si le Sénat républicain avait interdit la construction en dur de lieux de spectacle, Auguste les autorisera et les utilisera à des fins de propagande en faisant célébrer les valeurs de son régime dans ces grands rassemblements populaires, notamment par l’utilisation de la pantomime. Il semblerait que la plupart des martyrs chrétiens eurent également lieu dans le théâtre de Marcellus et non au Colisée.

La pantomime était un art spécifiquement romain dont l'invention est attribuée à deux affranchis et protégés d'Auguste, Pylade de Cilicie et Bathylle d'Alexandrie. Ceux-ci semblent avoir puisé leur invention et leur répertoire dans une tradition de l'art scénique romain : dans les tragédies comme dans les comédies, les monologues chantés étaient répartis entre deux acteurs différents, l'un chantant les paroles, l'autre les mimant. Le plaisir qu’y prenaient les Romains aurait donné l'idée de supprimer le drame chanté pour ne conserver que la pantomime. Pylade et Bathylle auraient inventé la séparation définitive des chants et des pantomimes, en constituant ces dernières en un genre indépendant.

En 22, le mime Pylade présente un spectacle retraçant toute l'histoire du monde telle que la voyait les Romains. Il aurait notamment souligné auprès des spectateurs qu'Auguste est un homme providentiel dont l'intervention, nécessairement voulue par les dieux, a ramené sur terre « l'Age d'Or. » Par la suite, la pantomime se serait développée selon des formes différentes ; autour d’un scénario, les artistes brodaient situations et bouffonneries selon leur humeur et celle du public. Cela n’excluait pas pour autant le drame et le sang, l’un de ces drames, « Laureolus », qui aurait été joué régulièrement pendant deux cent ans (« Boeing, Boeing » en est encore loin, cinquante ans seulement !) se serait terminé par la crucifixion du personnage du brigand et sa mise à mort par un ours, l’acteur étant remplacé, in extremis, par un condamné à mort !

Par la suite, le théâtre de Marcellus a été progressivement occupé par de petits immeubles et a même été transformé en château fortifié. Au XVIe siècle, l'architecte Baldassare Peruzzi y construisit le palais de la famille Savelli (1523 / 1527), qui passa au XVIIIe siècle aux Orsini. Le palais fut érigé directement sur les arcades externes du théâtre. Il se murmure que la famille Agnelli habiterait aujourd’hui le palais…

« Théâtre de Marcellus, qui forme le côté d’une rue, demi-circulaire, à colonnes et arcades. Celles-ci sont murées et servent d’habitations et celles d’en bas de boutiques et on a élevé des maisons au-dessus du faîte de ce théâtre, qui est noirci, calciné, et dont quelques parties seulement sont bien conservées »[1].

Au milieu du XVIIIe, comme le montre le dessin de Guiseppe Vasi, la totalité des arcades restantes servait d’habitation. Aujourd’hui, les constructions de moindre intérêt ont été démolies pour restituer le monument antique. Cette série d’utilisations successives a néanmoins sauvé le théâtre, ou du moins partiellement, le reste ayant servi de matériaux de construction pour des églises, des palais, des maisons, ou pour faire du plâtre !

Faisant suite au théâtre de Marcellus, une haute maison témoigne, avec la tour de l’église voisine, des derniers éléments du château du XIIe siècle de la très riche famille des Pierleoni, une famille d’origine juive convertie au catholicisme et ayant occupé les plus grandes fonctions à Rome.