La piazza Mattei - Ruiné mais fanfaron - Ne pas confondre le chevalier Bernin et le "chevalier" Berlusconi !

 

Rome San Angelo Fontaine delle Tartarughe

A droite, par la via Reginella, on débouche sur une jolie placette, la piazza Mattei, au centre de laquelle est installée une élégante fontaine, la « fontana delle Tartarughe », la fontaine des tortues.

La fontaine a été réalisée par le florentin Taddeo Landini, entre 1581 et 1584, d’après un dessin de Jacopo Della Porta. Au centre du bassin, quatre conques de marbre supportent quatre dauphins et quatre jeunes éphèbes posant leurs pieds sur la tête de ces animaux. Dans le projet, les éphèbes devaient être réalisés en marbre et quatre autres dauphins devaient orner la vasque supérieure : les éphèbes furent réalisés en bronze et les quatre dauphins supplémentaires allèrent orner une autre fontaine. De la large vasque qui les domine, l’eau s’écoule par la bouche d’angelots joufflus. Cerise sur le gâteau, au bord de la vasque supérieure, grimpent quatre mignonnes tortues pour aller s’y désaltérer.

L’histoire de la fontaine remonte aux années 1570 au moment où la Congrégation pour les Fontaines énumère la liste des dix-huit nouvelles fontaines qui seront alimentées par l’aqueduc de l'Aqua Vergine que Pie V Ghislieri (1566 / 1572) avait fait restaurer par Jacopo de la Porta : la place Mattei n’y figurait pas ! Toutefois, en 1581, décision était prise de faire une dérivation sur la place Mattei, Muzio Mattei ayant proposé de paver la place à ses frais et d’assurer la police de la fontaine. On peut également penser que la famille Mattei dût participer à l’érection de cette très belle fontaine, les fontaines de quartier étant généralement des plus simples : un jet d’eau dans une vasque.

Les Mattei, famille puissante du Moyen-âge, exerçaient un grand pouvoir dans cette zone de la ville, en effet, les deux branches de la famille avaient obtenu le contrôle complet du passage du Tibre ainsi que celui du ghetto en échange de leur protection, ghetto dont ils étaient chargés d’ouvrir et de fermer l’une des portes.

D'après la légende, le duc Mattei ayant perdu sa fortune au jeu en une nuit, fit construire la fontaine pour prouver au père de sa fiancée qui lui refusait la main de sa fille que, même ruiné, un Mattei était capable de faire réaliser une merveille à grands frais. Il invita son futur beau-père et sa fiancée dans son palais pour leur faire admirer la fontaine… puis fit murer la fenêtre afin que personne ne puisse plus jamais bénéficier de la vue. C’est pourquoi vous pourrez constater qu’une des fenêtres du premier étage du palais est une fausse ouverture.

Les quatre tortues ne furent rajoutées par Le Bernin qu’en 1658 suite à la demande d’Alexandre VII Chigi de restaurer la fontaine. Les quatre tortues ne sont que des copies car les originales avaient le caractère « vagabond »[1]. Elles disparurent en 1906, 1944 et 1981, mais elles revinrent chaque fois au bercail. « Il Cavaliere » Bernini, s’est contenté de réaliser les quatre petites tortues et ce sont pourtant elles qui ont donné le nom à la fontaine !

Ce titre attribué au Bernin résulte de sa promotion, par Grégoire XV Ludovisi (1621 / 1623), dans l'Ordre-Suprême-de-Notre-Seigneur-Jésus-Christ et il portait en conséquence le titre de « Chevalier ». Il n’en est pas de même de Berlusconi dont la presse française utilise à satiété du titre de « cavaliere Berlusconi » par dandysme et pédanterie. Son titre de « chevalier » Berlusconi le doit seulement à l’obtention d’une décoration, en 1977, la médaille de « l’Ordre-du-mérite-du-travail » attribuée aux citoyens italiens qui se sont distingués dans l’agriculture, l’industrie, le commerce, l’artisanat. La belle affaire ! C’est à peu près comme si l’on me donnait à tous propos du « Chevalier Marat » au prétexte d’être titulaire du poireau, pardon, du Mérite agricole !

De fait, il paraît que Berlusconi préférerait plutôt qu’on l’appelle « Dottore » (alors qu’il n’a qu’une licence d’économie !) titre qui est, à ses yeux, certainement plus prestigieux que « Chevalier du travail Berlusconi ». Mais « Dottore Berlusconi » est toujours aussi ridicule accolé au nom de ce bateleur de foire, ce bouffon et amuseur public… Que les amuseurs publics m’excusent d’ailleurs de dévaloriser ainsi grandement leur rôle. Ils ne méritent pas d’être comparés à Berlusconi, car il n’y a pas de plus grand mérite que de savoir faire rire quand cela s’adresse à votre intelligence. Ce qui ne correspond évidemment pas aux blagues graveleuses du dit Berlusconi.