San Nicola in Carcere - La "charité romaine" - Trois temples romains - Les quatre têtes du Ponte Fabricio

 

Rome Sant Angelo San Nicola in Carcere

San Nicola in Carcere (Saint-Nicolas-en-Prison !), une de plus anciennes églises de Rome, aurait été bâtie sous le pontificat d’Adrien Ier (772 / 795). Le titre de l'église, très curieux (« en Prison » !) proviendrait de l’existence d'une prison romaine qui était située à proximité et dont il existerait encore mention à la date de la construction de l’église.

« Un vieillard, ou plutôt une femme, renfermée dans cette prison, avait été condamnée pour y mourir de faim ; sa fille lui sauva la vie en la nourrissant de son lait ; c’est le sujet si souvent reproduit par les peintres sous le nom de Carità romana » [1].

Au XIIe siècle, une nouvelle église fut édifiée, sous le nom de « Leonis Petrus » (ou Pierleoni du nom du château voisin de la famille Pierleoni)englobant et réutilisant des temples romains en ruine. Le site correspondait à un ensemble de trois temples d'époque républicaine sur le forum Holitorium, spécialisé dans la vente des légumes, des herbes et de l’huile [2]. A gauche de l'église, un temple construit en 250 av. JC, dédié à l’Espérance, dont les restes (six colonnes et leur entablement) ont été incorporés dans le mur de l’église. Au centre, c’était un temple à Junon, 197 et 194 av. JC reconstruit en 90 av. JC, dont trois des six colonnes de la façade ont été réutilisées dans celle de l’église (deux encadrent la porte et la troisième, très dégradée, est située au coin gauche). Enfin, à droite, c’était un temple au dieu Janus, restauré en 17 ap. JC, de style ionique, avec des colonnes sur trois de ses façades. Huit de ses colonnes, sont visibles dans le mur de l'église. 

L'église fut remaniée par Giacomo della Porta, en 1599, pour le « cardinal-neveu » [3] du pape Clément VIII Aldobrandini (1592 / 1605). La façade est un bricolage réutilisant des bâtiments d’origines diverses. Deux colonnes antiques du temple de Junon, engagées, encadrent la porte surmontée d’un oculus flanqué de deux panneaux latéraux avec pour l'un, à gauche, Saint-Nicolas, et l’autre, à droite, représentant deux martyrs. Au-dessus, une corniche saillante, qui ne traverse pas toute la façade, délimite un étage bas, comprenant quatre pilastres doriques soutenant un fronton triangulaire sans décoration. A gauche, le mur de brique des bas-côtés de la nef intégrant les colonnes d’un temple antique dépasse de la façade et, à droite, un autre mur de brique correspond au clocher de l’église, en fait une ancienne tour appartenant aux fortifications du château des Pierleoni ! Mais ces transformations n’en furent pas terminées pour autant ! L’église fut restaurée en 1865 à la demande de Pie d'IX Feretti (1846 / 1878) (plafond à caissons et fresques de l'abside), mais surtout la construction de la grande via del Mare voulue par Mussolini (1932) aboutit à descendre le niveau de la rue et à démolir tous les bâtiments qui entouraient l’église pour mettre en valeur les grandioses ruines romaines ! San Nicola in Carcere est une basilique mineure et était autrefois l’église des romains originaires des Pouilles et de Basilicate. Les transformations radicales du quartier sous Mussolini chassèrent la quasi-totalité de la population du quartier et l’église n'est plus qu’une église paroissiale.

L’intérieur date pour l’essentiel de 1128, avec la réutilisation de colonnes provenant de différentes ruines antiques et présentant des chapiteaux de plusieurs styles. Les ajouts de 1599 concernent des fresques auxquelles auraient participé Orazio Gentileschi et Agostino Tassi ainsi qu’une « Trinité » attribuée au Guercin, dans l’aile droite, et un retable avec une « Ascension »de Lorenzo Costa, dans l’aile gauche. Dans la crypte, il est possible de visiter les vestiges des temples antiques. Entre les bases des temples de Janus et de Junon, court une ancienne rue romaine, comportant une série de petites cellules, de chaque côté, correspondant à des boutiques.

Par la via del foro Olitorio, il est possible de rejoindre le Tibre et de le remonter jusqu’au Ponte Fabricio. A l’extrémité du pont se trouve une sculpture représentant quatre têtes d’où le surnom du pont (« pont aux quatre tête »). Plutôt qu’un souvenir des quatre architectes qui se seraient querellés lors de sa rénovation sous Sixte V Peretti (1585 / 1590), lequel selon la légende les aurait fait décapiter, il s’agit plutôt de bornes romaines en hommage au dieu Janus, dieu des commencements et des fins !


[1] Stendhal. « Promenades dans Rome ». 1829. « La charité romaine », c’est le nom d’une scène exemplaire souvent reproduite par des artistes (Rubens, Caravage, Greuze…) : une jeune fille, Péro (ou Péra), allaite secrètement en prison son père, Cimon ou Mycon, condamné à mourir de faim. 

[2] Sovrintendenza capitolina ai Beni Culturali. « Templi Repubblicani di San Nicola in Carcere ».

[3] « cardinal nepote » en Italien… d’où provient « népotisme », le neveu s’étant considérablement enrichi !

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