Santa Catarina dei Funari - Santa Maria in Campitelli - De la Renaissance tardive au baroque - Les monuments errants du fascisme

 

Rome Sant Angelo Santa Caterina dei Funari

Au débouché de la rue Caetani, sur la placette, à votre gauche, la façade d’une église peu visitée présente néanmoins une façade extrêmement intéressante, c’est l’église Santa Caterina dei Funari. Sur l’emplacement d’une église plus ancienne, elle a été reconstruite par l’architecte Guidetto Guidetti entre 1560 et 1564.

La façade se compose de deux sections, séparées par une corniche rectiligne, de hauteurs inégales et surmontées d’un fronton triangulaire. La section inférieure, plus haute, est rythmée par six pilastres de style corinthien encadrant des niches semi-circulaires. Au dessous et au dessus de chaque niche un panneau rectangulaire encadré vient enrichir la décoration. Les deux pilastres centraux encadrent une porte ornée de deux colonnes engagées corinthiennes supportant une architrave et un fronton triangulaire. Les chapiteaux sont reliés par un feston de cormes d’abondances.

La section supérieure est composée de quatre pilastres, dans la continuité des pilastres centraux de l’étage bas, encadrant une niche semi circulaire surmontée d’un panneau rectangulaire encadré, de chaque côté, et un oculi central. Celui-ci est surmonté des armes de la famille Cesi. Sur le fronton, enfin, quatre acrotères viennent compléter la décoration.

Il est instructif de comparer cette façade à celles de deux églises romaines postérieures, le Gesu de Vignola (1568 / 1584) et Santa Susana de Carlo Maderno (1597 / 1603). La comparaison permet de montrer comment, tout en gardant une même composition globale (deux sections en hauteur avec cinq parties dans la section basse et trois dans la section haute), les architectes vont passer progressivement à l’art baroque, avec des pilastres gémellés, des corniches à ressauts, des volutes latérales de la section haute plus marquées, puis des colonnes engagées, des frontons droits, curvilignes ou brisés, donnant à la façade de la profondeur par les jeux des volumes, des lumières et des ombres.

L’intérieur, sur un plan basilical à nef unique, comprend de riches œuvres, deux retables d’Annibal Carrache, l’un dans la chapelle de Santa Margherita représente la sainte, l’autre dans la première chapelle, sur la droite, représentant Sainte Barbe. La troisième chapelle droite présente un retable conçu par Vignola. Federico Zuccari a également peint les décorations du presbytère…

Une autre comparaison intéressante peut être faite très facilement avec l’église voisine de Santa Maria in campitelli. C’est une église plus tardive d’une cinquantaine d’année, commandée par le pape Alexandre VII Chiggi (1655 / 1667) et construite par Carlo Rainaldi entre 1659 et 1667. Il est extraordinaire de constater les évolutions du langage architectural en un demi-siècle. D’une façade relativement plane, aux reliefs peu accentués, on passe à une façade toute en décrochements, avec une multiplication des colonnes, plusieurs corniches à ressauts… Le double étage de colonnes souligne l’élévation de la façade, mais la profondeur des redents, les portes très enfoncées dans la façade, donnent à celle-ci un air exagéré qui finit par la rendre assez froide et peu engageante.

A gauche de Santa Maria in Campitelli, deux monuments « errants », réunis ici par la volonté mussolinienne ! La maison de l'architecte Flaminio Ponzo, construite en 1600 sur la via Alexandrina et démolie en 1933 pour l'ouverture de la via dei Fori Imperiali, puis l'église de Santa Rita de Cascia, construite au pied de l'escalier de Santa Maria in Aracoeli et détruite pour la réalisation de la via del Mare en 1928 ! Ces deux monuments ont été démontés et reconstruits dans un espace vidé de ses taudis. Là encore, une comparaison des styles architecturaux est passionnante. Santa Rita de Cascia, ex « Santa della Spina Corona di Nostro Signore Gesù Cristo », a été commandée par le même Alexandre VII, en 1653, sur un projet de l'architecte Carlo Fontana. La façade est élégante, ornée de quatre pilastres corinthiens encadrant une entrée à trois arcades avec une fenêtre en œil-de-bœuf au-dessus de la porte centrale. L'intérieur est de forme octogonale, révélée par le gracieux étage supérieur avec angles rentrants. C’est une œuvre baroque plus « borrominienne » et légère.

 

Rome, Montpellier, 2008 / 2012 

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